MARLBOROUGH
pour favoriser ses projets ambitieux contre Guillaume. Son plan était de chasser le Roi du trône en soutenant les tories dans leur opposition à toute velléité de guerre et en excitant jusqu'au délire la haine des Anglais contre les étrangers, et de faire couronner Anne à sa place. La découverte de cette conspiration excita une violente colère chez Guillaume, si calme d'ordinaire : « Si lord Marlborough et moi étions de simples particuliers» , s'écria-t-il, " l'épée aurait bientôt tranché ce différend. » Mais il dut se contenter d'enlever au comte ses charges et son commandement, et de renvoyer sa femme du palais de Saint-James. Anne suivit sa favorite, et lu cour de la princesse devint le centre de l'opposition tory, pendant que Marlborough entamait une correspondance active avec Jacques. Ses menées factieuses étaient si patentes, qu'il fut envoyé à la Tour à la première menace d'une invasion française, en 1()92.
Marlborough et la Grande Alliance. — La mort de Marie obligea Guillaume à rappeler Anne, qui était devenue son héritière, et avec Anne, les Marlborough revinrent à la cour. Le Roi ne pouvait se décider à témoigner de nouveau sa confiance au comte; mais sentant la mort s'approcher, il vit en lui le seul homme capable par ses qualités supérieures, malgré sa bassesse et ses perfidies, de gouverner l'Angleterre et de diriger la (îrande Alliance. Il employa Marlborough à négocier avec l'Empereur le traité d'alliance et le mit à la tête de l'armée de Flandre; mais à peine le comte avait-il pris possession do son commandement, qu'une chute de cheval porta le dernier coup à la santé déjà chancelante du Roi : " H y eut un temps où j'aurais été content d'être délivré de mes soucis^, murmura le mourant k Porlland; c; mais les choses ont bien changé, et je voudrais bien ne pas mourir encore. " Il savait cependant qu'un pareil vœu était inutile; aussi recomnianda-t-il Marlborough à la princesse Anne comme le meilleur général de son temps, et l'homme le plus digne de lui servir de conseiller. Cette recommandation était superflue. Trois jours après l'avènement de la reine Anne, Marlborough fut nommé capitaine général. des armées anglaises dans le royaume et sur le continent, et chargé de l'entière direction de la guerre. Le comte assura sa domination en Angleterre en élevant au poste de lord trésorier lord Godolphin, habile financier, son intime ami. L'affection de la Reine pour sa femme lui garantissait l'appui de la couronne à un moment où la popularité d'Anne donnait à la royauté un nouveau prestige aux yeux de la nation. Tout esprit de parti s'éteignit pendant quelque temps en Angleterre; les tories étaient acquis maintenant à la cause de la guerre, depuis qu'elle était dirigée par une reine tory, par un général tory; et les whigs les plus avancés se montraient prêts à soutenir un général tory favorable à une guerre whig. A l'étranger, la mort de Guillaume ébranla la Grande Alliance jusque dans ses fondements, et la Hollande elle-même