‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 105 sur 205 · MARLBOROUGH (1G · texte numérisé non relu

MARLBOROUGH (1G

une rapidité surprenante depuis le désastre de Ramillies. La victoire d'Alnianza, remportée par le maréchal de Berwick, rendit l'Espagne à Philippe V; Villars obtint de nouveaux succès sur les bords du Rhin (1707), et le prince Eugène, qui avait pénétré jusqu'en Provence, fut refoulé en Italie. En Flandre, Marlborough perdit les fruits de sa victoire; il fut arrêté par l'habileté stratégique du duc de Vendôme et par les hésitations des Hollandais, qui penchaient maintenant pour la conclusion de la paix. Pendant la campagne de 1708, cependant, Vendôme, bien que supérieur en force, fut attaqué et défait à Oudenarde, et Marlborough, qui, sans la timidité des hommes d'Etat hollandais et anglais, aurait voulu frapper la France au cœur, s'empara de Lille, la plus forte des places d'armes de la frontière, en présence d'une armée de secours de cent mille hommes. L'orgueil de Louis XIV s'humilia enfin devant ces défaites répétées et les souffrances de son royaume, et il offrit de se soumettre à toutes les conditions des alliés. Il consentit à retirer son aide à Philippe d'Espagne, à rendre dix forteresses flamandes aux Hollandais et à l'Empereur tout ce que la France avait acquis depuis le traité de Westphalie ; il proposa enfin de reconnaître Anne, de bannij- le Prétendant et de démolir les fortifications de Dunkerque, le repaire des corsaires français détesté des Anglais.

L'Angleterre et la guerre. — Marlborough espérait que la paix serait désormais assurée; mais, malgré ses avis, les alliés et les ministres whigs exigèrent que Louis contraignît son petit-fils, par la force des armes, à abandonner la couronne d'Espagne. " Si je dois me battre » , répondit le Roi, ' j'aime mieux que ce soit contre mes ennemis que contre mes enfants. » Il fit à son peuple épuisé un appel désespéré, et la campagne de 1709 fut une noble réponse à cet appel. A l'horrible massacre connu sous le nom de bataille de Malplaquet, les Français se montrèrent sous un jour tout nouveau. Rien que mourants de faim, ils jetèrent leurs rations, dans leur impatience de se battre, et se replièrent à la fin de la journée en masses tellement compactes, que Marlborough ne put les rompre. Us avaient perdu douze mille hommes , mais les alliés, en voulant forcer leurs retranchements, en avaient perdu plus du double. Les torrents de sang répandus à Malplaquet ne firent qu'augmenter le mécontentement causé par la prolongation des hostilités ; et le rejet des offres de la France fut injustement attribué au désir de Marlborough de faire traîner en longueur une lutte qui lui apportait puissance et profits. Soudain la fureur populaire s'en prit aux whigs. Elle éclata à l'occasion d'un ennuyeux et inepte sermon sur la doctrine de l'obéissance passive, prêché à Saint- Paul par un pasteur de la Haute Eglise, le D' Sacheverell. Son audace avait pour but de provoquer, une répression. En effet, malgré les avertissements de Marlborough et de Somers, les ministres whigs le traduisirent devant la Chambre des lords, et son procès (1"10) se changea

Page 1