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LE SECOND PITT

Révolution française. L'esprit industriel dominait. Des hommes qui, à force de travail, réussissaient à s'enrichir rapidement, et se renfermaient dans le cercle étroit et pratique de leurs affaires, voyaient avec mécontentement ces troubles, ces désordres, cette activité vague et turbulente, ces appels emphatiques au sentiment humain, ces théories abstraites et souvent creuses. Pour l'Angleterre, c'était une époque de contentement pohtique et de bien-être social, de progrès économique et de réveil religieux. Véritables insulaires, incapables de comprendre d'autres races, les Anglais ne se l'endaient pas compte que les éléments mêmes de ce contentement, de cet ordre, de ces progrès paisibles et harmonieux, de cette réconciliation entre la société et la religion, manquaient totalement à l'étranger. La sympathie générale que la Révolution avait d'abord éveillée se transforma lentement en dégoût, quand on vit le pays en proie à un bouleversement quotidien, à une anarchie grandissant chaque jour. La France révolutionnaire ne compta bientôt plus de partisans que dans quelques groupes de fanatiques qui se réunissaient sous le nom de « clubs constitutionnels " , et dont les discours exagérés ne firent que hâter la réaction. Mais malgré les appels de Rurke et les prières des nobles, qui avaient fui de France et brûlaient de marcher contre leur patrie, l'Europe ne prit pas les armes, et Fitt conserva sa même attitude de neutralité, bien qu'avec une plus grande apparence de réserve.

Conférence de Pilnitz. — Pitt était tellement désireux, à cause de la question d'Orient, de voir la tranquillité rétablie en France, qu'il déjoua un projet de descente sur les cotes normandes, formé par les émigrés, et déclara formellement à Vienne que l'Angleterre était décidée à ne prendre part à aucune des hostilités qui pourraient se produire entre la France et l'Empereur. Celui-ci , du reste, était aussi désireux que Pitt d'éviter tout conflit avec la France. Catherine, délivrée de la guerre avec la Turquie, aurait volontiers poussé les deux pouvoirs germaniques dans une lutte contre la Révolution dont elle aurait profité pour opérer seule l'annexion de la Pologne. Mais ni Léopold ni la Prusse n'étaient disposés' à se lier les mains par une telle guerre. La fuite de Louis XVI, en juin 1791, faillit amener un conflit européen ; mais le Roi fut arrêté et ramené à Paris, et pendant quelque temps les révolutionnaires semblèrent avoir conscience du danger et revenir à plus de modération. Non-seulement Louis Xl'I accepta la Constitution, mais encore il supplia l'Empereur de renoncer à une intervention armée qui aurait certainement amené la chute du trône.

Dans leur conférence de Pilnitz, au mois d'août, Léopold et le roi de Prusse se contentèrent d'une déclaration vague invitant les puissances européennes à contribuer au rétablissement d'un gouvernement stable en France. Ils s'appuyèrent sur la neutralité de l'Angleterre pour refuser

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