‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 160 sur 205 · LE MINISTERE ADDINGTON · texte numérisé non relu

LE MINISTERE ADDINGTON

Le ministère Addington. — Ce fut avec une vive anxiété que l'Angleterre se vit entre les mains de pareils hommes à un moment où chaque heure apportait de sinistres nouvelles. La disette s'aggravait et devenait famine. On augmentait les impôts, et cependant il fallut encore emprunter 25 millions de livres (625 millions) ; l'Angleterre était isolée, tandis que la paix de Lunéville garantissait la France contre toute attaque sur le continent. On reconnut bientôt que cette paix était le point de départ d'une politique nouvelle pour le premier Consul. 11 avait voulu avoir les mains libres pour une lutte décisive contre la Grande-Bretagne, dont il voulait détruire à la fois la richesse et la situation prépondérante dans le monde.

L'Angleterre était à la fois l'intermédiaire de tout le commerce de l'Europe et l'atelier de son industrie. Tandis que ses mines, ses métiers, ses machines à vapeur lui donnaient presque le monopole de la production industrielle, le commerce de transit avait passé de la France et de la Hollande à la marine anglaise ; en enlevant à ces deux pays leurs plus riches colonies, l'Angleterre avait pris possession du traGc colonial du monde entier. Bonaparte, par son gigantesque projet de blocus continental, voulait frapper à mort le commerce anglais en fermant à ses navires tous les ports de l'Europe. Il essaya de former une ligue avec les puissances du \ord pour lui arracher l'empire des mers. Le Danemark et la Suède, irrités de la brutalité avec laquelle l'Angleterre pratiquait le droit de visite, contre lequel avait été formée à la fin de la guerre d'Amérique la ligue de neutralité armée, accédèrent à une ligue des neutres qui était en fait une déclaration de guerre contre l'Angleterre et à laquelle la Prusse était disposée à se joindre. Le tzar Paul I" de Russie, de son côté, voyait dans la puissance anglaise le principal obstacle à ses desseins sur la Turquie. L'affaire de Malte, qui, depuis que Bonaparte l'avait enlevée aux chevaliers de Saint-Jean en allant en Egypte, était toujours bloquée par des vaisseaux anglais, mais dont le Tzar réclamait la possession comme grand maître de l'Ordre, fut pour lui le prétexte d'un conflit avec l'Angleterre, et il se prépara ouvertement aux hostilités. Il était évident que, dès que le printemps aurait rendu la Baltique libre, les flottes de Russie, de Suède et de Danemark s'uniraient à celles de France et d'Espagne.

Cette habile combinaison fut déjouée par un coup terrible. En avril 1801, une flotte anglaise parut devant Copenhague, et après avoir réduit au silence dans une lutte désespérée les batteries danoises, elle s'empara de six vaisseaux, et força le Danemark à conclure un armistice qui permettait aux vaisseaux anglais de pénétrer dans la Baltique. La coalition du Nord fut brisée par la mort du Tzar. En juin, une convention entre l'Angleterre et la Russie régla la question irritante de droit de visite et de la contrebande de guerre , et cette convention fut acceptée par la Suède et le Danemark.

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