‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 11 sur 205 · LE PARLEMENT DE · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT DE

juridictions du Parlement sont les droits héréditaires et incontestables de tous les citoyens anglais dès leur naissance ; que les affaires difficiles et urgentes concernant le Roi, l'État, la défense du royaume et de l'Église d'Angleterre, les lois et le redressement des abus commis chaque jour dans le royaume, sont précisément l'objet spécial des délibérations du conseil et du Parlement. Pour traiter et débattre ces matières, chaque député doit avoir le droit de parler, de raisonner, de discuter et d'émettre . son. avis en toute liberté.

Le Roi répondit à cette protestation par un outrage impardonnable ; il fit demander le Journal de la Chambre, et il arracha les pages qui contenaient le procès-verbal de cette discussion. " Je veux gouverner n , dit-il, ic pour le bien commun, et non selon la volonté commune. » Peu de jours après, il prononça la dissolution du Parlement. « C'est tout ce qui pouvait arriver de plus heureux pour les intérêts de l'Espagne et de la religion catholique, depuis que Luther a commencé de prêcher n , écrivait Gondomar au roi Philippe III dans sa joie de voir disparaître tout danger de guerre. « Je suis tout prêt à partir •■■> , disait sir Henry Saville, protestant zélé, sur son lit de mort, a car j'ai vu de beaux jours, et j'en prévois de déplorables. »

Sur le continent, il est vrai, tout était perdu ; l'Allemagne se précipitait aveuglément dans l'horrible guerre de Trente ans; mais en Angleterre la cause de la liberté était gagnée. Jac([ues avait à jamais ruiné le système d'Elisabeth ; dans sa soif insatiable de gouverner par lui-même, il avait détruit l'autorité du conseil royal et accoutumé ses sujets à avoir peu de considération pour ces grands ministres de la Couronne qu'ils voyaient traités avec insolence par les favoris et chassés de leurs places pour cause de corruption. Le peuple anglais avait perdu sa foi aveugle dans son souverain, grâce à cette politique insensée à l'extérieur comme à l'intérieur, qui blessait tous les instincts de la nation; Jacques s'était abaissé à de mesquines querelles avec le Parlement, qu'il avait insulté comme aucun monarque anglais ne l'avait fait avant lui, tout en ayant conscience que cette autorité dont il était si fier passait peu à peu, malgré lui, à ce Parlement qu'il outrageait. Il y avait autant de perspicacité que d'aigreur dans les insultes du Roi aux « ambassadeurs des Communes » .

La Chambre des communes était devenue une puissance avec laquelle Jacques était obligé de compter ; malgré les violentes sorties du Roi, le Parlement avait maintenu et fait reconnaître son droit exclusif de contrôle sur les impôts; il avait supprimé les monopoles, réformé les abus de la magistrature, ressuscité le droit de mettre en accusation et de relever de leurs fonctions les plus hauts dignitaires de la Couronne, affirmé son privilège de discuter librement sur toutes les questions intéressant le bien du royaume. Il avait aussi la prétention de s'oc-

36 LE PREMIER DES STUART (l604-16-23).

cuper des affaires de l'Église; il avait même osé signifier au souverain sa volonté en ce qui concernait les « mystères " de la politique extérieure. Jacques I" pouvait arracher la protestation du Journal de la Chambre ; J mais il y avait des pages de l'histoire parlementaire de 1621 que nulle I puissance ne pouvait anéantir. ^

Page 1