‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 165 sur 205 · LA GL'EURE AVEC LA FRANCE · texte numérisé non relu

LA GL'EURE AVEC LA FRANCE

exportations anglaises avaient presque doublé depuis le commencement du siècle. Les manufactures avaient proGtc des grandes découvertes de Watt et d'Arkwright, et la consommation de coton brut dans les filatures du Lancasbire s'éleva pendant la même période de cinquante à cent millions de livres. L'accumulation des capitaux ainsi que l'augmentation de la population influèrent sur le pays et donnèrent à l'agriculture une prospérité factice et dangereuse. Le blé monta à des prix exorbitants, et la valeur des terres s'éleva en proportion. Les propriétaires fonciers agrandissaient leurs domaines avec une prodigieuse rapidité et voyaient doubler leurs revenus; les fermiers purent introduire dans les procédés de l'agriculture des perfectionnements qui changèrent complètement la face du pays. Mais si l'accroissement des richesses était énorme, elles se trouvèrent très-inégalement distribuées. Pendant les quinze années qui précédèrent Waterloo, la population s'éleva de dix à treize millions d'àmes, ce qui permit de maintenir les salaires à un taux assez bas; en d'autres circonstances ils se seraient naturellement élevés en laison de l'augmentation de la fortune publique. Les manufactures elles-mêmes, destinées plus tard à .améliorer le sort des classes laborieuses, parurent les plonger tout d'abord dans une misère plus profonde encore. L'un des premiers résultats de l'introduction des machines fut de ruiner un certain nombre de petites industries domestiques et les familles qu'elles alimentaient. Pendant l'hiver de 1811, la crise produite par la transition du travail au métier à l'usage des machines provoqua les émeutes des Luddites ou briseurs de machines qui éclatèrent dans les comtés du Xord et de l'Ouest, et ne purent être réprimées que par la force des armes.

Tandis que les ouvriers des villes étaient obligés de sortir de leurs anciennes ornières et que le taux des salaires était maintenu artificiellement assez bas par laccroissement de la population, la surélévation dans le prix du blé, si favorable au propriétaire et au fermier, n'apporta que la mort et la famine à la classe indigente; car l'Angleterre, séparée par la guerre des vastes champs de blé du continent et de l'Amérique, ne pouvait pas comme aujourd'hui réparer à l'étranger les résultats d'une mauvaise récolte. Cette disette fut suivie d'une horrible misère parmi les classes ouvrières (la taxe des pauvres fut élevée de 50 " „), et l'aggravation de la misère fut suivie d'une recrudescence de crimes.

Réveil du mouvement réformiste. — C'est ainsi que la relation normale du commerce avec le bien-être général se trouva troublée par les événements particuliers de l'époque. La guerre enrichit les propriétaires, les cultivateurs, les négociants, les manufacturiers; mais elle épuisa les pauvres. C'est de ces années fatales qui s'écoulent de la paix de Lunéville à Waterloo que date la guerre de classes, l'hostilité entre les patrons et les salariés qui est aujourd'hui la plus grave des difficultés intérieures de

DECLARATION DE GUERRE DE 1,'AMERIQiE. 415

l'Angleterre. Mais c'est aussi de cette époque que date le réveil du mouvement progressiste qui avait été arrêté par la guerre. La publication de V Edinburgh Review ( 1802), par un groupe déjeunes avocats d'Kdimbourg, marqua ce réveil des idées de réforme administrative et constitutionnelle, abandonnées quatre fois par William Pitt avec tant de regrets. Jérémie Bentham remit en honneur les spéculations politiques en prenant la défense de la doctrine de l'utilité et en donnant pour but à la politique " le bonheur du plus grand nombre " . En 1809, sir Francis Burdett rouvrit la question de la réforme parlementaire. Une quinzaine seulement de membres du Parlement appuyèrent sa motion ; un pamphlet qu'il publia peu après, où il appelait la Chambre des communes « une réunion d'individus rassemblés par des moyens dont il est inutile de parler» , lui valut un emprisonnement temporaire <à la Tour, où il resta jusqu'à la prorogation du Parlement. Canning produisit un effet bien plus puissant par sa constance à remettre d'année en année sur le tapis la question de l'émancipation des catholiques. Aussi longtemps que vécut Perceval, l'introduction de l'une et l'autre réforme était impossible; mais lorsque lord Liverpool arriva au pouvoir, le progrè= des idées libérales dans la nation se flt sentir par l'esprit conciliant et modéré du ministère. L'émancipation des catholiques fut prise au sérieux, même par le conseil des ministres, et elle fut adoptée en 1812 par une triomphante majorité à la Chambre des communes, bien qu'elle fût rejetée par les lords.

Déclaration de guerre de l'Amérique. — Au milieu des troubles politiques et sociaux qui les tenait toujours en éveil, les hommes d'Etat tories ne voyaient pas d'un œil tranquille les terribles conséquences de la ruine de l'industrie anglaise, dont les menaçait l'alliance de l'Amérique avec Napoléon. Ils allaient rappeler les ordonnances du conseil, quand ils furent arrêtés dans leurs plans par la dislocation du ministère Perceval. Il avait été faible dès l'origine. Une rechute du \\o\ avait nécessité au commencement de 1811 un acte du Parlement confiant la régence au prince de Galles ; et le cabinet Perceval était menacé dans son existence par les sympathies ivhigs du prince. La conduite de la guerre se ressentit de leur situation précaire; l'apparente inaction de Wellington en ISll était due aux hésitations et à la timidité des ministres. En mai 1812, Perceval fut assassiné par un fou, nommé Bellingham; le ministère donna sa démission, et le régent s'efforça de le remplacer par des uhigs. Des défiances mutuelles empêchèrent l'accord de se faire, et le ministère démissionnaire fut réinstallé sous la direction de lord Liverpool, homme d'intelligence moyenne, mais modéré, instruit, et remarquablement habile <à maintenir l'harmonie entre ses collègues. Le plus important parmi ses collègues était lord Castlereagh, qui devint ministre des affaires étrangères.

Il eut, dès son arrivée aux affaires, à faire face aux dangers provoqués

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