L'I\DÉPE\DA\CE DE I/AMÉRIQUE
Mais quelque réel que fût l'attachement des colons pour la mère patrie, les politiques exercés se rendaient compte que leur union future était menacée. Les triomphes mêmes de Pitt devaient contribuer à Tébranler, car, en délivrant le Canada des Français, il éloignait le danger qui jusquelà avait rendu la protection de l'Angleterre nécessaire aux colonies. L'attitude de l'Angleterre vis-à-vis de sa lointaine coTonie fut celle d'un propriétaire; les divergences de caractères, que la nécessité de l'union avait empêché de sentir, devinrent de plus en plus visibles. Si les questions de commerce et de tarifs suscitèrent des murmures et des disputes, au fond de ces querelles il y avait aussi l'inquiétude qu'inspirait aux .-anglais la forme démocratique du gouvernement et de la société dans les colonies, et les principes niyeleurs quLy prévalaienjy
George III. — Etouffer cet esprit républicain, dissiper tous le&j:cves d'autonomie,jesscrrer runité^de l'empire britannique, Jut^imjiesJjuts principaux que se proposa le jeune souverain qui, en 1760, remplaça sjon, grand-père sur le trône. Pour la première et la dernière fois depuis que la maison de Hanovre avait hérité de la couronne, l'Angleterre vit son roi prendre une part active aux affaires politiques. Le rôle que George III réussit à y jouer est certainement considérable. Dans l'espace de dix ans, il réduisit le gouvernement à n'être plus qu'une jombre, et il changea en antipathie la loyauté de ses sujets. Au bout de vingt ans les colons d'Amérique avaient pris les armes pour conquérir leur indépendance, et l'Angleterre était à deux doigts de sa A perte J On a vu parfois de semblables résultats amenés par de très^^^ grands hommes ou par des hommes méchants et corrompus; mais Geoi'ge n'était ni un grand homme ni un homme corrompu. 'C'est le plus petit esprit qui^ait jamais régné en Angleterre, si l'on en excepte Jacques 11. Il avait reçu une détestable éducation, et ses capacités étaient des plus médiocres. Il ne savait pas non plus se servir d'intelligences supérieures à la sienne, comme l'ont fait certains souverains pour cacher leur propre nullité. Au contraire, le seul sentiment qu'il éprouvât pour les grands hommes était un sentiment de jalousie et de haine. Il soupirait après le moment où la décrépitude ou la mort mettrait fin à l'activité de Pitt; et, même lorsque la mort l'eut délivré de cette ^ trompette de sédition » , il s'opposa à ce qu'on élevât un monument au grand ministre, disant qu'on ferait ainsi au Roi une injure personnelle.
Malgré l'infériorité de sa nature, George avait un but bien déGni, et il le poursuivit avec obstination. Son but était de gouverner, u George » , lui répétait continuellement, dans son enfance, la princesse de Galles sa mère, "George, sois un roi. » Il s'intitulait lui-même " un whig de la Révolution « , et il n'avait pas le désir de détruire r(euvre qu'il attribuait