‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 118 sur 205 · DUPLEIX · texte numérisé non relu

DUPLEIX

bureaux de la Compagnie. Les premiers temps qu'il passa là-bas furent des jours de misère et de désespoir. 11 était pauvre, d'une timidité hautaine qui éloignait tout le monde de lui, fatigué du travail de bureau et hanté par le mal du pays. Deux fois il tenta de se tuer. La seconde fois, voyant qu'il avait encore manqué son coup, il jeta son pistolet, en se disant qu'il était sans doute destiné à de plus grandes choses.

Dupleix. — La guerre et la captivité vinrent changer sa vie. Dès que la guerre de la succession d'Autriche éclata, les Français, se croyant les plus forts, essayèrent d'expulser les Anglais de l'Inde. Labourdonnais, le gouverneur français de l'ile Maurice, vint mettre le siège devant Madras, la rasa et emmena les commis et les commerçants prisonniers à. Pondichéry. Clive fut parmi les captifs, mais il réussit à s'échapper sous un déguisement. Retournant alors à ^Ladras, il quitta sa position de commis pour entrer comme enseigne dans les troupes que la Compagnie s'empressait d'organiser. La prise de Madras avait donné une haute opinion des forces françaises, et Dupleix, gouverneur de Pondichéry, conçut l'espérance d'établir un empire français dans l'Inde. Lorsque du temps d'Elisahethles commerçants anglais apportaient leurs marchandises <à Surat, l'Inde tout entière, à l'exception du Midi, était soumise au pouvoir des empereurs mogols de la descendance d'Akbar. Mais après la mort d'Aureng-Zeyh, sous le règne d'Anne, l'empire des Grands Mogols tomba en décadence. Des princes vassaux s'étaient rendus indépendants à Rajpoutanah, et les lieutenants de l'Kmpereur fondèrent des royaumes séparés à Lucknou et à Haiderabad, au Karnatic et au Bengale. La plaine de l'Indus supérieur était occupée par une race de fanatiques religieux appelés Sikhs. Des envahisseurs persans et afghans traversèrent l'Indus et réussirent à saccager Delhi) la capitale des Mogols. Des bandes de pillards, qu'on appelait Mahrattes, el qui, en réalité, étaient des natifs longtemps maintenus en esclavage, descendaient des montagnes le long de la côte occidentale ; ils ravagèrent tout le pays jusqu'à Calcutta et Tanjore, et finirent par établir des gouvernements indépendants à Pounah et à Gaalior.

Dupleix profita habilement de tous ces désordres. Il offiit à l'Empereur de lui prêter son appui contre les rebelles et les envahisseurs qui avaient réduit à néant tout son pouvoir. L'Empereur accepta, et ce fut en son nom que Dupleix prit part aux luttes qui éclatèrent au centre et au sud de l'Inde, se rendit maître du gouvernement d'Haïderabad et plaça une de ses créatures sur le trône du Karnatic. Trichinopoly ellemême, la seule ville qui eût su résister à ce nabab du Karnatic, était sur le point de se rendre, lorsqu'on 1751, Clive conçut l'audacieux projet de la délivrer. A la tête de quelques centaines d'Anglais et de cipayes, il entra par surprise, pendant un orage, dans Arcot, la capitale du nabab; il s'enferma dans l'immense forteresse de la ville et tint tête cinquante

jours à des milliers d'assaillants. Touchés de sa bravoure, les Maliraltes, qui n'avaient pas cru les Anglais capables de se battre , vinrent à leur secours et Grent lever le siège. Clive, délivré par eux, montra la même énergie sur le champ de bataille. Malgré l'insuffisance de sa petite armée, avec des recrues qui fuyaient au premier coup de fusil et des cipayes qui se cachaient quand les canons ouvraient le feu, il attaqua et défit à deux reprises les Français et leurs alliés, fit échouer tous les efforts de Dupleix, et rasa la fière colonne que le gouverneur français avait élevée en souvenir de ses premières victoires.

Les colonies américaines. — Clive fut obligé, par la maladie , de retourner on Angleterre et remit à plus tard la continuation de la lutte pour l'empire de l'Inde. Mais tandis que la France s'efforçait de devenir maîtresse dans l'Hindoustan, elle essayait aussi, et avec un succès en apparence plus complet, de s'emparer de la suprématie dans le nouveau monde. Les colonies anglaises d'Amérique, si populeuses pourtant, ne s'étendaient encore, à ce moment-là, que le long des côtes; car si de rares troupes d'explorateurs avaient pénétré dans les Alleghanies, avant la guerre de Sept ans, lés tribus indiennes coutinuaicnt à errer librement le long des lacs. Ce ne fut qu'après le traité d'Aix-la-Chapelle, et devant les prétentions de la France, que les colons et les hommes d'État anglais portèrent leurs regards sur l'intérieur du pays. Solidement établie en Louisiane et au- Canada, la France revendiquait comme sien tout le pays situé à l'ouest des Alleghanies, et ses gouverneurs voulurent chasser tous les Anglais, colons ou marchands, des vallées de l'Ohio et du .Mississipi, qui étaient encore au pouvoir des Indiens. De telles prétentions Grent sortir Pelham lui-même de son inaction. Il chassa les colons français de l'Acadie ou Xouvelle-Kcosse, et une colonie anglaise fonda l'établissement de Halifax. On forma une compagnie de l'Ohio, qui envoya des agents dans le bassin de cette rivière et au Kentucky ; et des délégués de la Virginie et de la Pensylvanie resserrèrent l'alliance entre ces colonies et les tribus indiennes établies au delà des montagnes.

Les Français n'hésitèrent pas à accepter la lutte, et ce fut eu Acadie qu'on en vint aux mains.. Un navire de guerre apparut sur le lac Ontario, et Xiagara fut fortifié. Douze cents hommes, dirigés sur Erié, délogèrent les quelques colons anglais établis au confluent de l'Ohio et fondèrent, à l'endroit même où fut bâti plus tard Pittsbourg, un fort qui commandait sur toute la vallée, et auquel ils donnèrent le nom de Duquesne. Les Anglais, sous la conduite d'un jeune Virginien, George Washington, attaquèrent le fort; mais leur tentative échoua, et ils furent obligés de se retirer de l'autre côté des montagnes, et de laisser tous les pays de l'Ouest aux mains de la France. Les tribus indiennes établies entre le Canada et le Mississipi se rattachèrent à la cause française, et ce fut grâce

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