‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 30 sur 205 · LE LOXG PARLE MENT · texte numérisé non relu

LE LOXG PARLE MENT

commencer. Lorqiie Charles refusa d'agir, d'accord avec le Parlement, Pym considéra ce refus comme une sorte d'abdication temporaire qui investissait les deux Chambres, jusqu'à nouvel ordre, de la plénitude du pouvoir exécutif; de même, lorsque les lords essayèrent de s'opposer au fonctionnement régulier de la machine parlementaire, il les avertit que leur opposition n'empêcherait pas les Communes de se charger seules « de sauver le royaume » .

Ces deux principes, qui paraissaient alors tout à fait révolutionnaires, ont été reconnus, depuis le temps de Pym, comme les fondements mêmes du régime constitutionnel; le premier fut établi par le Parlement-Convention, qui se réunit après le départ de Jacques II ; le second a été universellement accepte depuis le vote du Bill de Réforme de 1832. On a reconnu que le gouvernement a pour organe essentiel la Chambre des communes, et doit être dirige par des ministres qui représentent la majorité de cette Chambre.

En réalité Pym était, par son caractère, tout le contraire d'un révolutionnaire; peu d'hommes ont jamais eu autant de largeur dans leurs goûts et de modération dans' leurs actes. Foncièrement sérieux, il n'en avait pas moins des manières aimables, presque chevaleresques; il passait sans effort d'un discours véhément contre Strafford à un gai bavardage avec lady Carlisle ; la bonne grâce et la gaieté qu'il conserva toujours dans ses allures, même lorsque le soin et le poids des affaires publiques le minaient lentement, firent courir beaucoup d'absurdes petites calomnies sur son compte parmi les débauchés du parti royaliste. C'est ce mélange étonnant de puissance et de souplesse qui le lit considérer dès le commencement comme un homme né pour gouverner; il se montra le plus subtil des diplomates et le plus éloquent des démagogues, tantôt démêlant les Gis les plus cachés de la conspiration de l'armée, tantôt enflammant les passions populaires par sa parole entramante et passionnée. Bien qu'il ne fut plus dans la première jeunesse, car il était né en 1584, quatre ans avant l'Armada, il montra dès la première réunion du Long Parlement de grandes qualités d'administrateur, une prodigieuse faculté de travail, un véritable génie d'organisation, beaucoup de tact et de patience; il avait le talent d'inspirer confiance à tous ceux qui avaient affaire à lui, beaucoup de sang-froid et de modération dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, un courage indomptable et une volonté de fer. Aucun homme d'Etat anglais n'a jamais fait preuve d'une plus grande élévation de caractère unie k de plus hautes capacités gouvernementales que ce gentilhomme du Somersetshire, très-justement appelé le lîoi Pi/m par ses ennemis, que la haine rendait clairvoyants.

L'œuvre du Parlement. — Son voyage à cheval à travers l'Angleterre n'était guère nécessaire, car la convocation seule du Parlement avait

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sufG pour réveiller toute la nation. L'émigration purilaine qui se portait chaque année vers les nouvelles colonies anglaises fut instantanément suspendue. " Cet événement inattendu » , disait Wintliorp, " avait décidé tout le monde à rester : on prévoyait une révolution, n Les chaires puritaines retentissaient de plaintes contre le gouvernement, et l'irritation générale du pays se révéla tout à coup dans une grêle de libelles, premiers spécimens de ce torrent de pamphlets qui continua de couler jusqu'à la Restauration, et transforma l'Angleterre en une véritable école de discussion politique. L'attitude résolue des députés à Westminster faisait contraste avec le langage hésitant du souverain. Chaque membre avait apporté de son bourg et de son comté un cahier de doléances, et chaque jour de nouvelles pétitions leur étaient remises par des députations de bourgeois et de fermiers. On nomma quarante commissions chargées de les examiner et d'en faire des rapports qui devaient être discutés à la Chambre des communes. Les différents actes illégaux et despotiques de la royauté furent abrogés les uns après les autres : Prynne et ses comartyrs sortirent de prison aux acclamations de la foule, qui jetait des lauriers sur leur passage. La juridiction civile et criminelle du conseil privé, la Chambre étoilée, la cour de la Haute Commission ecclésiastique furent supprimées sans discussion, ainsi que les juridictions exceptionnelles du Conseil du \ord et du Conseil du duché deLancastre, le tribunal du comté de Chester et une quantité d'autres moins importantes. Le ship-money fut déclaré illégal, et le jugement dans l'affaire de Hampden simplement annulé. Une ordonnance a affirmant que, d'après l'ancien droit populaire du royaume, aucun subside ou droit de douane ne pouvait être établi ou imposé sur aucune marchandise d'importation ou d'exportation sans un vote du Parlement n , mit iin à la prétention de la Couronne de lever des taxes selon son caprice. Le Bill triennal obligeait le gouvernement à convoquer les Chambres tous les trois ans et forçait les fonctionnaires, chargés de surveiller les élections, de procéder au renouvellement des Chambres, dans le cas où le Roi refuserait de les convoquer.

Charles protesta, mais finit par céder ; il était contraint d'assister impuissant à la ruine de son système despotique, car l'armée écossaise campait toujours au nord de la Tiveed. Pour le Parlement, la présence des Ecossais était comme une garantie contre toute dissolution; aussi ne. se pressait-il nullement de voter l'argent nécessaire pour les renvoyer chez eux. ti Nous ne pouvons nous passer d'eux -^ , confessait ingénument Strode ; " les Philistins sont encore trop forts parmi nous. " Pendant ce temps le Parlement se montrait sévère, presque dur, pour les agents du système royal; il ordonna de dresser, dans chaque comté, et de soumettre aux deux Chambres une liste des fonctionnaires royaux sous le nom de coupables ou délinquants. Windebank, le secrétaire d'Etat, et le chancelier Finch s'enfuirent saisis de terreur sur le continent. Laud lui-même

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