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MORT DE CHATHAM

delphic, l'angoisse devenait générale, on commençait à parler de propositions de paix. Mais, par une surprise habilement conduite et une marche audacieuse sur les derrières de l'armée anglaise, Washington releva le moral de ses troupes et força à son tour le général Houe k se replier sur Xeu-York.

Au printemps de 1777, les Anglais tentèrent un vigom'eux effort pour réprimer la révolte au Canada, le général Burgoyne s'avança par les lacs pour s'emparer de la ligne de l'Hudson et, avec l'aide de l'armée de Xeu'-York, isoler la Xouvelle-Angletcrre des autres colonies. Pendant ce temps. Houe remontait le Chesapeake, et marchait sur Philadelphie, la capitale provisoii'e des Etats-Unis et le siège du congrès. Washington, avec sa petite armée de sept mille hommes, fut mis en déroute à Brandyuine, et forcé d'abandonner Philadelphie. Il essaya d'attaquer ses vainqueurs à Germannstouu; mais ce coup hardi ne réussit pas, et il fallut se résigner à prendre ses quartiers d'hiver sur les rives de la Shuyllkill. L'énergie inébranlable avec laquelle Washington remonta ses troupes fatiguées et affamées, et leur communiqua la volonté et la force de tenir tête à l'armée de Howe, est le plus noble de tous ses triomphes.

Dans le Xord, la guerre avait pris une autre tournure. Quand le général Burgoyne apparut sur l'Hudson supérieur, il trouva la route d'Albany fermée par le général Gates à la tète de forces américaines. Les esprits, en \ouvelle-Angleterre, étaient devenus moins ardents à mesure que la guerre s'éloignait de leurs frontières ; mais tout le pays se réveilla à la nouvelle de l'invasion et des violences commises par les Indiens que Burgoyne employait dans son armée. Les milices accoururent des villes et des campagnes pour se rendre au camp, et, après une attaque inutile, Burgoyne se trouva lui-même entouré par l'ennemi sur les hauteurs de Saratoga. Le 16 octobre, il fut oblige de se rendre. La nouvelle de cette désastreuse défaite viut en Angleterre comme pour confirmer les paroles que Chatham avait prononcées peu auparavant, en insistant pour qu'on conclût la paix. « Vous ne pouvez pas conquérir l'Amérique ^ , répondaitil à ceux qui vantaient les succès de Howe. « Si j'étais un Américain comme je suis un Anglais, tant qu'une troupe étrangère foulerait le sol de ma patrie, je ne déposerais jamais les armes, jamais, jamais! » Puis, dans un élan d'éloquence indignée, il fulmina contre l'emploi qu'on faisait de l'Indien et de son couteau à scalper contre des enfants de l'Angleterre. Les propositions que fit alors Chatham auraient peut-être pu, entre ses mains, amener encore uu rapprochement entre l'Amérique et la mère patrie. 11 plaidait pour la conciliation la plus absolue, et avait fait le plan d'une union fédérale entre les colonies et la Grande-Bretagne, qui aurait laissé les premières entièrement maîtresses chez elles, et ne les aurait attachées à l'Angleterre que par des liens d'affection et de fidélité; mais cette proposition eut le même sort que les préccdenles. A peine

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l'avait-on rejetée, qu'on apprit la défaite de Saratoga , et peu après une nouvelle plus grave encore. La défaite de Saratoga avait encouragé les Bourbons des différentes cours à venger la guerre de Sept ans. En février 1778, la France conclut une alliance avec les États-Unis, et lord North essaya de parer ce coup en proposant des mesures conciliantes, et en promettant de renoncer à l'avenir au droit de taxer directement les colonies; mais il sentit que le temps de la conciliation était passé, et qu'il n'y avait plus d'espoir de reconquérir l'Amérique par les armes. George III, il est vrai, restait aussi obstiné que jamais, et le pays, aiguillonné par l'agression de la France, applaudissait passionnément à l'obstination du Roi. Mais, bien différent en cela du Roi, il sentait instinctivement que s'il restait un dernier espoir de regagner l'amitié des colonies et de déjouer les efforts des Bourbons, c'était en lord Chatham qu'il résidait; aussi, malgré la résistance du Roi, le pays tout entier le rappela au pouvoir. Mais la veille de son retour, il fut touché par la main de la mort. Brisé par l'âge et la maladie, Chatham fut porté à la Chambre des lords le 7 avril, et il ne put prononcer que quelques paroles entrecoupées pour protester contre l'abandon de l'Amérique. « Je me réjouis, dit-il, d'èlre encore vivant pour élever ma voix contre le démembrement d'une ancienne et noble monarchie. Sa Majesté, murmura-t-il, a hérité d'un empire dont l'étendue était aussi grande que sa réputation était intacte. 11 y a dix-sept ans, ce peuple était la terreur du monde. ^î II écouta avec impatience la réplique du duc de Richmond, et se leva de nouveau ; mais presque aussitôt il porta la main à son cœur en perdant connaissance; il ne fut transporté chez lui que pour y mourir.

Progrés de la guerre. — A dater de la mort de Chatham, l'Angleterre vit le cercle de ses ennemis grandir et l'enserrer de plus en plus, et bientôt elle se trouva seule contre tous. A la fin de 1778, l'Espagne se joignait à la France et à l'Amérique contre elle. En 1779, la flotte franco-espagnole, composée de soixante navires, était maîtresse de la Manche et menaçait de faire une descente sur les côtes d'.ingleterre. Mais, bien qu'elle ne dût plus se faire entendre, la voix de Chatham retentissait encore dans sa patrie et y réveillait la vie endormie. « Tomberons-nous sans force devant la maison de Bourbon? " murmura-t-il en expirant, et les divisions qui avaient affaibli la nation dans la lutte contre l'Amérique s'effacèrent devant la menace d'une invasion française. La faiblesse du ministère fut compensée par l'énergie héroïque de la nation. Pendant trois ans, de 1779 à 1782, le général Elliott résista à la famine et au bombardement dans la forteresse de Gibraltar. Une querelle au sujet du droit de visite avait poussé les cours du Xord à former une ligue de neutralité armée contre l'.Angleterre, et ajouté la flotte hollandaise au nombre

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de ses ennemis. Mais les vaisseaux anglais tenaient encore la mer. Eu Amérique, le sort de ses armes paraissait plus favorable. Après la défaite de Burgoyne, les généraux anglais s'étaient retirés de Pensylvanie et avaient porté tous leurs efforts vers le Sud, où existait encore un parti royaliste assez important. La prise de Charlestovvn et les succès de Cornwallis, en 1780, furent rendus inutiles par l'inébranlable résistance du général Green, mais les Etats étaient affaiblis et ruinés ; ils s'épuisaient à attendre l'appui que la France leur avait promis. En même temps, les pertes de l'Angleterre dans l'Ouest étaient plus que compensées par ses nouveaux triomphes en Orient.

L'Angleterre et l'Inde. — Depuis le jour de Plassey, l'Inde avait rapidement passé dans les mains de cette Compagnie commerciale qui, peu d'années auparavant, n'avait que trois comptoirs sur ses côtes. La victoire qui livra le Bengale à Clive avait été suivie d'un autre triomphe à Wandeuash, par lequel le colonel Coote, vainqueur de Lally, gouverneur français de Pondichéry, établit la suprématie britannique dans l'Inde méridionale. La conquête achevée, il s'agissait maintenant d'organiser le pays et de l'arracher à la tyrannie et <à la corruption des commis de la Compagnie devenus subitement les maîtres qui, dans leur nouveau rôle, travaillaient inconsciemment à la ruine du Bengale. Bien qu'il eût proGté lui-même plus que personne du butin de ses victoires, Clive reconnaissait que le temps était venu où l'ambition personnelle devait faire place aux responsabilités du pouvoir. En 1765, il retourna dans l'Inde, et les deux années qui suivirent furent les plus glorieuses de sa vie.

Malgré l'opposition des commis et l'esprit de révolte de l'armée, il réussit à mettre Gn au commerce illicite que faisaient les employés de la Compagnie, et leur interdit de recevoir les dons des natifs. Il donna luimême l'exemple du désintéressement en renonçant au profit du public à un legs que lui avait fait le prince élevé par lui au trône du Bengale. Il revint en Angleterre plus pauvre qu'il n'en était parti. Plusieurs de ses compatriotes étaient intéressés à ce que les abus continuassent dans l'Inde, et Clive était résolu <à leur tenir tête et à dénoncer le mauvais gouvernement du Bengale. Il parvint à obtenir l'intervention de lord North, et l'encouragea à n'accorder l'appui du gouvernement à la Compagnie pour la tirer de ses difficultés financières, que si elle se soumettait à des réformes administratives. L'acte de régularisation de 1773 établit un gouverneur général et une cour de justice suprême pour toutes les possessions anglaises dans l'Inde, interdit aux juges et aux membres du- conseil de faire du commerce, défendit qu'on acceptât aucun présent des natifs, et ordonna que toutes les décisions des directeurs seraient soumises cà l'approbation du gouvernement. Un vif intérêt s'éveilla en Angleterre pour les affaires de l'Iiule, et un comité se forma dans la Chambre des

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