L ANGLETERRE ET LES COLOMES
L'Angleterre et les colonies. — Ces différences, qui devaient avoir une si grande influence sur les destinées de l'Amérique, ne se firent pas sentir tout d'abord. Les colonies conservèrent longtemps, dans leur organisation extérieure, des traits comriiuns qui contrastaient grandement avec l'Angleterre même, dans toutes les questions civiles et religieuses. La diversité des communions religieuses, plus grande là que partout ailleurs, eut pour conséquence la tolérance religieuse. La Nouvelle- Angleterre était toujours la forteresse du puritanisme; au Sud la plupart des colons restaient fidèles à l'Kglise anglicane. La population du Maryland se composait en grande partie de catholiques. En Pensylvanie, les quakers dominaient. Les presbytériens et les baptistes s'étaient réfugiés dans le New-Jersey pour échapper à la persécution. Les luthériens et les Moraves allemands abondaient en Géorgie et dans les Carolines. Avec une telle multiplicité de croyances religieuses, la persécution était impossible. Dans leur organisation et leurs tendances politiques, les États surent associer une extrême diversité apparente avec une unité fondamentale de tendance et d'organisation. Que le tempérament de la colonie fut démocratique, modéré ou oligarchique, la forme du gouvernement était toujours à peu près la même. Les droits primitifs des propriétaires, les concessions originelles du premier établissement, avaient presque partout cessé d'exister, ou étaient tombés en désuétude, sauf en Pensylvanie et en Maryland. Le gouvernement de chaque colonie dépendait d'une assemblée^l^ue par tout le peuple, avec un conseil élu aussi ou nommé par le gouverneur, et un gouverneur qui tantôt était élu, tantôt était nommé par la couronne, et qui seul servait d'intermédiaire entre les colonies et la Grande-Bretagne. Les colonies, par une heureuse négligence, étaient abandonnées à elles-mêmes. On a dit plus tard avec esprit que « ^I. Grenvillc perdit TAmérique parce qu'il se mit à lire les dépèches américaines^ce qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait fait s . Il était difficile du reste d'intervenir dans l'intérieur des colonies. Leurs privilèges étaient assurés par des chartes royales. Leurs assemblées avaient le droit exclusif d'établir des impôts, et elles n'en abusaient pas. Walpole, comme Pitt plus tard, rep:)ussa vivement l'idée d'établir dçs contributions indirectes en Amérique. < J'ai soulevé la vieille Angleterre contre moi par cette mesure, croyez-vous que je veuille soulever aussi la nouvelle? » Même dans les questions de commerce la suprématie de la mère patrie était presque nulle. Il y avait bien quelques droits d'importation, mais on les évitait par un système de fraude bien entendu. La restriction du commerce des colonies à la Grande-Bretagne était plus que compensée parles privilèges commerciaux dont les Américains jouissaient comme sujets anglais. Jusqu'ici rien ne venait porter atteinte au bon vouloir qui existait entre les colons et l'Angleterre, et le danger d'une agression française resserra encore ces liens.