‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 99 sur 205 · MARI.BOROUGH · texte numérisé non relu

MARI.BOROUGH

jours du complot papiste. Il le suivit à Edimbourg et à la Haye, et fut récompensé, plus tard, par son élévation à la pairie et sa promotion au grade de colonel dans la garde royale. Le service qu'il rendit à son maître en sauvant l'armée d'une surprise à Sedgemoor, aurait sans doute été plus généreusement reconnu sans l'esprit étroit et bigot de Jacques II. Malgré les pressantes sollicitations de son souverain, Churchill était resté fidèle au protestantisme. Aussi, comme il connaissait bien le Roi, il ne compta plus sur de nouvelles faveurs : heureusement, il avait trouvé une nouvelle base pour sa fortune futui-e dans l'influence croissante exercée par sa femme sur Anne, la seconde fille du Roi; aussi, au moment de la révolution, l'adhésion d'Anne à la cause protestante eut-elle une considérable importance. Aucun sentiment de gratitude envers son ancien protecteur ne put empêcher M.irlborough de se mettre en correspondance avec le prince d'Orange, de promettre à Guillaume les sympathies d'Anne et d'abandonner l'armée royale réunie pour résister à l'envahisseur. Sa désertion porta un coup fatal à la cause royale. Si précieux que fût ce premier service rendu à Guillaume, il fut bientôt suivi d'un second plus important encore. Par les conseils de sa femme, Anne abandonna son père et passa dans le camp de Danby.

Cette conduite était révoltante, mais les services qu'avait rendus Churchill étaient trop grands pour rester sans récompense. Créé comte de Marlborough, il reçut le commandement des troupes pendant la guerre d'Irlande, et là, ses rapides succès lui attirèrent la faveur de Guillaume. 11 fut nommé généralissime de l'armée de Flandre. Mais le sentiment du pouvoir exercé sur Anne poussa Alarlborough à conspirer contre Guillaume, comme il avait conspiré contre Jacques.

Malgré sa cupidité extrême, il avait épousé Sarah Jennings, beauté sans fortune de la cour de Charles II, violente et envieuse, mais douée en même temps d'un étrange pouvoir de séduction. L'amour de Churchill pour elle brille comme un fil d'or sur la sombre trame de sa carrière. Au milieu de ses campagnes, quelquefois même sur le champ de bataille, il écrivait à sa femme des lettres passionnées. Cette fermeté d'àme que ni danger ni haine ne pouvait ébranler, disparaissait tout à coup pour faire place à un abattement presque maladif, dès qu'il redoutait sa froideur ou ses accès de colère. Jamais il ne se séparait d'elle sans éprouver une véritable douleur : " J'ai longtemps contemplé les falaises avec une lunette d'approche » , lui écrivait-il un jour, au début d'une campagne, ii dans l'espoir de vous apercevoir encore un instant, n

Comment s'étonner qu'une femme capable d'inspirer un pareil amour à Marlborough ait su s'attacher une nature aussi molle et aussi faible que celle de la princesse Anne? Les deux amies, secouant les contraintes de l'étiquette, ne s'appelaient jamais autrement que madame Freeman et madame Morley. C'est sur l'influence de sa femme que Churchill comptait

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