‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 116 sur 205 · LA \OL'VELLE PHILANTHROPIE · texte numérisé non relu

LA \OL'VELLE PHILANTHROPIE

écoles du dimanche, fondées par M. Raike de Gloiicester à la fin du siècle, furent le point de départ de l'éducation populaire. Par ses écrits comme par son exemple, Hannah More éveilla la sympathie de l'Angleterre pour la situation des ouvriers des champs, si souvent conduits au crime par la pauvreté. Cette ardente sympathie pour tous les souffrants ou les affligés fonda des hôpitaux, dota des institutions charitables, construisit des églises, envoya des missionnaires aux païens, soutint Burke dans son plaidoyer pour les Hindous, et Clarkson et Wilberforce dans leur campagne contre la traite.

Au milieu de tous ces philanthropes si admirables, John Hoivard nous attire tout particulièrement par le côté chevaleresque de son œuvre et de son caractère. Au milieu de cette sympathie universelle pour les malheureux, il se sentit appelé à soulager les misères des plus déchus et des plus abandonnes. Avec une ardeur et une persévérance extraordinaires, il se dévoua à la cause des détenus pour dettes, pour vols et pour meurtres. Ct fut en J774, comme il occupait une place dans le bureau du sherilf du Bedfordshire, qu'il fut amené à examiner l'état des prisons placées sous sa surveillance ; et, à partir de ce moment, le paisible propriétaire, dont la seule occupation jusque-là avait été de lire la Bible et d'étudier les variations du thermomètre, devint le plus zélé et le plus énergique de tous les réformateurs. Un an ne s'était pas écoulé, qu'il avait visité luimême toutes les prisons de l'Angleterre. Dans presque toutes il trouva des abus effrayants, qui, signalés depuis un demi-siècle, n'avaient jamais été redressés par le Parlement. Des geôliers payaient pour obtenir leur position, et étaient autorisés à extorquer ce qu'ils pourraient des détenus. Même après avoir été acquittés, des accusés pouvaient être gardés en prison s'ils manquaient d'argent pour payer les sommes qu'ils devaient à leurs geôliers. Les débiteurs et les criminels étaient entassés pêle-mêle dans les prisons, que la cruelle législation d'alors remplissait toujours. Aucune discipline, aucune séparation entre les sexes. Chaque prison était un abîme de cruauté et de la plus honteuse immoralité, auquel le prisonnier n'échappait que lorsqu'il mourait tué par la faim ou par la fièvre des prisons, qui régnait constamment dans ces lieux de misère. Howard sut tout voir de ses propres yeux, expérimenter lui-même toutes les souffrances. Dans une prison, il trouva une cellule si étroite et si malsaine, que le malheureux qui y habitait demandait la mort comme une grâce. Howard s'enferma dans cette cellule et en supporta l'obscurité et la saleté jusqu'à la limite de ses forces. Par ces moyens, par les peintures fidèles qu'il fut à même de faire des scènes auxquelles il avait assisté, il put amener une réforme. L'ouvrage dans lequel il raconte ses terribles expériences et les plans qu'il propose pour la régénération des criminels, a fait de lui l'initiateur de toute la réforme des prisons en Angleterre. Il ne se contenta pas, du reste, d'agir sur l'Angleterre. Il fit voyage sur

318 WILLIAM l'ITT (l742-1762l

voyage pour visiter les prisons de Hollande et d'Allemagne ; puis, poussé par son désir d'arrêter les terribles progrès de la peste, il se mit à inspecter les lazarets d'Kurope et d'Orient. Il s'occupait de cette œuvre de charité lorsqu'il contracta une lièvre maligne à. Cherson, dans la Russie méridionale, et e se coucha tranquillement dans la terre a , comme il l'avait désiré.

Carteret. — Mais si le réveil de IVesley remuait le cœur même de l'Angleterre, l'état politique de ce grand pays n'avait fait aucun progrès. Le triomphe des ennemis de Walpole n'avait rien changé à la politique anglaise, ni à l'extérieur, ni à rintérieur. La plupart de ses anciens collègues, ceux qui lui avaient fait de l'opposition pendant les dernières années, reprirent leurs postes, et appelèrent seulement parmi eux quelques-uns des plus éminents parmi les adversaires de Walpole. Les affaires étrangères furent confiées à lord Carteret, homme de grande valeur, très au courant des affaires du continent. Carteret suivit assez fidèlement les errements de son prédécesseur. Il visait à unir l'Autriche et la Prusse pour détruire la prépondérance acquise par la France en Allemagne. Et c'est l'Angleterre qui, à la suite de la victoire de Frédéric à Chotusitz, força Marie-Thérèse à signer à Hreslau la paix dont Walpole avait déjà indiqué les bases, en cédant la Silésie à la Prusse; cette paix avait permis à l'armée autrichienne de chasser les Français de Hohème à la fin de 1742. Pendant ce temps une flotte anglaise bloquait Cadix, une autre jetait l'ancre dans la baie de Naples, menaçant de bombarder la ville, et forçait ainsi don Carlos à signer une promesse de neutralité, tandis que les subsides anglais détachaient la Sardaigne de l'alliance française.

Malheureusement Carteret et la cour de Vienne résolurent non-seulement de mettre à exécution la Pragmatique, mais encore de détruire tout ce que la France avait obtenu en 1736. Xaples et la Sicile devaient être enlevées à l'Espagne, l'Alsace et la Lorraine à la France; et la couronne impériale qui avait passé à l'électeur de Bavière, l'empereur Charles VII, devait être restituée à la maison d'Autriche. Pour réaliser ce plan, une armée autrichienne vint au printemps de I7i;î chasser l'Empereur de la Bavière, tandis que George II, qui soutenait chaleureusement la politique de Carteret, se mettait lui-même à la tête de quarante mille hommes, Anglais et Hanovriens pour la plupart, et, partant des Pays-Bas, se dirigeait vers le Mein. Il fut arrêté, puis forcé à la retraite par le duc de Xoailles, qui apparut avec des forces supérieures sur l'autre rive du fleuve, et qui, lançant trente et un mille hommes contre lui, menaçait le Roi de l'obliger k se rendre. Le danger était grand, en effet, et dans la bataille de Dettingen, qui suivit (27 juin 1743), l'armée alliée n'échappa à une complète destruction que grâce à l'impétuosité de la cavalerie française et à la

FOMTEXOY. 319

ténacité opiniâtre des Anglais, lis étaient résolus à. ne pas lâcher pied, et ils finirent par forcer l'ennemi à repasser le Mein. Cette victoire, si mince en apparence, produisit d'étonnants résultats. Les Français furent obligés d'évacuer l'Allemagne. Les armées anglaise et autrichienne parurent sur le Rhin, et une alliance entre l'Angleterre, la Prusse et la reine de Hongrie semblait de nature à assurer les résultats de la victoire.

Fontenoy. — Les espérances de paix furent détruites par l'ambition de la maison d'Autriche. Au printemps de 17i4,une armée autrichienne marcha sur \aples. ALarie-Thérèse voulait donner les Deux-Siciles h l'Empereur en échange de ses domaines héréditaires de Bavière. Mais si Frédéric avait fait la paix pour obtenir la cession de la Silésie, il était prêt à reprendre les armes pour empêcher l'agrandissement de la maison d'Autriche. Son alliance subite avec la France ne réussit pas tout d'abord à changer l'état des ciioses. Car, s'il réussit à prendre Prague et à faire (juitter les bords du Khin par l'armée autrichienne, il fut lui-même chassé de Holiême, au moment où la mort de l'Empereur forçait la Havière à mettre bas les armes et à s'allier avec Marie-Thérèse. Celle-ci crut alors son triomphe certain et fit même une alliance secrète avec la Russie pour le démembrement du royaume de Prusse. Mais, en 1745, la fortune changea, et l'on vit combien Carteret avait eu tort de changer la guerre défensive en une guerre offensive. Le roi Louis XV conduisit une armée dans les Pays-Bas; la Hollande ayant refuse d'agir, l'Angleterre fut obligée de les défendre. L'opinion publique fut si irritée des proportions que prenait la guerre, que Carteret, devenu comte Granville, fut renversé. Sou caractère impérieux l'avait rendu odieux à ses collègues; il fut supplanté par le duc.de Newcastle et son frère Henri Pelham. Celui-ci fut le chef du cabinet reconstitué (1745). Son caractère et la conscience de sa propre médiocrité lui inspirèrent une politique de conciliation qui réunit autour de lui tous les whigs. Chesterfield et les ahigs de l'opposition^ avec Pitt et les " gamins » , entrèrent dans la nouvelle administration, et même avec eux quelques tories. La niasse du parti ivhig restait Gdèle à la politique de VValpole; ce fut pour amener un accord avec Frédéric et la fin de la guerre que les Pelham forcèrent Carteret à se retirer.

11 fallait toutefois commencer par s'occuper de la guerre de Flandre, où le duc de Cumberland fut défait par le maréchal de Saxe à la tête des armées françaises. Comme il avançait avec son armée composée d'Anglais, de Hanovriens et de Hollandais (car ceux-ci avaient dû marcher pour aller délivrer Tournay), le duc rencontra, près de Fontenoy, l'armée française défendue par une série de redoutes et de villages fortifiés. On ne pouvait l'aborder que par un seul et étroit passage. Ce fut par ce passage que les troupes anglaises, formées en colonnes serrées, se jetèrent furieusement en avant malgré le feu ennemi. Mais, au moment où la victoire leur

semblait certaine, l'artillerie française, vivement concentrée en avant, mit en pièces l'armée anjjlaise et la força à battre en retraite, ce qu'elle ût en bon ordre. Cette défaite fut suivie, en juin, par la victoire de Frédéric à Hobenfriedbarg, qui chassa les Autrichiens de Silésie, et, à la fin de juillet, par le débarquement sur la côte d'Ecosse de Charles-Edouard, fils du «vieux prétendant)) , comme on appelait Jacques Stuart.

Charles-Edouard Stuart. — La reprise des hostilités avec la France avait ranimé toutes les espérances des jacobites. Charles-Edouard, petitfils de Jacques II, fut placé par le gouvernement français à la tète de forces importantes, et, en 177 4, il se préparait à faire une descente en Ecosse, quand une tempête vint détruire sa flotte. Les troupes qu'elle devait transporter furent obligées de marcher en toute hâte sur la Flandre pour y prendre part à la guerre. En 17i5, le jeune aventurier s'embarqua avec sept amis seulement et aborda dans une petite île des Hébrides. Pendant trois semaines, il demeura presque seul; mais, le 29 août, les clans se rallièrent autour de son étendard à GlcnGnnan, et Charles se trouva à la tête de quinze cents hommes. Sa petite armée alla en augmentant à mesure qu'il avançait dans le pays, se rendant par Blair Athol à Perth ; il entra triomphalement dans Edimbourg et fut couronné sous le nom de Jacques VIII à Toun Cross. Deux mille Anglais qui marchèrent contre lui sous la conduite de sir John Cope furent mis en pièces à Preston Pans, le 21 septembre 1745, par une seule charge des Ecossais, et la victoire doubla les forces du prétendant.

Le prince se trouvait maintenant à la tète de six mille hommes, tous highlanders, car les habitants des Basses-Terres se tenaient encore éloignés de lui. Ce fut à grand'peine qu'il réussit à les persuader de le suivre dans le Sud; mais, grâce à son tact et à son énergie, il triompha de tous les obstacles, et après avoir adroitement échappé à une armée réunie à Newcastle, il traversa le Lancashire et s'avança le 4 décembre jusqu'à Derby. Mais là s'arrêtèrent ses succès. 11 ne trouva presque personne pour soutenir sa cause dans ce pays où cependant les jacobites se croyaient tout-puissants. Le peuple se rassemblait pour voir passer les troupes, mais comme à une revue ; parmi les catholiques et les tories du Lancashire, si nombreux pourtant, un seul squire prit les armes. Manchester, la plus jacobite des villes anglaises, se contenta d'illuminer et de donner deux mille livres (50,000 francs). De Carlisle à Derby, c'est à peine si deux cents hommes vinrent se joindre aux Ecossais. La politique de Walpole avait évidemment fait son œuvre. La paix prolongée, la prospérité du pays, la clémence du gouvernement avaient gagné l'Angleterre à la maison de Hanovre. La récente entrée des tories dans l'administration avait achevé de séparer le parti tory des purs jacobites. Le jacobitisme, en tant que parti militant, était mort, et Charles -Edouard lui-même

Page 1