LA CONQUETE DU CAMADA
les manières gauches et les gasconnades du jeune soldat de trente-trois ans, qui avait déjà combattu à Dettingen, à Kontenoy et à Laufeld, et à qui l'on avait dû en grande partie la prise de Louisbourg. Pitt lui coniia le soin de porter le coup décisif. Mais, tout d'abord, sa sagacité parut être en défaut. Aucun effort ne pouvait faire sortir Montcalm des rochers inaccessibles qui, à ce point, bordent la rivière, et pendant six semaines VVolfe vit ses hommes s'user dans l'inaction, et lui-même était accablé par la maladie et le désespoir. Il (init cependant par prendre une résolulion, et formant une longue ligne de bateaux, il dirigea son armée vers l'embouchure du fleuve jusqu'au pied des hauteurs d'Abraham, oîi se trouvait un passage étroit qui conduisait au sommet. Pas une voix ne troubla le silence de cette nuit, sauf celle de VVolfe lui-même, qui se récitait les strophes de Gray, VElégie dans un cimelière de campagne, et remarquait en unissant u qu'il aimerait mieux être l'auteur de ce poëme que de prendre Québec » . Mais c'était une nature aussi brave que sensible ; il fut le premier à débarquer et à s'engager dans le chemin étroit où deux hommes ne pouvaient pas passer de front. Ses hommes le suivirent, s'accrochant, pour monter, aux buissons et aux saillies des rochers, et le 12 septembre, dès l'aurore, l'armée se trouvait en bon ordre devant Québec. Montcalm s'empressa d'attaquer, bien que son armée, composée surtout de milices recrutées au hasard, fut très-inférieure en discipline aux Anglais; il fut reçu par un feu roulant. IVolfe chargea à la tête de ses hommes et réussit à rompre les lignes françaises, mais une balle le frappa en pleine poitrine au moment de la victoire, u Ils fuient ^ , cria l'officier qui prit le mourant dans ses bras, « j'atteste qu'ils fuient ! » VVolfe rassembla ses forces pour demander qui fuyait. On lui répondit : « Les Français. » " Alors ^i , murmura-t-il, «je meurs content. » Montcalm aussi fut mortellement atteint dans la lutte ; sa mort permit aux Anglais de compléter leur victoire, et la soumission du Canada, achevée par la prise de Montréal, par Amherst, en 1760, mit fin au rêve d'un empire français en .Amérique.