LA GUERRE CONTRE L'ESPAGNE
La guerre contre l'Espagne. — Au dehors se montraient de nouveaux périls. En 1733, la paix de l'Europe fut troublée par l'élection au trône de Pologne. L'Autriche et la France étaient mêlées à la querelle, et l'Angleterre, toujours jalouse de ce que pouvait faire la France, sentait se réveiller ses instincts belliqueux. LeKoi se montrait impatient de combattre, et les sympathies allemandes de Caroline la portaient également a prendre part à la querelle ; mais Walpole resta inébranlable dans sa résolution de garder la neutralité. « Il y a eu cinquante mille hommes de tués en Europe cette année » , disait-il pendant la guerre avec un légitime orgueil, « et pas un Anglais. » L'intervention' de l'Angleterre et (le la Hollande réussit, en 1736, à rétablir la paix; mais l'Angleterre vit avec amertume cette paix achetée par des avantages pour les deux branches de la maison de Bourbon. Une nouvelle monarchie fut créée pour un Bourbon aux dépens de l'Autriche, qui dut céder à un prince espagnol les Deux-Siciles, en échange de ses droits de succession sur Parme et la Toscane. D'un autrecôté,la Lorraine était déGnitivement abandonnée à la France.
L'hostilité passagère provoquée par des questions de succession entre Piiilippe V et la maison d'Orléans s'était évanouie à la naissance des enfants de Louis XV, et les cours de la famille de Bourbon se trouvaient de nouveau unies par des sympathies de famille. Un pacte de famille avait été conclu en secret entre la France et l'Espagne dès 1733, dans le but de détruire la suprématie maritime de l'Angleterre. L'Espagne s'était engagée à lui enlever peu à peu tous ses privilèges commerciaux en Amérique et à les accorder à la France ; et celle-ci, en retour, avait promis de soutenir l'Espagne sur mer et de l'aider à l'eprendre Gibraltar. La prudence dont Walpole avait fait preuve, en se tenant tout à fait à l'écart de la guerre de Pologne, avait rendu le pacte inutile à cette époque; mais les cours de France et d'Espagne n'avaient pas renoncé à le mettre à exécution un jour ou l'autre. Tous les efforts de la France, depuis la paix, tendaient à armer une flotte, tandis que l'Espagne cherchait à entraver de plus en plus le commerce anglais avec les colonies d'Amérique.
Le commerce des Anglais avec l'Amérique espagnole n'était fondé, il est vrai, sur aucun droit légal, mais il s'était rapidement développé, grâce à la connivence des fonctionnaires espagnols, pendant la longue alliance de l'Angleterre et de l'Espagne contre la France, et il avait été formellement autorisé [)ar le traité d'Utrecht. Il était soumis, il est vrai, à des restrictions puériles; mais on y échappait par un système de fraudes qui réduisait à néant le monopole espagnol. Les efforts de Philippe V pour restreindre le commerce des Anglais à la traite des nègres et à l'usage d'un seul navire, selon les clauses du traité d'Utrecht, amenèrent des collisions qui rendaient difficile le maintien delà paix. Le mécontentement des classes commerçantes se changea en fureur lorsque,
en 1738, un capitaine de marine marchande, nommé Jenkins, raconta à la barre de la Chambre des communes les tortures qu'il avait endurées de la part des Espagnols, et montra une oreille qu'il prétendait lui avoir été coupée par eux, avec des paroles outrageantes pour George H. En vain, VValpole fit tout ce qui était en son pouvoir pour rester impartial dans la querelle et résista de toutes ses forces à une guerre qu'il jugeait injuste et impolitique. La mort de l'Empereur était imminente; il était très-important pour l'Angleterre d'avoir les mains libres pour pouvoir défendre l'équilibre européen. Tous ses efforts furent inutiles. Les négociations furent entravées par l'exaspération des Anglais et l'orgueil des Espagnols. En Angleterre, on l'accablait d'injures et de calomnies. On lechansonnait dans les rues en l'appelant u le boule-dogue de l'Angleterre et le chien couchant de l'Espagne ».
La mort de la Reine, et surtout l'ardente et ouverte hostilité du prince de Galles, lui portèrent les coups les plus sensibles. Son autorité commençait à être discutée dans la Chambre des communes. Les tories revenaient peu à peu au Parlement. Le nombre et la violence des patriotes s'étaient accrus quaad ils s'étaient vus protégés pur le prince Frédéric. Le pays abandonnait petit à petit U'alpole. Les classes marchandes ne voulaient plus le soutenir, maintenant qu'il s'agissait d'une guerre commerciale. Ce n'est que lorsqu'il se sentit absolument seul que U'alpole céda et consentit à une guerre contre l'Espagne (1739).
Chute de Walpole. — c: Ils peuvent sonner maintenant les cloches à toutes volées >■ , disait-il avec amerlume en entendant des carillons et en voyant des feux de joie saluer sa défaite ; - on les verra bientôt se tordre les mains, n La clairvoyance lui donna raison. A peine l'amiral Vernon eut-il paru sur les côtes de l'Amérique du Sud, pris et bombardé Porto- Bello, que la France défendit aux Anglais de s'établir sur le continent de l'Amérique du Sud, et envoya deux escadres aux Indes occidentales. A la mort de Charles VI (octobre 17 40), la guerre européenne que redoutait Walpole éclata tout à coup. La France vit dans cet événement une occasion d'achever l'œuvre poursuivie par ses rois depuis Henri II : le démembrement de l'Empire en petits Etats incapables de résister à l'ambition française. Tandis que le nouveau roi de Prusse, Frédéric II, réclamait la Silésie, l'élecleur de Bavière réclamaitlesduchésautrichiensqui devaient passer, en vertu de la Pragmatique sanction, ainsi que les autres domaines héréditaires des Habsbourg, à la reine de Hongrie, Marie- Thérèse. La France, alliée à l'Espagne, qui visait à conquérir le Milanais, promit son aide à la Prusse et à la Bavière. La Suède et la Sardaigne s'allièrent aussi à la France. Dès l'été de 1741, deux armées françaises entrèrent en Allemagne, et l'électeur de Bavière parut devant les murs de Vienne sans avoir rencontré d'obstacles. Jamais la maison d'Autriche ne