‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 150 sur 205 · EFFORTS DE PITT EM FAVEUR DE LA PAIX · texte numérisé non relu

EFFORTS DE PITT EM FAVEUR DE LA PAIX

tout secours militaire aux princes français, et ne s'occupèrent plus que des affaires de Pologne. Mais la paix, qu'ils désiraient, devint bientôt impossible. La déclaration de Pilnitz causa une irritation dont les royalistes constitutionnels de France voulurent proGter, et ils poussèrent à une guerre qui, selon eux, devait raffermir le trône. Les jacobins, d'un autre côté, sous l'influence des députés méridionaux ou girondins qui voulaient la République et qui voyaient dans une lutte nationale le moyen de renverser la monarchie, les jacobins, en dépit de Robespierre, .décidèrent de prendre les armes contre l'Empereur. Les deux partis se réunirent pour demander la dispersion d'une armée que les émigrés avaient formée sur le Rhin; et, bien que Léopold eût accédé à cette demande, la France déclara la guerre à son successeur, François, au mois d'avril 1792.

Efforts de Pitt en faveur de la paix. — Les Français, trompés sur les sentiments de l'Angleterre, qu'ils croyaient animée de l'enthousiasme révolutionnaire, espéraient obtenir sou alliance dans cette guerre; ils furent aussi indignés qu'étonnés lorsque Pitt leur refusa son appui. En vain il chercha à calmer leur irritation, en promettant de garder la neutralité, même si la Belgique était occupée momentanément par les troupes françaises, poarvu qu'elles n'intervinssent pas en Hollande. 11 donna comme preuve de ses intentions paciOques une réduction des forces militaires, et le dépôt d'un projet de budget conçu en prévision de la paix et proposant de larges réductions d'impôts. Les révolutionnaires français espéraient toujours l'appui de l'Angleterre dans leur œuvre d'émancipation européenne, mais ils commençaient à comprendre qu'il faudrait pour cela commencer par émanciper l'Angleterre elle-même. Il fallait donc tout d'abord y exciter une révolution qui délivrerait le peuple de l'aristocratie qui l'opprimait, et qui opprimait aussi, pensaient-ils, de grands peuples dépendants de l'Angleterre. Soulever l'Inde, soulever l'Irlande contre le joug anglais, fut le prélude nécessaire à l'établissement de la liberté en Angleterre. En Irlande, ils se mirent en relation avec les " Irlandais unis r> . Dans l'Inde, ils négocièrent avec les princes indigènes. En Angleterre, ils s'efforçaient, par des intrigues avec les clubs constitutionnels, d'exciter le même esprit qu'en France. L'ambassadeur français, Chauvelin , protesta contre une proclamation qui dénonçait ces coupables menées. Fox lui-même, à ce moment-là, déclara que la discussion des réformes parlementaires était inopportune. Burke, pendant ce temps, travaillait à jeter l'alarme dans toute l'Europe par des écrits dont l'intensité de sentiment fait oublier l'extravagance du style. Depuis l'origine, il avait encouragé les princes à prendre les armes et avait envoyé son fds les rejoindre à Coblentz. " Soyez alarmistes », leur écrivait-il, K répandez la terreur. » Mais, en semant ainsi une terreur roya-

388 LE SECOND PITT (n83-n89).

liste, il flnit par soulever une terreur révolutionnaire dans la France même.

A la première menace de guerre, les deux souverains allemands s'étaient alliés; et, abandonnant à regret tout espoir de conserver la paix avec la France, ils avaient réuni quatre-vingt mille hommes sous le commandement du duc de Brunswick. Cette armée se dirigea lentement sur la Meuse (août 1792). La France, qui cependant avait déclaré la guerre, était presque sans défense. Son armée, en Belgique, céda au premier choc, et fut mise en déroute. La panique se mit dans l'armée, puis se répandit dans la nation entière, oti elle eut de terribles conséquences. Dès qu'on apprit la marche en avant du duc de Brunsivick, la populace de Paris envahit les Tuileries (10 août), et exigea que le Roi, qui avait cherché un refuge à l'Assemblée nationale, fût déposé et renfermé dans la prison du Temple. Eu septembre, tandis que Dumourit'z, par sa fermeté et par d'adroites négociations, arrêtait la marche des alliés dans les déûlés de l'Argonne, des bandes d'assassins stipendiés massacraient les malheureux royalistes qui remplissaient les prisons de Paris. Leur but était de jeter la terreur et d'influer sur le choix d'une nouvelle Assemblée chargée de proclamer l'abolition delà royauté. La retraite de l'armée de Brunswick, que la maladie avait décimée au point de rendre impossible une marche sur Paris, et une brillante victoire de Dumouriez à Jemmapes, victoire qui lui ouvrait les Pays-Bas, changèrent en folle conGance la panique des Français. Au mois do novembre, la Convention décréta que la France prêterait l'appui de ses armées à toute nation qui voudrait conquérir la liberté. " Tous les gouvernements sont nos ennemis " , disait le président, " tous les peuples sont nos alliés. » En dépit des traités signés deux ans seulement auparavant et sans avoir aucun prétexte pour la guerre, le gouvernement français résolut d'attaquer la Hollande, et ordonna à ses généraux de soutenir par les armes la liberté du commerce de l'Escaut.

La France déclare la guerre à l'Angleterre. — Un tel acte obligeait l'Angleterre à prendre les armes. L'opinion publique s'exprimait de plus en plus fortement et poussait Pitt à la guerre. L'horreur des massacres de septembre, le hideux despotisme de la populace parisienne avaient fait plus que toute l'éloquence deBurke pour éloigner l'Angleterre de la Révolution. Mais, tout en rappelant l'ambassadeur anglais de Paris au moment où le Roi fut arrêté, Pitt conservait encore l'espoir d'éviter la guerre. H espérait mettre fin à la guerre par la médiation de l'Angleterre, et pouvoir laisser la France arranger, seule et à sa guise, ses affaires intérieures. A aucun moment de sa carrière, Pitt n'a été aussi grand que lorsqu'il résista seul au cri de guerre de toute l'Angleterre. Même la nouvelle des massacres de septembre ne put ébranler en lui l'espérance que la France s'abstiendrait de toute guerre de conquête et éviterait l'anarchie.

Page 1