‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 21 sur 205 · LE GOLVERXEMEXT DU ROI. C · texte numérisé non relu

LE GOLVERXEMEXT DU ROI. C

Le gouvernement du Roi. — Il est curieux de voir à quels moyens honteux la majesté royale était obligée de s'abaisser pour remplir le Trésor, tout en évitant de violer ouvertement les anciennes lois constitutionnelles et de lever des impôts par la seule autorité de la Couronne. Il usa et abusa de ses prérogatives royales; il fit revivre un ancien droit tombé en désuétude qui lui permettait d'imposer aux grands propriétaires ruraux de se faire recevoir chevaliers; en cas de refus, il obligeait les récalcitrants h. entrer en arrangements avec lui et les frappait de lourdes amendes, à la plus légère irrégularité dans leurs titres de propriété; enfin, une commission forestière extorquait d'énormes sommes d'argent aux possesseurs de terres voisines des domaines de la Couronne, sous prétexte d'empiétements illégaux. La ville de Londres, qui s'était attirée l'animadversion particulière de la cour à cause de son attachement obstiné au puritanisme, eut beaucoup à souffrir de l'avidité et de la violence de Charles I". Celui-ci avait fait revivre un ancien décret de Jacques, interdisant l'extension de la capitale en dehors de certaines limites. Hors de ces limites, les maisons des immenses faubourgs de la capitale ne furent sauvées qu'au prix d'une somme équivalant à trois années de revenu. Le Trésor, par cette habile mesure, se fit une centaine de mille livres; mais Charles s'attira ainsi la profonde inimitié des bourgeois de Londres, dont les lichesses et l'énergie devaient plus tard si puissamment contribuer à sa chute. Bien que les catholiques n'eussent plus à subir aucune persécution directe et que le lord trésorier leur fût tout à fait sympathique, la pénurie du Trésor était telle, que la Couronne fut obligée de maintenir l'ancien système d'amendes contre les « récusants >^ .

Ces mesures étaient sans doute aussi vexatoires qu'illégales, mais elles / firent encore moins de tort au gouvernement que l'avilissement de la jus- ^ ^-'^•"^^ tice, devenue, entre les mains de la Chambre étoilée, une source de f'-6 revenus pour le Roi. C'est IVolsey, comme on sait, qui avait rendu au ■'' /

conseil royal son caractère judiciaire pour faire échec à l'aristocratie, et / ^ son autorité devint de plus en plus grande sous les Tudor, surtout en \j ,y\>''^ matière criminelle; il jugeait les gens accusés de faux et parjures, .

les émeuliers, les banqueroutiers, les libellistes et enfin les conspira- *^

teurs; tous les délits restés impunis, soit ci cause de l'insuffisance des lois en vigueur, soit à cause de la haute situation des coupables, étaient jugés devant le conseil. La procédure en usage ressemblait beaucoup à celle de la chancellerie : le procureur du Koi [Kiiufs attornei/) portait les affaires devant le conseil ; accusés et témoins étaient interrogés sous serment, chacun à leur tour; le tribunal pouvait prononcer toutes les peines en vigueur, à l'exception de la peine de mort. Une arme aussi redoutable aurait pu devenir fatale à la liberté aux mains d'un despote de génie ; mais Charles I" n'y voyait qu'une source de profits pour le Trésor. Un grand nombre de cas, qui auraient dû être portés devant les tribunaux ordinaires,

C4 LA TYRANNIE (lG29-lG40).

étaient évoqués devant la Chambre étoilée, à seule Gn de frapper les accusés d'amendes au profit de la Couronne. C'est ce qui explique les peines sévères prononcées pour des peccadilles ; par exemple, un oncle qui épousait sa nièce était frappé d'une amende de douze mille livres, et l'on exigeait jusqu'à quatre et cinq mille livres pour la moindre querelle entre seigneurs de la cour.

On extorquait aussi de l'argent pour la flotte eu se servant par abus d'un ancien privilège qui donna lieu plus tard à la grande lutte provoquée par le ship money (argent des vaisseaux). L'un des fonctionnaires de la Couronne, appelé Xoy, très-versé dans les questions de droit, avait découvert, dans les Archives de la Tour, de vieux arrêtés stipulant que les navires du Roi devaient être fournis parles ports du royaume, et que l'armement de la flotte était à la charge des comtés maritimes. Ces décrets dataient d'un siècle où n'existait aucune flotte permanente et où la guerre maritime était faite par des vaisseaux empruntés à différents ports du royaume. On vit dans ces décrets un moyen d'entretenir la marine royale sans qu'il en coûtât un sou au Trésor ; les récalcitrants étaient menacés de lourdes amendes et de la prison.

Ces expédients cependant donnèrentplusd'ennuiquedeproGt. Charles 1" fut entraîné d'illégalité en illégalité jusqu'à violer ouvertement la loi; il ressuscita d'anciens monopoles abandonnés par Elisabeth, abrogés sous le règne de Jacques I" par un acte du Parlement, et formellement condamnés de son propre consentement, dans la Pétition des droits, pour les rétablir sur une échelle beaucoup plus vaste encore qu'autrefois , les compagnies qui s'en chargeaient payaient à la Couronne, outre une part dans les bénéfices, une somme énorme pour prix de la concession du monopole. Bientôt le savon, le vin, le sel, enfin tous les articles de première nécessité, se trouvèrent aux mains des spéculateurs et s'élevèrent à un taux hors de proportion avec le gain du gouvernement. « ils buvaient dans nos tasses « , disait plus tard Colepepper en plein Parlement, u trempaient leurs doigts dans nos plats et s'asseyaient à nos foyers ; nous les trouvions dans la cuve à teinture, dans le baquet à lessive, presque dans notre poire à poudre; ils partageaient les bénéfices du coutelier; en un mot, nous leur appartenions corps etbieus. »

Rien ne donne mieux l'idée du caractère de Charles que sa conduite dans l'affaire de la Pétition des droits. Le serment qu'il avait prêté, affirmant aux députés « qu'ils pouvaient compter sur sa parole royale r> , ne troubla jamais son repos. Après la dissolution du Parlement de 1628, il eut recours à tous les abus qu'il avait promis de supprimer, aux emprisonnements arbitraires, aux pressions exercées sur la magistrature, comme à des choses toutes naturelles, La pénurie du Trésor, malgré les expédients financiers, le poussa fatalement vers la pente dangereuse des impôts illégaux; on continua à lever comme autrefois d'énormes droits de douane,

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