TRAITE D'AIX-LA-CHAPELLE
réalisa l'impossibilité de conquérir l'Angleterre avec cinq mille Highlanders.
11 apprit bientôt que des forces deux fois supérieures aux siennes s'avançaient sur lui de deux côtés différents, tandis qu'une troisième armée, conduite par lord Stair et par le Koi lui-même, défendait Londres. L'Ecosse aussi, profitant de l'absence des Highianders, renouvela son serment de Gdélité à la maison de Hanovre dans tous les districts des basses terres. Et, ce qui est plus frappant encore, on vit dans les Higblands les Macleod prendre les armes pour le roi George, tandis que les Gordon refusaient de se soulever, malgré les injonctions de quelques troupes françaises débarquées à Montrose. \e pouvant pousser plus avant vers le Sud, Cbarles se replia précipitamment sur Glasgow. V ayant trouvé des forces nouvelles, il marcha, le 23 janvier 1746, <à la tète de neuf mille hommes, sur l'armée anglaise que commandait le général Haw/ley. Cette armée avait poursuivi le prince dans sa retraite et était campée près de Falkirk. Cette fois encore une charge impétueuse des Highlanders remporta la victoire, mais une victoire aussi néfaste qu'une défaite. La majeure partie de ses forces se dispersa dans les montagnes, emportant le butin, et Cbarles dut se retirer vers le Nord devant le duc de Cumberland. Le IG avril, les deux armées se rencontrèrent dans un endroit appelé CuUoden Moor, qui se trouve à. quelques milles à l'est d'Inverness. Le nombre des Highlanders atteignait encore six mille, mais ils étaient affamés et découragés. L'armée de Cumberland était presque deux fois aussi considérable que celle du prince. Décimés par le feu ennemi, les Ecossais se lancèrent en avant, selon leur habitude, mais ils furent reçus par une décharge de mousqueterie épouvantable, et le petit nombre qui réussit à rompre les premiers rangs de l'armée anglaise tomba sous les coups des lignes suivantes. Quelques instants plus tard, tout était terminé, et les Anglais se mettaient à la poursuite des Highlanders en fuite. Charles lui-même, après des aventures extraordinaires, alla chercher un refuge en France. Ses partisans ne réussirent pas comme lui à s'échapper. Cinquante d'entre eux furent pendus en Angleterre; trois nobles écossais. Lovât, Balmerino et Kilmarnok, eurent la tète tranchée, et quarante personnes de haut rang furent déclarées déchues par un acte du Parlement. Dans les Higblands, il fallut prendre des mesures plus générales. Les droits féodaux furent abolis, les juridictions héréditaires rachetées aux chefs et transférées à la Couronne. Le tartan, ou costume des clans, fut prohibé par la loi. Ces mesures, accompagnées d'un acte d'amnistie, atteignirent leur but. La crainte qu'inspiraient les hommes des clans passa rapidement, et les actes des shérifls furent bientôt aussi respectés au milieu des Higblands que dans les rues d'Edimbourg.
Traité d'Aix-la-Chapelle. — Les défaites sur le continent et les n. 21
322 WILLIAM l'ITT (n42-)l62).
dangers de rintérieiir fortifiaient les Pelhain dans leur désir de mettre fin à la guerre avec la Prusse, (le n'était pas au moment oîi l'Angleterre était menacée par un prétendant catholique qu'il fallait affaiblir en Allemagne la principale puissance protestante. Sur le refus de Marie- Thérèse de consentir à une paix générale, l'Augleterre conclut la convention de Hanovre avec la Prusse (1745) et continua la guerre contre la France seule. La lutte n'était pas finie. Les victoires de Marie-Thérèse en Italie étaient contre-balancées par celles de la France dans les Pays-Bas, où le maréchal de Saxe gagna sur les Anglais et les Hollandais les victoires de Haucoux et de Lawfeld. Le danger que courait la Hollande et l'épuisement des finances françaises amenèrent enfin en 1748 le traité d'Aix-la-Chapelle, par lequel chacune des puissances belligérantes restituait les conquêtes qu'elle avait faites. La paix d'Aix-la-Chapelle n'était en réalité qu'une trêve qui permettait aux nations ennemies de reprendre leurs forces pour une lutte que tous prévoyaient. La guerre allait s'étendre bien au delà des limites de l'Allemagne et même de l'Europe. Elle allait se changer en un duel qui aurait le monde pour théâtre, et d'oii dépendraienl les destinées de l'humanité. La France réclamait les vallées de l'Ohio et du Mississipi, et posait ainsi la queslion de savoir si ce seraient le;; Français ou les Anglais qui imposeraient leur civilisation au nouveau nionde. Déjà des aventuriers français avaient chassé les marchands an;>lais de Madras, et jetaient, pensaient-ils, les bases d'un établissement (jui donnerait l'Inde à la France.
Clive. — Les débuts de l'Angleterre dans l'Inde ne faisaient pas prévoir le brillant av(Miir qui l'y attendait. Ce n'est qu'à la fin du règne d'Elisabeth, un siècle après que Vasco de Gama avait doublé le cap et fondé une colonie portugaise sur la cote de Goa, que la première Compagnie des Indes orientales avait été établie à Londres. Ce commerce, malgré ses profits, ne se développait guère, et il fallut l'espace d'un siècle encore pour que la Compagnie fût encouragée à fonder ses trois premières agences. La première de toutes, celle de Madras, se composait de six maisons de pêcheurs dominées par le fort Saint-Georges ^ celle de Bombay fut cédée par les Portugais, comme faisant partie du douaire de Catherine de Bragance; le fort William, avec le petit village qui devint Calcutta, avait été créé sous le règne de Guillaume HI. Chacun de ces forts était construit en vue de protéger les magasins de la Compagnie et gardé soit par quelques a sepahis » ou " cipayes » , soldais natifs, payés pour cela. Les commis et les marchands de chaque établissement se trouvaient sous la direction d'un président et d'un conseil. Au milieu du dix-huitième siècle, l'un de ces commis était Bobert Clive, fils d'un petit propriétaire •près de Market Drayton, dans le Shropshire, un mauvais sujet dont on avait été bien aise de se débarrasser eu l'envoyant à Madras, dans les