PITT ET LA REVOLLTIOX
Pitt et la Révolution. — Le grand obstacle à une telle croisade était Pitt, et l'un des plus véhéments passages de l'ouvrage de Burke se termine par une amère critique du ministère. « L'âge de la chevalerie " , dit-il, «est passé; celui des sophistes, des économistes, des calculateurs, lui a succédé, et la gloire de l'Europe est pour jamais évanouie, n Mais ni les critiques ni les invectives ne faisaient dévier Pitt. Au moment où paraissait l'ouvrage de Burke, il renouvelait à la France la promesse de ne prendre part à aucune croisade contre la Révolution, u L'intention de l'Angleterre n , écril-il, « est de conserver la neutralité qu'elle u jusqu'ici scrupuleusement observée à l'égard des dissensions intestines de la France; elle ne s'en écartera jamais, à moins que la conduite des Français ne l'oblige absolument à se mettre sur la défensive. " 11 était si loin de partager les craintes qui se répandaient de plus en plus, qu'il choisit ce moment pour soutenir le Lihel-Acl de Fox. Cet acte, en transférant le droit de juger les publications immorales du juge au jury, acheva de garantir la liberté de la presse. Il fit voter lui-môme, en 1791, un bill qui, tout en passant presque inaperçu au milieu des orages du temps, n'en est pas moins une de ses plus nobles œuvres. Depuis la guerre d'Amérique, l'Angleterre redoutait par-dessus tout de donner aux colonies le droit de se gouverner elles-mêmes. 11 semblait que ce serait faire un pas de plus vers une séparation complète. Pitt s'affranchit hardiment de ces craintes et établit une assemblée et un conseil dans les deux Canadas. « Je suis convaincu s , disait Fox, en appuyant cette mesure, " que le seul moyen de conserver des colonies éloignées est de leur donner le moyen de se gouverner elles-mêmes. » La politique de l'un et les prévisions de l'autre ont été justifiées par les événements.
Burke n'eut pas plus de succès dans son propre parti. Fox resta toujours ardent partisan de la Révolution, et, lorsque Burke lança contre elle une nouvelle attaque , il la défendit avec une chaleur extraordinaire. Jusque-là une étroite affection avait lié ces deux hommes ; mais le fanatisme de Burke voulut y mettre fin. « Notre amitié n'est point perdue », s'écria Fox, en éclatant en pleurs. ^ Elle est perdue « , répéta Burke, >i je sais le prix de ma conduite, notre amitié est finie. " Dans l'enceinte du Parlement, Burke était absolument seul. Son ^^ Appel d'un nouveau uhig aux anciens uhigs », en juin 1791, ne réussit pas à détacher de Fox un seul de ses partisans. Pitt lui conseilla froidement de louer la constitution anglaise, plutôt que d'outrager celle de la France, et Burke écrivait tristement aux princes français réfugiés a Coblentz, et s'armant contre leur pays : « Le parti que j'ai pris m'a valu beaucoup d'ennemis et peu d'amis. ^ Cependant l'opinion publique revint lentement k lui. La vente des Réjîexwns s'éleva à trente mille exemplaires, et prouva que cet ouvrage répondait à un sentiment général. L'humeur de l'Angleterre alors était, somme toute, peu favorable à une juste appréciation de la