JOK\ WESLEY
en possédait d'autres qui leur avaient été refusées. Une ardeur infatigable, un jugement sain, une grande autorité, des facultés d'organisation extraordinaires, beaucoup de patience et de modération unies à une ambition impérieuse, obligeaient à reconnaître en lui un homme fait pour conduire les autres. Il avait, en outre, un talent d'écrivain et une érudition que ne possédait aucun autre méthodiste. 11 était plus âgé que tous ses collègues quand comuiença le réveil, et aucun d'eux ne lui survécut.
Sa vie, qui s'étend de 1703 à 1791, remplit presque tout le siècle, et la secte des méthodistes avait traversé toutes les phases de son histoire avant que John VVesley se couchât dans la tombe, à l'âge de quatre-vingthuit ans. Il eût été impossible cà Wesley de conserver son pouvoir s'il n'avait partagé les folies et les extravagances aussi bien que l'enthousiasme de ses disciples. Il observa toute sa vie l'ascétisme d'un moine. Il se nourrissait par moments de pain seulement, couchait souvent sur de simples planches. Il vivait dans un monde de merveilles et d'intervention divine. C'était un miracle, si la pluie s'arrêtait et lui permettait de se mettre en voyage. C'était un jugement de Dieu, si un orage se déchaînait sur une ville qui avait été sourde cà sa prédication. Il nous raconte qu'un jour, comme il était fatigué, son cheval se mit à boiter. « Je pensais : Dieu ne peut-il pas guérir l'homme ou la bête par n'importe quel moyen ou même sans moyen? Immédiatement mon mal de tête cessa, et mon cheval se mit à marcher sans peine. » Il montrait un fanatisme plus enfantin encore dans la direction de sa conduite. Soit dans les événements journaliers, soit dans les grandes crises de sa vie, il prenait ses décisions en tirant au sort ou en ouvrant au hasard sa Bible et en méditant le verset qui frappait le premier ses regards.
Malgré ces bizarreries et ces superstitions, Wesley était un esprit essentiellement pratique, ordonné et conservateur. Jamais homme aussi peu révolutionnaire ne s'est trouvé à la tête d'une révolution. Dans sa jeunesse, les évêques lui avaient reproché l'étroitesse et l'intolérance de ses idées. Quand Whitfield commença à prêcher dans les champs, Wesley une pouvait se réconcilier avec cette étrange manière de faire». 11 condamna l'idée d'admettre des laïques comme prédicateurs et s'y refusa jusqu'à ce qu'il se trouva n'avoir plus que des laïques pour prêcher. Aussi longtemps qu'il le put, il resta obstinément attaché h l'Eglise anglicane, et pour lui les méthodistes n'étaient qu'une société laïque en complète communion avec elle. Il se sépara des Moraves, qui avaient été les amis des premiers jours à cause deleui- mépris des formes religieuses. 11 rompit avec Whitfleld , quand celui-ci se jeta dans un calvinisme exagéré. Mais ce même esprit pratique, qui le poussait à rejeter ce qui manquait de mesure comme à reculer devant les changements, lui permettait de maintenir et d'organiser les innovations qu'il adoptait. Il
316 WILLIAM PITT (!742-l-;62).
devint le plus infatigable des prédicateurs en plein champ, et son journal, pendant un demi-siècle, ne nous parle guère que de nouveaux voyages et de nouveaux sermons. Contraint d'accepter des aides laïques pour son ministère, il sut faire de leur œuvre un côté nouveau et attrayant de son système. Son ascétisme des premiers temps ne se montrait plus que dans son éloignement de tous les plaisirs du monde, et cette aversion pour les côtés gais et joyeux de la vie qui forme le lien entre les méthodistes et les puritains.
Quand l'âge eut calmé en lui la ferveur superstitieuse de sa dévotion, son froid bon sens arrêta chez .ses disciples les éclats d'enthousiasme qui avaient marque le commencement du réveil. Il appliquait toutes ses forces intellectuelles à fonder une grande société religieuse, qui donnerait au nouveau mouvement une forme pratique et durable. Les méthodistes furent groupés par classes, on les léunit dans des agapes fraternelles, les membres indignes furent expulsés, et on nomma des ministres à postes fixes et des prédicateurs itinérants. Le corps tout entier était placé sous le gouvernement absolu d'une conférence de ministres. Mais, aussi longtemps qu'il vécut, VVesley dirigea seul la nouvelle société religieuse. « Si, par pouvoir arbitraire « , ré|)ondait-il avec une simplicité charmante à ses adversaires, " vous voulez dire que j'exerce seul le pouvoir, sans l'aide d'aucun collègue, c'est certainement vrai, mais je n'y vois pas de mal. n
La nouvelle philanthropie. — La grande société qu'il fonda ainsi se composai! de cent mille membres à sa mort et en compte aujourd'hui des millions en Angleterre et en Amérique ; mais la formation de la secte méthodiste ne fut pas le résultat le plus important du réveil. Son action sur l'Eglise fut immense; elle arracha le clergé à sa léthargie, et le mouvement évangélique, qui trouva des représentants comme Xevvton et Cecil dans le sein même de l'Eglise établie, mit fin aux abus qui en faisaient la honte. Du teiiii)s de IValpole, le clergé anglais était le plus oisif, le plus indifférent du monde entier ; aujourd'hui, il n'est pas de corps religieux qui montre plus de piété, d'énergique philanthropie, aucun qui excite un respect plus général et plus grand. La nation tout entière fut saisie d'un nouvel enthousiasme religieux, qui, s'il paraissait souvent un peu rigide et pédant, n'en eut pas moins une influence bienfaisante sur les nid'urs et mit fin aux débauches qui déshonoraient les classes élevées et aux obscénités qui, depuis la Restauration, infectaient la littérature.
• Le réveil amena un résultat plus beau encore. C'est à lui qu'on doit l'œuvre que l'Angleterre n'a jamais cessé de poursuivre depuis et qui tend à remédier aux misères» à l'ignorance, aux souffrances physiques, à la dégradation morale des classes pauvres. Ce ne fut qu'.à la suite du réveil uesleyen que commença le mouvement philanthropique. Les