CHUTE DE WALPOLE
s'était trouvée en un aussi grand péril-, ses adversaires se proposaient déjà de partager ses dépouilles; la France réclamait les Pays-Bas; l'Espagne, le Milanais; la Bavière, la Bohème; Frédéric II, la Silésie. On ne laissait à Marie-Thérèse que la Hongrie et le duché d'Autriche. Walpole, quoique inébranlable dans sa fidélité à la cause de Marie-Thérèse, lui conseilla d'acheter l'aide de Frédéric contre la France et ses alliés en lui cédant la Silésie. Mais les patriotes l'excitèrent à la résistance en lui promettant l'appui de l'Angleterre. Le dernier espoir de Walpole de sauver l'Autriche était perdu, et Frédéric fut poussé à s'allier à la France. Mais la Beine ne se laissa pas aller au désespoir ; elle s'assura l'appui de la Hongrie en rétablissant ses droits constitutionnels, et les subsides de r.^ngleterre lui permirent de se mettre à la tête d'une armée hongroise, de délivrer Vienne, d'envahir la Bavière et de repousser, au printemps de 1742, une attaque de Frédéric contre la Moravie.
L'Angleterre, il est vrai, prit une part très-faible et très-peu efficace à la lutte; l'amiral Vernon fut battu devant Carthagène, et Walpole fut accusé d'entraver les opérations et d'affamer les troupes. Il continua à repousser les accusations des patriotes avec une merveilleuse présence d'esprit; mais, dans le nouveau Parlement, sa majorité était tombée à seize voix, et sa position vis-à-vis de ses collègues se trouvait en conséquence très-ébranlée. L'insouciance joyeuse qui lui avait permis d'affronter tant d'orages l'abandonna enfin, u Tu sais, écrivait-il à son fils, que je m'endormais autrefois dès que je mettais ma tète sur l'oreiller; j'oubliais toujours à table tous mes soucis, et j'étais le plus gai et le plus insouciant de tous; maintenant, je reste assis une heure durant, silencieux et les yeux fixes. » Mais cela ne pouvait durer plus longtemps; la majorité étant tombée à trois voix, Walpole donna sa démission au commencement de 1742.