PITT ET LA FRW'CE
majorité des Anglais, leur amour de Tordre et de la loi, leur répugnance pour les changements violents et les théories ahstraites, autant que leur respect du passé, soulevèrent rapidement dans le pays un esprit antirévolutionnaire. Les avertissements passionnés d'Edmond Burke surexcitèrent les répugnances du hon sens anglais et aussi des préjugés nationaux.
La prise de la Bastille, qui excita l'enthousiasme de Fox, remplit Burke d'inquiétude. - Dès qu'on sépare la liberté de la justice » , écrit-il quelques semaines plus tard , « toutes deux sont en danger. « La nuit du 4 août, dans laquelle tous les privilèges furent abolis, le remplit d'horreur. Il y vit, et avec raison, le moment critique qui révélait le caractère de la Révolution, et son parti fut pris immédiatement, f Les Français " , s'écriait-il au mois de janvier, tandis que Pitt prédisait un glorieux avenir à la nouvelle Constitution, « les Français se sont montrés les plus habiles architectes de ruine qui aient jamais existé. En peu de temps, ils ont détruit leur armée, leur marine, leur commerce, leurs arts et leur industrie. r> Mais, dans le Parlement, personne ne partageait ses vues. Les uhigs, malgré leur défiance, suivaient l'exemple de Fox et applaudissaient à la Révolution. Les tories, plus défiants encore , suivaient Pitt, et Pitt exprimait hautement sa sympathie pour le gouvernement constitutionnel qui régissait la France. 11 est vrai que le parti révolutionnaire donna alors une preuve significative de sa sympathie pour l'Angleterre. Irritée par l'établissement d'une colonie anglaise à \ootka-Sound, en Californie, l'Espagne avait réclamé l'appui de la France, conformément au Pacte de famille; le ministère français, soutenu par ceux qui trouvaient qu'on allait trop loin et espérant arrêter les progrès de la Révolution et rétablir l'autorité royale, avait résolu d'entreprendre la guerre. Le parti révolutionnaire s'opposa naturellement à ce dessein. Après une lutte acharnée, il obtint qu'on retirât au Roi le droit de déclarer la guerre sans l'assentiment de l'Assemblée, et tout danger d'hostilité fut écarté. «Le gouvernement " , affirmait Pitt, « est disposé à entretenir les relations les plus amicales avec la Grande-Bretagne ■■■> , et il ne voyait pas pourquoi la Révolution empi'clierait l'Angleterre de répondre à ces sentiments bienveillants. Il comprenait qu'une union active entre la France et l'Angleterre pouvait seule mettre un terme aux troubles en Orient. Son intervention déjoua momentanément un nouvel effort de la Prusse pour enlever à la Pologne Danzig et Thoru. Mais bien que l'attitude de la Russie fût encore très-menaçante pour la Turquie, une guerre russe était si impopulaire en Angleterre qu'un vote hostile du Parlement força Pitt à suspendre ses armements. A ce moment, une nouvelle alliance entre l'Autriche et la Prusse, qui devait amener la fin de la lutte en Turquie, menaçait aussi de porter une nouvelle atteinte à l'indépendance de la Pologne.