CHAPITRE
LIXDÉPEiXDAMCE DE LAMIUUQLE '.
L'histoire et la guerre. — Jamais l'AugleteiTe n'avait joué dans l'histoire du monde un rôle aussi important, i L'année 1759 fut une année de triomphes extraordinaires. En septembre, arrivait la nouvelle de Minden et d^uncvictoirejevaut Lagos^ En octobre, on apprenait la prise de Québec, et en novembre, la défaite des Français à Quiberon. ^ Xous sommes obligés " , disait en riant Horace IValpolc, u de demander chaque matin quelle victoire il y a, de peur d'en manquer une, « Mais c'est moins le nombre qnc l'importance de ces triomphes qui donne cà cette guerre une si grande portée. 11 n'est pas exagéré de dire que trois de ces nombreuses victoires eurent sur les destinées du monde une influence qui se fera sentir pendant des siècles. La victoire de Rosbach ressuscita l'Allemagne, lui rendit la vie politique et intellectuelle, et prépara son union sous la direction de la Prusse et de ses rois. Avec la victoire de Plassey, nous voyons, pour la première fois depuis Alexandre, l'Europe prendre la haute main en Orient. Comme le disait Burke, une des races duXord introduira au centre de l'Asie des mœurs nouvelles, de nouvelles doctrines et de
' SoL'ncKS : Lord Stanliope, dans son History of Englandfrom peace ofUtrecht, et M. Bancrol't,dans son Historij of the United States, nous font connaître la guerre d'Amérique avec une égale recherche de j-.islice et de vérilé. mais à des points de vue différents. L'Iiisloire de I\L Bancroft est beaucoup plus détaillée, beaucoup plus pittoresque; celle de lord Stanhope est plus pondérée et peut-être plus impartiale. Pour l'Angleterre même, nous pouvons ajouter aux ouvrages indiqués dans le dernier chapitre la remarquable Histoire de HI. Massey {History of Englandfrom the accession of George III), les Mémoires de Walpole {Memoirs oftheearly reign of George III), ceux de Rockingham ; les Papiers de Grenville, la Correspondance de Bedford, celle de George 111 avec lord Xorth ; les Lettres de Junius et l'ouvrage de lord Russell : Life and Correspondance of C. J. Fox. Les Discours et Pamphlets, de Burke, et surtout ses Tkoiights on the causes of the présent discontents, sont indispensables pour l'étude de culte période, h' Histoire constitutionnelle de sirErskine May, si complète et si pénétrante dans son impartialité, nous console, autant qu'il est possible, de n'avoir plus, pour cette période, les Commentaires de AL Hallam. Voyez aussi Lecky, History of England in the XVIII''' century. ^
LES COLOME s AMERICAINES. 337
nouvelles institutionsijivec le triomphe du général Wolfe sur les hauteurs d'Abraham, commence l'histoire des États-Unis. En écartant un ennemi qui tenait en échec les colons de la mère patrie, en rompant la barrière que les Français leur opposaient dans le bassin du xMississipi, Pitt jeta les fondements de la grande République.
Ces victoires eurent pour l'Angleterre même des résultats prodigieux. La guerre de Sept ans décida de son avenir comme de l'avenir du monde. Jusqu'alors la puissance respective des Etats européens dépendait de leurs possessions dans l'Europe même. Mais après la fin de cette guerre, peu importa à l'Angleterre sa position relative vis-à-vis de ses voisins. Elle n^était plus une puissance purement européenne, une rivale de l'Aile- I magne, de la Russie ou de la France. Maîtresse de l'Amérique du \ord, future maîtresse de l'Inde, réclamant l'empire des mers comme son domaine propre, la Grande-Bretagne se trouva tout à coup placée à une incommensurable hauteur au-dessus des nations que leur puissance purement continentale semblait condamner à ne plus jouer qu'un rôle secondaire dans l'histoire du monde.
La guerre à peine terminée, le peuple anglais montra qu'il avait conscience des hautes destinées ouvertes devant lui; il n'eut pas de repos qu'il n'eût pénétré dans les mers les plus reculées. L'Atlantique n'était plus qu'un détroit au milieu de l'empire britannique, mais au delà, vers l'Occident, il y avait des mers où le pavillon anglais était presque inconnu. L'année qui. suivit la paix de Paris (1764), deux navires anglais firent un voyage de découverte au détroit de Magellan; trois ans plus tard, le capitaine Wallis toucha les récifs de corail de Tahiti. En 1768 le capitaine Cook traversa le Pacifique d'un bout à l'autre, et ^artPuLoji il débarqua, en Nouvelle-Zélande, en Australie, il prit possession du sol pour la couronne d'Angleterre, et ouvrit un monde nouveau à l'expansion de la race anglaise^ Les hommes d'Etat anglais sentaient avec. une égale vivacité le changement survenu dans la position du pays. Par la voix de lUirke, le Parement britannique affirma son caractère impérial, » parce c^u'il surveille, comme du haut du ciel, de nombreuses assemblées législatives de second ordri7les dirige et les contrôle, sans les annihiler n . Le peuple, nourri des idées commerciales de l'époque, vit dans le développement immense des colonies, où la mère patrie conservait le monopole du commerce, une source inépuisable de richesses. Les échanges avec l'Amérique étaient à eux seuls en 1772 aussi considérables que ceux que l'x'lngleterre faisait au commencement du siècle avec le monde entier. Garder et accroître des possessions aussi vastes et aussi lucratives sera désormais le but des hommes d'Etat et la ferme volonté du peuple anglais.
Les colonies américaines. — Depuis le moment où l'émigration puritaine avait ajouté les quatre Etats de la Nouvelle-Angleterre, Massait. . 22