‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 147 sur 205 · I.E SECOND PITT · texte numérisé non relu

I.E SECOND PITT

Burke et la Révolution. — Mais tandis que Pilt plaidait en faveur d'une union entre les deu.v pays, Burke travaillait à rendre cette union impossible. 11 avait depuis longtemps, il est vrai, perdu toute son influence sur la Chambre des communes. Son éloquence qui, pendant les discussions sur le Stamp-Act, avait pu rivaliser avec celle de Cliatham, était devenue insupportable à la plupart des députes. La longueur de ses discours, le caractère profond et philosophique de son argumentation , l'éclat et souvent l'extravagance de ses images, son ardeur passionnée, son manque de mesure et de tact, fatiguaient et décontenançaient les squires et les commerçants qui l'entouraient. On finit même par le surnommer : " la Cloche du diner du Parlement " , tant on voyait les bancs se vider dès qu'il prenait la parole. Pendant un temps, le procès de Hastiugs permit à toutes les énergies de se donner carrière, et ses appels magniliques à la justice de l'Angleterre fermaient la bouche aux détracteurs. Mais, le procès terminé, il vit sa réputation diminuer rapidement, et l'approche de la vieillesse ( il avait passé soixante ans) semblait lui conseiller la retraite d'une arène politique où il était impopulaire et isolé. Mais la vieillesse, les désappointements, la solitude, Burke oublia tout quand il vit se produire en France la réalisation de tout ce qu'il haïssait : une révolution fondée sur le mépris du passé et menaçant de détruire tout l'édifice que le passé avait élevé, les distinctions de classes et de rang réduites à néant par une doctrine d'égalité sociale, un Etat hrutalement détruit et reconstitué, l'Eglise et la noblesse emportées en une nuit. En opposition avec cet enthousiasme qu'il considérait avec raison comme une nouvelle religion politique, il résolut de réveiller l'enthousiasme de l'ancienne religion politique. Il était à la fois un grand orateur et un grand écrivain, et maintenant que la Chambre était sourde à sa voix, il s'adressa au pays tout entier par ses écrits. Dans les Réflexions sur la Révolulion française, qu'il publia en octobre 1790, il n'attaque pas seulement la précipitation et la violence qui souillèrent la Révolution française, mais aussi les principes mêmes qui l'avaient fait naître. Burke sentait si profondément la grandeur de l'ordre social, la valeur de cette continuité dans les affaires humaines sans laquelle, disait-il, « les hommes seraient comme des mouches d'été n , qu'il était incapable déjuger les événements. Il ne voyait pas sous l'esprit de révolte et le fol amour du changement une réelle élévation de but et de caractère que l'on retrouve même chez les plus ardents révolutionnaires. Il ne voulait reconnaître aucun abus dans le passé disparu, et ne voyait que la ruine de la société dans l'avenir. 11 prêcha une croisade contre des hommes qu'il considérait comme les ennemis de la religion et de la civilisation, et il appela l'Europe entière à prendre les armes contre une révolution dont les principes étaient une menace de destruction pour tous les Etats.

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