‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 32 sur 205 · LA MORT DE STRAFFORD · texte numérisé non relu

LA MORT DE STRAFFORD

n'avait cessé d'intriguer avec une poignée d'aventuriers qui lui offraient de le délivrer en poussant l'armée à s'insurger contre le Parlement. La découverte du complot de l'armée décida du sort de Strafford. Le procès commença à Westminster Hall, et tous les membres de la Chambre des communes se présentèrent comme témoins à cbarge. La passion politique était montée à un tel degré qu'on entendait à chaque instant des cris de sympathie ou de haine partir des bancs des députés. Strafford se défendit pendant quinze jours avec un véritable courage et une remarquable habileté contre les accusations accumulées contre lui ; il avait déjà, à plusieurs reprises, tiré des larmes de l'assistance par son éloquence pathétique, lorsque le procès fut tout à coup suspendu. On pouvait bien prouver d'une manière irréfutable qu'il avait gouverné en despote et abusé de son pouvoir, mais il était difCcile de prouver qu'il était pour cela coupable de trahison. « La loi anglaise ^ , dit Hallam, - ne parle pas des conspirations qui peuve;ît être formées contre elle, et \cs Slaluls d'Edouard III restreignaient le crime de trahison à l'attaque à main armée contre le Roi et aux attentats contre sa personne. ^ Les Communes essayèrent de fortifier leurs accusations en présentant le procès-verbal d'une réunion du conseil privé, où Strafford avait proposé d'employer les troupes irlandaises à réduire le royaume à l'obéissance; mais qui pouvait démontrer que ces paroles étaient littéralement exactes? Les lords ne voulurent admettre cette preuve qu'à la condition de recommencer tout le procès. Pym et Hampden restaient convaincus de l'excellence de leurs preuves; mais la Chambre refusa de les suivre ; et, sur la proposition de Saint-John et de lord Falkland, elle résolut d'abandonner la procédure judiciaire et d'avoir recours à un bill d'atlainder ou de mise hors la loi.

Cette décision a été amèrement critiquée par quelques personnes dont l'opinion en cette matière mérite toute considération. Cependant le crime de Strafford n'en était pas moins un crime, parce qu'il ne tombait pas sous le coup de la loi contre les traîtres. Il est impossible, en effet, de prévenir par une loi spéciale tous les dangers qui peuvent menacer la liberté nationale. Même de nos jours un ministre, proOtant des dispositions d'un Parlement élu dans un moment de panique, pourrait, une fois le péril passé et la nation rassurée, refuser de faire appel au pays, et gouverner contre son vœu. Une pareille conduite serait légale, à prendre les choses au pied de la lettre ; mais le ministre n'en serait pas moins criminel. La conduite de Strafford, qu'elle tombât ou non sous le coup de la loi, n'était qu'une série d'atteintes aux libertés de la nation. La nation conserve toujours le droit de se défendre, et le bill d'adainder a précisément pour objet de punir l'ennemi public qui se trouve pour ainsi dire en dehors des lois. La crainte de voir le criminel leur échapper, excita chez les habitants de Londres une sorte de délire furieux ; on vit une foule innombrable se presser aux abords de la maison du Parlement, criant :

M LE LOXG PARLEMEM (1G40-1G44).

a Justice .'justice! -r. au moment même où le bill passait à la Chambre des lords.

Le comte n'avait plus d'espoir qu'en la clémence royale ; mais trois jours plus tard, Charles contre-signait l'arrêt de mort. Il nerestaitplus à Strafford qu'à se préparer à son sort; il mourut comme il avait vécu. Ses amis l'avertirent qu'il y avait une foule énorme aux pieds de la Tour pour assister à sa chute : ^ Je sais regarder la mort en face et le peuple aussi T, , répondit-il fièrement. « Je rends grâces à Dieu de n'avoir pas plus peur de mourir et de pouvoir ôter mon pourpoint aussi gaiement que si j'allais me mettre au lit. r: La hache tomba au milieu d'un morne silence; puis, aussitôt après, on entendit dos acclamations retentir de tous côtés ; partout dans les rues on voyait flamber des feux de joie, et les cloches de toutes les églises faisaient entendre de joyeux carillons. « Plusieurs citoyens " , raconte un témoin oculaire, ^ venus à la ville pour voir l'exécution, rentrèrent chez eux à cheval, l'air rayonnant, agitant leurs chapeaux et criant dans toutes les villes qu'ils traversaient : Sa tète est tombée! sa tête est tombée ! ^ (Mai 1641,)

La Grande Remontrance. — Quelque importantes qu'aient été les modifications apportées au gouvernement pendant les six premiers mois du Long Parlement, on s'était borné, en somme, au rétablissement de la vieille constitution anglaise, telle qu'elle existait à la fin de la guerre des Deux Roses. La position devenait tous les jours plus difficile. Depuis le dernier complot militaire, il circulait partout des rumeurs confuses et des bruits alarmants; des craquements mystérieux dans quelques bancs de la Chambre réveillèrent le souvenir de la conspiration des Poudres, et les députés s'enfuirent, convaincus que l'édifice était miné. D'un autre côté, Charles prétendait que son consentement aux dernières mesures lui avait été arraché par la force, et qu'il pouvait par conséquent être révoqué à la première occasion. Les deux Chambres, inquiètes, jurèrent de défendre la religion protestante et les libertés publiques ; ce serment dut être, désormais, prêté par tous les nouveaux fonctionnaires civils, et la grande masse de la nation anglaise y souscrivit avec enthousiasme. Cette même crainte d'une contre-révolution poussa Hyde et les membres du parti modéré dans les Communes à présenter un bill arrêtant que le Parlement actuel ne pourrait être dissous qu'avec son assentiment; Charles l'accepta sans objection, mais en même temps il cherchait l'alliance de la France et préparait la contre-révolution que ce bill avait pour but d'empêcher. Jusqu'alors, l'armée écossaise l'avait retenu ; mais on ne pouvait retarder davantage de la payer et de la renvoyer dans ses foyers. A peine eut-elle passé la frontière, le Roi résolut d'empêcher son retour. Malgré les instances du Parlement, il quitta Londres pour Edimbourg, accéda à toutes les demandes de l'Assemblée ecclésiastique et des Etats d'Ecosse, assista

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