PYM
pendant les premières années du régime despotique de Charles I". Coke était mort de vieillesse, Cotton avait succombé au chagrin, Eliot avait expiré à la Tour, et Wentuorth avait passé à l'ennemi. Pym restait seul, aussi calme, aussi résolu qu'autrefois; sa réputation était allée grandissant toujours pendant ces onze années d'un despotisme souvent accablant; et tous ceux qui avaient conservé l'espoir de jours meilleurs regardaient à lui avec une conûance absolue, comme au seul homme qui n'avait jamais douté du triomphe Onal de la liberté et de la loi. Clarendon insinue d'un ton amer et haineux, dans V Histoire de la Rébellion, " qu'il était le plus populaire, mais aussi le plus dangereux des hommes de son temps et de tous les temps •' .Patient au jour de l'épreuve, il montra à l'heure de la lutte qu'il savait agir. Peu avant l'ouverture du Long Pai'lement, il parcourut l'Angleterre à cheval pour réveiller chez les électeurs le sentiment de la crise qu'ils allaient traverser; aussi, dès l'ouverture des Chambres, il apparut, non-seulement comme le représentant du bourg de Tavistock, mais comme le chef incontesté des Communes. Il était du petit nombre des gentilshommes campagnards de la majorité qui avaient siégé dans les derniers Parlements ; aucun d'eux n'était aussi bien préparé que lui à représenter la tradition parlementaire au nom de laquelle on allait se battre. Moins hardie et moins originale que celle d'Eliot ou de Wentuorth, l'éloquence de Pym était très-logique et très-persuasive, et mieux appropriée aux nécessités du rôle de chef d'un grand parti. Ajoutez à cela beaucoup de sang-froid, une grande dextérité, un véritable esprit d'ordre dans le maniement des affaires, une prodigieuse habileté cà diriger les débats et à y apporter une suite, une méthode inconnue jusque-là.
A toutes ces qualités si précieuses, il eji joignait une autre, qui a fait de lui le plus grand des chefs parlementaires anglais, comme il en est le premier en date : sa clairvoyance. 11 était le seul des cinq cents députes siégeant à Westminster qui eût nettement prévu les difOcultés de la situation et deviné la meilleure manière de les résoudre. Il était évident qu'une lutte terrible allait s'engager entre la Couronne et le Parlement; qu'il y aurait scission entre les deux Chambres, comme cela s'était déjà vu dans des circonstances semblables. Les vieux politiciens du Parlement se sentaient impuissants en face d'un pareil conflit de deux pouvoirs associés, conflit que n'avait prévu aucune loi et que les précédents rendaient plus difficile encore à débrouiller. Pym, aussi bien informé que tous ses collègues des précédents parlementaires, avait une intelligence beaucoup plus juste et plus élevée des principes constitutionnels. C'est lui qui, le premier, découvrit et appliqua aux circonstances une doctrine qu'on peut appeler \vi proportionnalité constitutionnelle; il comprit que, dans le jeu des institutions parlementaires, le Parlement avait plus d'importance que le souverain, la Chambre des communes que celle des lords. Ces deux faits devinrent les bases essentielles de toute sa politique dans la lutte qui allait