LA GUERRE AVEC LA FUAXCE
disait aux catholiques l'entrée aux deux Chambres, l'admission aux différents postes de la magistrature, aux fonctions municipales dans les villes, aux grades de l'armée, à la cour royale, au barreau, aux places du gouvernement. Ils ne pouvaient pas même élire leurs représentants au Parlement. Les confiscations en masse qui avaient suivi les insurrections successives des indigènes avaient considérablement diminué le nombre de propriétaires fonciers catholiques, et des lois draconiennes les obligeaient à professer presque tous la religion protestante. On avait été amené, par la force des choses, à tolérer jusqu'à un certain point la pratique de leur culte ; mais, dans toutes les questions politiques et sociales, les catholiques irlandais, c'est-à-dire l'immense majorité de la population, étaient « les bûcherons et les porteurs d'eau » de leurs maîtres protestants, qui se considéraient comme de simples colons, fiers de leur origine anglaise ou écossaise, et pour qui le nom seul d'Irlandais était la plus grossière insulte. Parmi ces protestants mêmes, la moitié au moins n'était guère mieux partagée que les partisans de l'Église romaine; les presbytériens, par exemple, qui formaient la majorité des colons de IL'lster, se trouvaient exclus de tous les emplois civils, militaires et municipaux. L'administration et la justice étaient entièrement entre les mains des membres de l'Eglise établie, c'est-à-dire d'un douzième tout au plus de la population de l'île. Le gouvernement était entre les mains de quelques grands propriétaires fonciers. Les bourgs pourris, crées à l'origine pour mettre le Parlement irlandais entre les mains du Roi, étaient à la dévotion des propriétaires qui étaient ainsi maîtres de la Chambre des communes irlandaise, tandis qu'ils formaient à eux seuls toute celle des lords. Pendant la première moitié du dix-huitième siècle les deux tiers de la Chamhre des communes étaient nommés par un petit groupe de seigneurs, qui étaient reconnus comme « entrepreneurs parlementaires " et qui a maniaient '> le Parlement à leur guise. La politique irlandaise n'était pour tous ces gens-là qu'un prétexte à voler l'État ; comblés d'honneurs et de dignités, gorgés de pensions et de présents en espèces sonnantes, en récompense de leurs services, ils étaient les conseillers du lord gouverneur et les vrais maîtres du pays. La seule entrave mise à la tyrannie de cette oligarchie étroite et corrompue était l'union de l'Irlande avec l'rkngleterre et la subordination du Parlement irlandais au conseil privé. Le Parlement irlandais n'avait le droit de proposer aucune mesure législative et financière, et ne pouvait répondre que par u oui ou non » aux projets de loi présentés par le conseil privé d'Angleterre. Le Parlement anglais, de son côté, réclamait la faculté d'imposer ses décrets à l'Irlande aussi bien qu'à l'Angleterre; un statut transféra la juridiction suprême, exercée jusqu'ici par les pairs irlandais, à la Chambre des lords. Pour compenser les bienfaits de sa protection, l'Angleterre fit tout ce qui était en son pouvoir pour anéantir le commerce de l'Irlande et ruiner son agriculture. Les
riTT ET 1, IRLANDE. 397
propriélaires anglais, jaloux de tout ce qui pouvait être favorable à ce malheureux pays, firent interdire par des lois spéciales le transport de bétail ou des moutons irlandais dans les ports anglais. On interdit aussi l'exportation de la laine par crainte de nuire aux bénéOces des tisseurs de laine anglais. La misère s'ajoutait ainsi aux malheurs d'une mauvaise administration, aggravée encore parle rapide accroissement de la population, jusqu'à ce qu'enfin la famine ait changé le pays en un véritable enfer.
Pitt et l'Irlande. — L'amère expérience de la dernière conquête sufflt longtemps à contenir tout rêve d'insurrection parmi les Irlandais. Les vengeances particulières, les émeutes qui éclataient de temps en temps, provoquées par la misère e( le mécontentement général, étaient brutalement châtiées par la classe dirigeante. Mais quand les menaces de révolte prirent un caractère politique, c'est la classe dirigeante elle-même qui se trouvait à la tête du mouvement. Dès le début du règne de George III, le Parlement irlandais réclama avec insistance le droit exclusif de décider en matière de finances, et l'on, demanda à grands cris la suppression des entraves qui lui étaient imposées. Ces plaintes ne devinrent sérieuses qu'au moment de la guerre d'Amérique, et elles constituèrent alors un tel danger que l'Angleterre dut céder. Depuis la fin de la guerre, depuis le moment où les volontaires irlandais avaient arraché au ministère anglais la reconnaissance de l'indépendance législative de l'île, l'Angleterre et l'Irlande ne furent plus liées que pur une union personnelle sous le même souverain. Pendant dix-huit ans, l'Irlande se trouva indépendante, mais cette indépendance nominale n'était pas autre chose que l'autorité despotique d'un petit "nombre de familles nobles et du pouvoir exécutif irlandais soutenu par le gouvernement anglais.
Le système du monopole et du patronage avait élé poussé à un tel excès, qu'au temps de l'Union, plus de soixante sièges étaient entre les mains de trois famillç.s, les Hill, les Ponsonby et les Beresford, et l'influence prépondérante dans le Parlement appartenait aux " bourgs du Trésor r, dont disp'osait le gouvernement. La victoire des volontaires produisit immédiatement des mesures en faveur des catholiques et des presbytériens. En 1780, les volontaires avaient déjà obtenu pour les presbytériens qui formaient une bonne moitié de leurs régiments, les droits politiques et l'abolition du test relatif aux sacrements. Le Parlement irlandais de 1782 supprima les dernières inégalités dont souffraient les dissidents. Les catholiques furent récompensés de leur concours par le rappel des articles les plus oppressifs des lois pénales auxquelles ils étaient soumis. Mais quand Grattan, soutenu par la majorité du parti irlandais, demanda la reforme du Parlement et l'égalité des droits pour les catholiques, il fut repoussé avec perte par les propriétaires de bourgs, qui