LE LONG PARLEMENT
fut jeté en prison. Le pressentiment du sort qui l'attendait se reflète dans les pages du Journal ècv'ii à cette époque, et leur donne un accent ému qui étonne chez cet homme inflexible. " Je restai à Lambeth jusqu'au soir n , écrit l'archevêque, " pour éviter les regards du peuple, et je me rendis à ma chapelle pour les prières du soir; je lus le psaume du jour et le chapitre L d'Isaïe, qui me firent grand bien. Que Dieu me vienne en aide et me rende digne de jouir de ses consolations ! En allant à mon bateau, j'y trouvai des centaines de pauvres voisins qui m'attendaient et priaient pour que je retournasse sain et sauf dans mon palais ; je les bénis et remerciai Dieu de m'avoir donné cette douce joie. «
La mort de Strafford. — Malgré les haines terribles soulevées par Laud dans toutes les classes, sauf chez quelques pauvres familles oià il s'était fait des amis par ses abondantes aumônes, elles étaient peu de chose en comparaison de l'horreur universelle qu'inspirait le comte de Strafford. On lui reprochait moins d'avoir été le docile instrument de la tyrannie que d'avoir trahi la cause nationale. - Cet apostat ^ , s'écriait le comte de Digby en terminant sa terrii)le invective, « ne doit ])as s'attendre à être pardonné en ce monde avant d'avoir été expédié dans l'autre, n Strafford comprit le danger, mais Charles le contraignit à paraître à la cour. Voulant payer d'audace, il résolut de prévenir l'attaque des chefs du Parlement en les accusant d'entretenir une correspondance criminelle avec les Ecossais; il était justement en train de développer son plan devant le Uoi, lorsqu'il apprit que Pym présentait à la barre de la Chambre des lords sa mise en accusation pour crime de haute trahison. « Il s'empressa " , dit un témoin oculaire, « de se rendre à réassemblée, et, après avoir violemment frappé à la porte, il s'avança d'un air sombre et hautain jusqu'à sa place au banc des ministres. Plusieurs voix s'élevèrent pour le prier de quitter la Chambre, et il dut tout confus attendre à la porte qu'on le rappelât - . 11 ne rentra que pour entendre l'ordre de le conduire à la Tour; il voulait répoudre à ses ennemis et les accuser à son tour de trahison ; il demanda de développer ses preuves; <^ maison lui intima l'ordre de se retirer sans ajouter un mot n . Le gardien de la l'crge Noire, qui était chargé de le conduire en prison, le pria de lui remettre son épée; - après quoi, Strafford se fraya un chemin à travers la foule jusqu'à son carrosse, et il ne se trouva personne pour saluer cet homme devant lequel, le matin même, les plus grands seigneurs d'Angleterre restaient tête nue - .
Dès lors, le Koi renonça à son attitude impérieuse et hautaine, et essaya de former un ministère parmi les patriotes, sous la direction du duc de Bedford, à condition que Strafford aurait la vie sauve. Cette proposition paraissait difficile à accepter; d'ailleurs, la mort de Bedford et la duplicité de Charles interrompirent bientôt les négociations. On découvrit que le Roi