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merce, toute communication avec elles furent interdits, toutes les marchandises anglaises saisies sur le territoire français ou sur le territoire des alliés devaient être conGsquées. Les ports étaient fermés, non-seulement aux navires venant d'Angleterre, mais à tous les objets d'origine anglaise. Les efforts faits pour mettre à exécution un pareil système furent déjoués par un immense commerce de contrebande , par la résistance de la Hollande à des mesures qui la ruinaient, par la complicité de tous les employés prussiens et russes avec les Anglais le long des côtes, enfln par la force même des choses. Xapoléon ne pouvait se passer des marchandises qu'il prétendait exclure; les licences innombrables qu'il accorda neutralisèrent l'effet de son décret. L'armée française qui combattait à Eylau était habillée en drap de Leeds et chaussée de souliers de Xorlhampton.
S'il ne réussit pas à détruire l'industrie anglaise, il Gt un tort sérieux au commerce anglais. Le transit commença à abandonner les navires anglais pour passer aux mains des puissances neutres, et surtout des Américains. Les commerçants firent appel au ministère Grenville, et celui-ci, en janvier 1807, rendit une ordonnance du conseil déclarant le blocus des ports de la France et de ses alliés et prescrivant la saisie de tous les navires neutres trafiquant avec ces pojts. Ces ordonnances ne satisfirent pas encore les armateurs anglais. Mais le ministère Grenville n'était pas là pour les secourir. 11 avait succombé sous les assauts de l'ignorance et du bigolisme ([ui avaient déjà renversé Pitt. Sa plus belle réforme, l'abolition de la traite des nègres, fut arrachée à la Chambre au mois de février 1807, malgré la violente opposition des tories et des armateurs de Liverpool ; lorsqu'au mois de mars il parla de rouvrir la question de l'égalité religieuse en permettant aux catholiques de devenir officiers dans l'armée, le Roi demanda la promesse de ne pas s'occuper de cette question. Sur le refus de Grenville de prendre un pareil engagement, il fut congédié.
Canning. — Le renvoi du ministère Grenville rompit l'alliance des partis, et, depuis lors jusqu'à la fin de la guerre, TAngieterre ne fut plus gouvernée que par les tories. Le duc de Portland succéda à lord Grenville en qualité de chef du cabinet, mais George Canning, ministre des affaires étrangères, en était l'àme. Ce jeune homme, naguère partisan dévoué de Pitt, avait acquis une grande influence sur la Chambre des communes par son brillant talent d'orateur; son esprit actif et entreprenant donna une énergie et une direction nouvelles à la guerre. Jamais l'opposition à la politique de l'Empereur n'avait paru plus désespérée. De Berlin, Xapoléon se dirigea vers la Pologne, pénétra au cœur de ce pays, et, bien que tenu un instant en échec par les Russes au combat acharné d'Eylau, il finit en été 1807 par contraindre le tzar Alexandre, parla
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victoire de Friedland, à consenlir à la paix de Tilsitt. Les deux empereurs de l'Occident et de l'Orient, adversaires acharnés jusque-là, devinrent amis; l'espoir d'obtenir l'appui de la France dans ses projets de conquête de la Turquie avait décidé Alexandre à s'unir étroitement à X^apoléon. Non-seulement la Russie accéda aux décrets de Berlin relatifs au commerce anglais, mais elle força la Suède, la seule alliée que la Grande-Bretagne eût conservée sur le continent, à renoncer <à son alliance. Les escadres russe et suédoise furent mises ainsi au service de la France ; et les deux empereurs comptaient s'assurer de la flotte danoise pour menacer la puissance maritime qui était le seul véritable moyen de défense de l'Angleterre. L'apparition inattendue, en juillet 1807, en vue d'Elseneur, d'une escadre anglaise armée en toute hàto et en grand secret par Canning, ruina leurs espérances. Elle sommait le gouvernement danois de lui livrer sa flotte, promettant de la restituer à la fin de la guerre; les Danois opposèrent à cette demande un refus catégorique, auquel les Anglais répondirent par le bombardement de Copenhague ; toute la flotte danoise ainsi qu'une grande quantité d'approvisionnements pour les navires furent emmenés dans les ports d'Angleterre. Canning combattit avec la même décision et la même absence de scrupules le système continental de Napoléon. En novembre, parurent de nouveaux décrets du conseil. On renouvelait la déclaration de blocus contre la France et tous les pays où le pavillon britannique n'était pas admis ; les navires à destination de ces pays seraient saisis, sauf s'ils venaient d'un port anglais. X'apoléon répondit cà ces décrets par le décret de Milan du mois de décembre, portant que tout navire venant d'Angleterre ou à destination de l'Angleterre ou d'une colonie anglaise serait considéré comme ayant violé la neutralité, et serait passible de saisie.
La guerre d'Espagne. — Le résultat du système continental fut de pousser Napoléon à des guerres successives pour obliger l'Europe cà rester unie contre l'Angleterre, Il était maître de tout l'Occident, et toutes les conditions en avaient été changées comme par la baguette d'un enchanteur. La Prusse fut occupée par des troupes françaises ; .\apoléon érigea par un simple décret la Hollande en royaume, qu'il donna à son frère Louis; un autre de ses frères, Jérôme Bonaparte, devint roi de Westphalie, nouvel Etat composé des anciens électorats de Hesse-Cassel et de Hanovre; un troisième, Joseph, fut nommé roi de Naples , tandis que le reste de l'Italie, et Home même, étaient annexés à l'empire français.
Ce fut le désir de détruire l'empire colonial de l'Angleterre qui poussa Napoléon cà la pire des agressions, celle contre l'Espagne. Il agit avec sa ruse habituelle. Les gouvernements français et espagnol avaient partagé entre eux le Portugal par le traité de Fontainebleau (octobre 1S07), et en présence de leurs menaces, la maison de Bragance, incapable de résister,
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s'enfuit de Lisbonne et se réfugia au Brésil. Mais la prise de possession du Portugal n'était que le prélude de la conquête de l'Espagne. Charles IV s'était vu dans l'obligation d'abdiquer à la suite d'une émeute dans sa capitale. Attiré à Bayonne ainsi que son fils Ferdinand Vil en mai 1808, sous prétexte d'une entrevue avec l'Empereur, ils furent contraints de renoncer tous deux à leurs droits à la couronne, tandis que l'armée française entrait à Madrid et proclamait Joseph Bonaparte roi d'Espagne.
Cet acte de brigandage politique poussa l'Espagne k la révolte, elle se leva comme un seul homme contre l'étranger; cette insurrection, qui paraissait n'avoir aucune chance de succès, fut accueillie en Angleterre par de véritables transports d'enthousiasme. « Jusqu'à présent « , s'écriait Shéridan, un des chefs de l'opposition whig, « Bonaparte ne s'est mesuré qu'avec des princes sans dignité, des soldats sans bravoure, des peuples sans patriotisme. Il aura maintenant à apprendre ce que c'est que de combattre une nation animée tout entière delà même haine contre lui. » U higs et tories s'accordaient pour dire que jamais il ne s'était présenté de meilleure occasion pour l'Angleterre de frapper un coup décisif et d'arracher le monde à la servitude^, et Canning résolut de changer de système, de renoncer aux attaques intermittentes contre les colonies et les îles qui cultivaient le sucre, pour donner une vigoureuse impulsion à la guerre dans la Péninsule. D'énormes subsides furent envoyés aux insurgés, ainsi que deux petites armées commandées par sir John Mjore et sir Arthur Wellesley. La capitulation à Baylen, en juillet 1808, d'un corps de troupes françaises qui avait envahi l'Andalousie, ébranla profondément la puissance de Napoléon , intacte jusqu'alors. La défaite de Vimièra, peu après, lui porta un coup presque aussi rude encore. Sir Arthur Wellesley, ayant débarqué à Mondego, à la tête de 15,000 hommes, chassa l'armée française du Portugal et l'obligea .à se rendre le 30 août par la convention de Cintra. La fortune tourna bientôt, en Espagne, en faveur des Français, grâce à l'arrivée de Napoléon avec une armée de 200,000 hommes. Moore, qui s'était porté en avant de Lisbonne jusqu'à Salamanquc pour secourir les troupes espagnoles, les trouva écrasées sur l'Ebre et fut obligé de se replier précipitamment sur la côte. Il sauva son honneur de général dans la bataille de la Corogne, 16 janvier 1809, qui lui permit de s'embarquer sans être inquiété; partout ailleurs, la cause de l'Espagne semblait perdue. Le Nord et le Centre étaient occupés par les armées françaises, et Saragosse elle-même, qui les avait déjà repoussées avec un courage héroïque, se soumit après un second siège non moins acharné que le premier.
Wellesley. — L'arrivée des débris de l'armée de sir John Moore et la uouvelle des échecs en Espagne jetèrent les Anglais, qui se laissaient déjà emporter par les plus folles espérances, dans un profond abattement; mais Canning restait impassible. Le jour même de l'évacuation de la
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Corogtie, il signait un traité avec la Junte espagnole de Cadix; et, au moment où l'armée anglaise en garnison à Lisbonne allait se rembarquer, elle reçut un renfort de 13, 000 hommes de troupes fraîches qui furent placés sous les ordres de sir Arthur U ellesley. « Le Portugal " , écrivait U ellesley, avec le plus grand sang-froid, -' peut maintenant se défendre contre n'importe quelle armée française. •: A cet instant critique l'Empereur lui-même retira les meilleures troupes de la Péninsule pour les diriger sur le Danube, car le soulèvement de l'Espagne avait poussé l'Autriche, aussi bien que l'Angleterre, à recommencer la lutte. Lorsque le maréchal Soult menaça Lisbonne au nord, Wellesley marcha hardiment à sa rencontre, le chassa d'Oporto en l'obligeant a une retraite désastreuse; puis, changeant tout à coup sa ligne d'opération, il marcha avec ses 20,000 hommes, d'Abrantès k Madrid. Pendant cette marche en avant, 30,000 Espagnols se joignirent à lui, et une sanglante bataille de deux jours livrée près de Talavera, le 27 juillet 1809, rendit aux soldats anglais leur vieille réputation de bravoure. Les pertes furent énormes des deux côtés, et les Français se trouvèrent avoir perdu du terrain, à la Cn de la lutte. Mais l'apparition inattendue de Soult devant le front de l'armée anglaise fit perdre à U ellesley les fruits de sa victoire, et l'obligea à se replier en toute hâte sur Badajoz. De terribles désastres vinrent encore aggraver cet échec; la victoire de Wagram força l'Autriche à implorer la pais, et une armée de 40,000 soldats anglais expédiée en juillet 1809 pour assiéger Anvers, revient piteusement en Angleterre, après avoir perdu la moitié de ses hommes dans les marais de W'alcheren.
Torres-Vedras. — Cet échec amena la chute du ministère Portland. Canning attribuait le désastre à l'incapacité de lord Castlereagh, pair irlandais, qui, après avoir puissamment aidé à l'union de l'Angleterre et de l'Irlande, avait été élevé au poste de ministre de la guerre par le duc de Portland. La querelle s'envenima, ces deux hommes d'Etat se battirent en duel et abandonnèrent leurs portefeuilles (septembre 1809). Le duc de Portland se retira aussi, et l'on forma un cabinet plus conservateur encore que le précédent, sous la présidence de Spencer Perceval, esprit actif, mais étroit et médiocre; le marquis de Wellesley, frère du général en chef des troupes anglaises en Espagne, devint ministre des affaires étrangères. A défaut de grandes qualités politiques, Perceval et ses collègues se montraient résolus à continuer la guerre, ce qui était de la plus haute importance dans les circonstances présentes. Le désespoir avait succédé dans la masse de la nation à l'enthousiasme du premier moment ; la Cité fit même une pétition pour demander l'évacuation de la Péninsule par les troupes anglaises. Xapoléou semblait invincible; profitant de l'abaissement de l'Autriche et de l'isolement de l'.^ngleterre, l'Empereur décida de mettre fin à la lutte^ en donnant une vigoureuse impulsion à la guerre
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d'Espagne. L'Andalousie, la seule province espagnole restée indépendante, fut envahie au commencement de 1810 et soumise en peu de temps, à l'exception de Cadix. Le maréchal Masséna marcha sur Lishonne, à la tète d'une belle armée de 80,000 hommes. Perceval lui-même perdit tout espoir de maintenir les troupes en Espagne et laissa à W'ellesley , créé pair sous le nom de lord Wellington après la bataille de Talavera, la responsabilité de décider s'il fallait ou non rester dans la Péninsule.
Gnàce à son sang-froid et à sa fermeté de caractère, \\ ellington osa affronter une responsabilité qui aurait effrayé des gens moins bien trempés que lui. « Je suis persuadé n , répondit-il, u que l'honneur et l'intérêt de mon pays exigent que nous tenions ferme ici aussi longtemps que possible, et, s'il plait à Dieu, j'y resterai. » En comptant les troupes portugaises formées par des olflciers anglais, son armée s'élevait à cinquante mille hommes; bien que cette infériorité numérique le contraignît à assister impassible à la prise par Masséna des forteresses de Ciudad- Rodrigo et d'Almeïda, il lui infligea un terrible échec sur les hauteurs de Busaco et Gnit par se replier en octobre 1810 sur trois ligues de défense qu'il avait construites à Torres-Vedras tout le long d'une chaîne de hauteurs couronnées de redoutes et hérissées de canons. La position était inexpugnable; aussi Masséna, tout entêté et habile qu'il fut, se vit-il forcé, après un mois de vains efforts, de battre en retraite; il se retira dans un ordre admirable, mais les Français souffrirent à un tel point des privations en repassant <à travers un pays dévasté, que lorsqu'ils atteignirent Ciudad-Rodrigo, au printemps do 1811, ils étaient réduits au nombre de 40,000 hommes. Ayant reçu de nouveaux renforts, Masséna, furieux, se précipita au secours d'Almeïda, que Wellington assiégeait ; après deux jours d'une lutte sanglante et acharnée (mai 1811), Masséna dut renoncer à déloger l'armée anglaise de ses positions de Fuentès d'Onore, et le maréchal se replia sur Salamanque, renonçant ainsi cà tout espoir de chasser Wellington du Portugal.
L'Angleterre et l'Amérique. — Le succès de Torres-Vedras rendit du courage au peuple anglais et ranima en Europe l'espoir de combattre victorieusement la tyrannie de Xapoléon ; mais il n'eut guère d'autre résultat immédiat que la délivrance du Portugal. Les Français restaient maîtres de l'Espagne, à l'exception de Cadix et des provinces de l'Est, et même la côte orientale fut conquise en 1811, grâce à l'énergie du maréchal Suchet. Tandis que l'Angleterre essayait en vain d'arracher l'Espagne à Napoléon, elle fut tout à coup entraînée par sa politique agressive dans de graves difGcultés avec l'Amérique. Les décrets du conseil par lesquels Canning avait essayé, en 1807, d'empêcher le commerce de transit d'être accaparé par les puissances neutres, en forçant leurs navires à toucher aux ports anglais avant de se rendre aux ports déclarés en état de blocus,
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avaient créé dès l'abord une situation très-tendue avec l'Amérique. Dans la longue lutte entre la France et l'Angleterre, l'Amérique avait eu beaucoup à souffrir des deux belligérants, mais surtout de l'Angleterre. Non-seulement l'Angleterre avait maintenu le droit de visite, mais elle avait prétendu pouvoir saisir les marins anglais qui se trouveraient à bord de navires américains; et, comme il était souvent difficile de distinguer les Anglais des Américains, on vit des marins du Maine ou du Massachusetts servir de force sur la flotte anglaise. Quelque irritation que l'Amérique ressentît de ces insultes, elle était arrêtée dans ses désirs de vengeance, d'abord par son aversion pour la guerre, et aussi par les bénéfices qu'elle retirait de sa neutralité. Mais les décrets du conseil et celui de Milan la forcèrent d'agir, et elle mit l'embargo sur tout commerce avec l'Europe.
Après un an d'expérience toutefois, elle ne put maintenir cet embargo, et, au commencement de 1809, elle substitua à l'interdiction absolue du commerce avec l'Europe un Acie qui supprimait toute relation commerciale avec la France et V Angleterre {Acl of non- Intercourse, 1806). Cet Acte de non-échange fut aussi inapplicable que le précédent. Le gouvernement américain n'avait aucun moyen de le faire appliquer sur la frontière de terre, et sur mer elle n'y réussissait pas beaucoup mieux. Des navires partaient tous les jours à destination des ports anglais. On finit par révoquer l'Acte lui-même. L'Amérique se contenta de demander aux deux puissances de retirer leurs décrets, offrant cà celle qui y consentirait d'interdire à l'autre tout commerce avec l'Amérique. Napoléon profita de cette offre, et, après avoir promis de révoquer les décrets de Berlin et de Milan, il demanda aux Élats-Unis de tenir leur parole. En conséquence, au mois de février 1811, les Etat-Unis annoncèrent que tout commerce avec l'Angleterre et ses dépendances était supprimé. Cette mesure réduisit le commerce d'exportation anglais en 1811 au tiers de ce qu'il était les années précédentes. En vain l'Angleterre prétendit-elle que l'Empereur n'avait pas tenu ses engagements, et que par suite l'Acte de non-échange avec elle était un acte d'injuste hostilité; elle dut céder devant la décision de la politique américaine et l'attitude belliqueuse de l'opinion publique aux Etats-Unis-, la situation industrielle en Angleterre était devenue si grave, qu'en l'exposant à de nouveaux chocs, on aurait précipité la ruine que Napoléon s'efforçait de provoquer.
Etat de l'Angleterre. — Pendant les premières années de la guerre, l'accroissement de la fortune publique avait été prodigieux. L'Angleterre était seule maîtresse des mers. La guerre lui avait donné les colonies de l'Espagne, de la Hollande et de la France; si son commerce avait été un instant contrecarré par le décret de Berlin , les efforts de Napoléon avaient été bien vite déjoués par l'immense commerce de contrebande qui s'était organisé en Orient et sur les côtes de l'Allemagne du Nord. Les