‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 144 sur 205 · LE SECOND TITT · texte numérisé non relu

LE SECOND TITT

politiques ou sociales. La société elle-même était fondée sur une distinction rigoureuse entre les classes, et le peuple en général ne jouissait pas des privilèges judiciaires ou économiques accordés aux classes supérieures. Nous avons déjà vu combien une telle conception de la vie nationale était contraire aux idées qui s'étaient répandues en Europe durant le dix-huitième siècle; aussi, dans presque tous les pays, voyons-nous les princes éclairés s'efforcer de satisfaire, au moyen de réformes administratives, le sentiment d'injustice qu'on ressentait autour d'eux. Frédéric le Grand en Prusse, Joseph II en Autriche et dans les Pays-Bas, poursuivaient le même but que Turgot en France.

C'est certainement en France que le contraste entre l'état de la société et les nouvelles idées de droit commun se faisait le plus vivement sentir. Nulle part le despotisme n'avait été aussi absolu. L'aristocratie s'était vu enlever toute participation aux affaires ; elle jouissait de privilèges sociaux, elle était exempte de toutes les charges publiques, et n'avait pas le sentiment de ses devoirs envers le pays, sentiment qu'une classe gouvernante éprouve toujours en quelque manière. Les corporations et les monopoles entravaient les effojits des commerçants et les séparaient des classes ouvrières ; de même que la haute valeur attachée au sang noble élevait une barrière entre l'aristocratie et toutes les autres classes.

Etat de la France. — Si nous comparons la situation politique de la France à celle des principaux pays qui l'entourent, nous reconnaissons qu'elle occupait un rang très-élevé. Son gouvernement était devenu moins tyrannique ; il tenait plus compte de l'opinion publique, ses richesses s'étaient accrues et étaient plus également répandues, la justice était mieux administrée, l'ordre public plus assuré. Les paysans, tout pauvres qu'ils paraissaient à des yeux anglais, étaient cependant fort au-dessus des paysans allemands ou espagnols. La classe moyenne était la plus vive et la plus intelligente qu'il y eût en Europe. Sous Louis XV, l'ojîinion jouissait d'une liberté assez grande. Une classe d'hommes de lettres s'était formée , une société littéraire qui consacrait son activité et de merveilleux talents à populariser des idées de justice sociale et politique empruntées à des écrivains anglais , ou même acquises , comme ce fut le cas pour Montesquieu et Voltaire, par le contact personnel avec la vie anglaise. La conception morale du temps, son amour pour l'humanité, son sentiment de fraternité, sa haine de l'oppression, sa pitié pour les coupables et les malheureux , furent exprimés par une foule d'écrivains, et surtout par Rousseau, avec un feu et une éloquence qui pénétrèrent jusqu'au cœur du peuple. «■

Ces foices intellectuelles se heurtaient de tous côtés aux formes sociales qui les entravaient. Le philosophe dénonçait la tyrannie du clergé. Le paysan se plaignait du droit qu'avait son seigneur de le juger à sa cour

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