‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 119 sur 205 · I.A GUERRE DE SEPT ANS · texte numérisé non relu

I.A GUERRE DE SEPT ANS

à leur alliance qu'en 1755 les Français purent résister à Hraddock. Celui-ci, à la tète des forces anglaises et d'une milice américaine, avait attaqué le fort Diiquesne; mais il fut tué, et son armée fut mise en complète déroute. Le marquis de .Montcalm, qui, en 1756, commandait les Français au Canada, était doué d'un talent d'administrateur tout k fait remarquable. Il poursuivit avec plus de zèle encore que son prédécesseur l'annexion du pays, et il relia les trois principaux forts, Duquesne sur l'Ohio, Niagara sur le Saint-Laurent, et Ticonderoga sur le lac Champlain, par une chaîne de petits fortins qui barraient aux Anglais la route de l'Ouest. Cette défaite fit comprendre <à l'Angleterre le danger qu'elle courait; car il était certain que la guerre en Amérique serait suivie d'une guerre en Europe. Les ministres songeaient à une alliance avec la Prusse, comme au seul moyen de tenir la France en échec; mais Frédéric se tenait prudemment sur ses gardes, et les avances de l'Angleterre ne servirent qu'ià lui aliéner Marie-Thérèse, qui ne songeait qu'à reprendre la Silésie. Les deux branches de la famille de Bourbon étaient toujours unies par le Pacte de famille, et, dès 1752, la reine de Hongrie, changeant subitement de politique, s'était secrètement alliée avec elles. La jalousie que faisait naître en Russie le pouvoir grandissant de l'Allemagne septentrionale, amena la tsarine Klisabeth à promettre son assistance à la reine de Hongrie, et, en 1755, il se forma secrètement une ligue entre l'Autriche, la Russie, la France, l'Espagne et la Saxe. Ces négociations furent si habilement conduites qu'elles échappèrent entièrement à Henri Pelham et au duc de Xeucastle, qui succéda, en 175i, à son frère Henri Pelham, comme chef du cabinet; mais l'reil perçant de Frédéric de Prusse démêla tout de suite ce qui se passait, et il se prépara h tenir tète aux lignes ennemies qui allaient se déployer contre lui depuis Paris jusqu'cà Saint-Pétersbourg.

La guerre de Sept ans. — L'Angleterre courait un danger presque aussi grand. La France entrait en scène avec une vigueur et une audace qui rappelaient le temps de Louis XIV. La faiblesse et la corruption de son gouvernement étaient voilées, pour ainsi dire, par la hardiesse de ses plans, par le talent de ceux qu'elle avait chargés de les accomplir.

En Angleterre, au contraire, tout était vague et indécision. Ce fut seulement à la (in de 1755 qu'un traité fut conclu avec le roi de Prusse, Cette alliance fut le signal de la guerre de Sept ans. Aucune guerre n'eut des résultats plus importants dans l'histoire du monde; aucune ne valut à l'Anglctei-re de plus grands Iriomphes, et cependant les débuts en furent désastreux. Xeucastle était trop faible et trop ignorant pour gouverner seul, mais aussi trop jaloux de son pouvoir pour rechercher l'aide d'hommes plus capables que lui. Xous pouvons juger comment il s'était préparé à la lutte gigantesque qu'il allait entreprendre, par le fait seul

qu'au commencement de 1756 il n'y avait en Angleterre que trois régiments en état de servir.

La France, au contraire, fut prompte dans son attaque. Port-.VIahon, dans l'île Minorque, la clef de la Méditerranée, fut assiégée par le duc de Richelieu, et forcée de capituler. Pour comble de honte, une flotte envoyée au secours de Port-Mahon, sous la conduite de l'amiral Byng, battit en retraite devant les Français. En Allemagne, Frédéric s'était emparé de Dresde dès le début des hostilités, et avait forcé l'armée de Saxe à se rendre; il avait aussi, par sa victoire à Prague, en 1757, pris possession de la Bohème ; mais une défaite qu'il essuya à Kolin l'obligea à se retirer dans la Saxe. La même année, le duc de Cumberland, qui, pour défendre le Hanovre, s'était posté sur le Weser avec une armée de cinquante mille hommes, fut repoussé par les Français jusqu'à l'embouchure de l'Elbe, et se vit forcé, par la convention de Closter-Seven, de disperser ses troupes. En Amérique, les choses allaient encore plus mal. L'inaction des généraux anglais contrastait avec le génie et l'activité de Montcalm. Déjà maîtres de l'Oliio par la défaite de lîraddock , les Français chassèrent les garnisons anglaises des forts qui défendaient les lacs Ontario et Champlain, et leur empire s'étendit sans interruption de la Louisiane au Saint-Laurent. Un découragement sans exemple dans l'histoire d'Angleterre s'empara des hommes d'Etat les moins impressionnables, et l'impassible Cbcsferfield lui-même s'écria désespéré : a C'en est fait, nous ne sommes plus une nation. -.^

William Pitt. — Cette nation dont Cbcsferfield désespérait était, en réalité, à la veille d'un de ses plus grands triomphes, et ce fut l'incapacité même du duc de Newcastle qui mit en lumière le génie de William Pitt. Pitf était le petit-fils d'un riche gouverneur de Madras; il avait été envoyé au Parlement, en 173 4, comme représentant d'un des bourgs pourris dépendants de son père, et il devint aussitôt le chef des jeunes « patriotes « dans leurs attaques contre U'alpole. En le destituant du poste militaire qu'il occupait, Walpolc lui permit de se consacrer entièrement à la politique. Sa nature ardente avait été appelée aux affaires par le cabinet de coalition qui fut formé à la chute de U'alpole; mais à la mort de Henri Pelham, la jalousie .de \eucastle rejeta Pitt dans l'opposition, et il perdit sa place. Le premier revers sur le continent amena la chute de Xewcastle, et, au mois de novembre 1756, Pitt devint secrétaire d'Etat; mais au bout de quatre mois, il fut obligé de se retirer devant l'hostilité du Roi et de Xewcastle. En juillet 1757, cependant, il fallut le rappeler au pouvoir, et Newcastle, devant l'insuccès de sa propre administration, se décida à s'unir à 'son rival. Heureusement pour l'Angleterre, ces deux hommes d'Etat étaient faits pour s'entendre. Pift possédai toutes les capacités qui manquaient à Xewcastle ; il était fait pour prendre

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