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CHAPITRE VII

(juillet 1G4-2 — AOLT 1646)

Edgehill. — La rupture des négociations fut suivie, des deux côtés, de préparatifs pour une guerre immédiate. Hanipden, Pym et Holles devinrent l'àme du comité de salut public créé par le Parlement pour agir en son nom; on rappela des Pays-Bas tous les ofûciers anglais et écossais, et lord Ksscx fut nommé commandant en chef d'une armée de vingt mille fantassins et de quatre mille cavaliers. La conflance était si grande chez les parlementaires qu'ils s'imaginaient, avoua Baxter, après la première rencontre, a qu'il suffirait d'une seule bataille pour décider la victoire » , car le Roi était presque dépourvu d'armes et d'argent; il avait de la peine à lever des troupes, et ses propres partisans répugnaient à commencer les hostilités. Bien résolu cependant à en venir aux mains le plus tôt possible, Charles I" planta l'étendard royal à Xottingham (23 août 1642), i^ le soir d'un jour d'orage et de tempête» ; mais personne ne répondit à son appel. Pendant ce temps, Essex, qui avait quitté Londres aux acclamations d'une foule immense, avec ordre du Parlement de suivre le Roi, " de l'arracher de gré ou de force à ses perfides conseillers et de le ramener au milieu des parlementaires >- , rassemblait son armée à Northampton. Charles n'avait qu'une poignée d'hommes, et il aurait suffi de lancer contre lui quelques régiments de cavalerie pour terminer la guerre en une seule rencontre ; mais Essex reculait devant toute action décisive et espérait obliger Charles à se soumettre par un simple déploiement de troupes.

' Sources : Aux ouvrages cités dans le chapitre précédent, ajoutons la biographie du prince Rupert, par Warburton, l'excellente Vie de Fairfax, de M. Cléments Markham, la correspondance de ce général et les Mémoires de Ludiow. h'Anglia rediviva de Spriggs nous donne des renseignements sur la nourelle organisation militaire de Cromwell. Consulter aussi Carlyle, Life and Letters of Cromwell, livre précieux par l'immense quantité des documents qui s'y trouvent, mis en œuvre avec le soin d'un érudit et le génie d'un poète ; et enfin Clarendon, qui mérite beaucoup plus de créance pour cette période de l'histoire de Charles P"", et qui donne un beau récit de ce soulèvement du Gornouailles.

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A peine le Roi se fut-il replié sur Shrewsbury, que la face des événements changea complètement. Catholiques et royalistes se rallièrent avec enthousiasme autour de son étendard, et une marche audacieuse de Charles sur Londres força Essex à sortir de son inaction et à accourir de Worcester au secours de la capitale. Les deux armées se rencontrèrent à Edgehill, près de Banbury (23 octobre 1642). Cette rencontre était tout à fait inattendue; aussi le combat qui suivit ne fut-il guère qu'un combat de cavalerie assez indécis, oii la désertion de sir Failhful Fortescue, avec tout un régiment, jeta vers la fin le désordre dans l'armée du Parlement, tandis que les deux ailes de la cavalerie royaliste chassaient leurs adversaires du champ de bataille ; en revanche le corps de réserve d'Essex rompit rinfanterie qui formait le centre de l'armée du Roi, et il fallut l'intervention du prince Rupert et de ses escadrons pour empêcher Charles d'être fait prisonnier ou contraint de fuir. La nuit survint sans que l'avantage fût resté à Tune ou à l'autre des deux armées : c'était pourtant une victoire morale pour le Roi. Essex comprit que ses troupes ne pouvaient guère se mesurer avec les Cavaliers, et sa retraite sur Warwick laissa ouverte la route de la capitale. Rupèrt insistait pour qu'on se mît immédiatement en marche vers Londres ; mais la proposition rencontra une énergique résistance parmi les royalistes modérés qui craignaient un triomphe trop complet de Charles autant que sa défaite. Le Roi s'arrêta donc à Oxford pendant quelque temps et y fut accueilli avec de bruyants témoignages de joie; mais lorsque Reading fut tombée aux mains delà cavalerie de Rupert par la lâcheté de la garnison, et que l'audacieuse prise d'assaut de Brentford eut conduit l'armée royale presque jusqu'aux portes de la capitale, la panique des habitants de Londres était passée, et la jonction des milices municipales avec l'armée d'Essex obligea Charles à se replier sur ses anciens quartiers.

Quoique les parlementaires se fussent aisément remis de la surprise d'Edgehill, la guerre, à mesure que l'hiver avançait, devenait de plus en plus favorable au Roi. En fortifiant Oxford, il prit solidement pied dans les comtés du Centre; et, au nord, les chances, d'abord égales, tournèrent en sa faveur, quand le comte de Newcastle, avec les troupes qu'il avait levées en Northumberland, marcha sur York. Lord Fairfax, chef du parti parlementaire dans cette région, se trouva rejeté sur les villes manufacturières du Yorkshire, où dominait le puritanisme; enfin, l'arrivée de la Reine, qui apportait de Hollande du matériel de guerre, décida les royalistes à lancer leurs éclaireurs au dehà du Trent et à menacer les comtés de l'Est qui se montraient très-zélés pour la cause du Parlement. Le danger était imminent; aussi les deux Chambres firent-elles preuve d'autant d'activité que de vigueur. Les négociations du printemps avaient été rompues, lorsque le Parlement exigea le retour du Roi. Londres fut fortifié, et on imposa une taxe annuelle de deux millions de livres sterling sur toutes les provinces qui avaient adhéré à la cause parlemen-

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taire. Essex, dont l'armée venait d'être équipée de nouveau de pied en cap, reçut l'ordre de marcher sur Oxford; mais, quoique le Roi se tînt prêt à se replier sur les comtés de l'Ouest, le général des troupes parlementaires n'osa pas exposer ses soldats encore novices aux chances d'une hataille rangée ; il se contenta de prendre Reading et de rester campé pendant un mois autour de Brill, dans la plus complète inaction ; l'épidémie décimait son armée lorsque les royalistes survinrent et la mirent en pleine déroute.

Soulèvement du Cornouailles (mai 1643). — Pendant qu'Essex hésitait et perdait son temps en manœuvres inutiles, Charles envoya un détachement de son armée réunie à Oxford pour soutenir une insurrection royaliste dans l'Ouest. Nulle part le dévouement à la personne du Roi ne s'était conservé aussi noble et aussi désintéressé que parmi les habitants du Cornouailles. Ce comté avait une physionomie tout à fait particulière ; il était séparé du reste de l'Angleterre par les différences de race et de langue, et surtout par les tendances féodales de ses habitants, qui témoignaient, comme tous les peuples celtes, un dévouement absolu à leurs chefs locaux, et étaient restés comme eux fidèles à la Couronne.

Ils n'avaient fait jusque-là que se tenir sur la défensive, lorsque la nouvelle de l'approche d'un petit corps de parlementaires, qui marchait sous la conduite de lord Starnford sur Launceston, les obligea à agir. Une petite troupe d'habitants du pays, si mal approvisionnée que les meilleurs officiers n'avaient qu'un biscuit par jour et une toute petite quantité de poudre , se réunit autour du chevaleresque sir Bevil Greenvil ; cette poignée d'hommes affamés escalada la pente abrupte de Stratton-Hill, l'épée au poing, et contraignit Stamford à. se retirer précipitamment sur Exeter, après avoir perdu deux mille hommes, ses bagages et son artillerie. Sir Ralph Hopton, le meilleur des généraux royalistes, se mit à la tête de l'armée victorieuse, qui s'avançait dans le Somersetshire, et jeta la terreur dans les comtés de l'Ouest. Essex envoya un détachement de troupes d'élite, sous la conduite de sir William Waller, pour les empêcher d'avancer; mais le Somerset était déjà perdu avant qu'il eût atteint Bath, et les paysans du Cornouailles emportèrent d'assaut son camp retranché de Landsdovvn Hill. Cette lutte acharnée priva les vainqueurs de leurs chefs; Hopton fut blessé, Greenvil tué, et avec eux tombèrent aussi les deux héros de la petite armée : sir Nicholas Slanning et sir John Trevanion, « tous deux jeunes, ayant à peine vingt-huit ans, amis intimes de sir Bevil Greenvil et unis ensemble par la phis tendre affection » . Malgré sa défaite, Waller s'attacha à poursuivre leurs troupes affaiblies, au moment oij elles se mettaient en marche pour chercher du secours à Oxford, et réussit à enfermer l'infanterie à Devizes; mais la cavalerie royaliste réussit à s'échapper. Après avoir rejoint les troupes qui avaient été en-

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voyées à leur secours, sous les ordres de Wilmot, plus tard lord Rochester, elle revint sur ses pas et tailla en pièces le corps de VV aller à Roundway Hill (juillet 1643). Le soulèvement du Cornouailles semblait avoir changé le cours des événements; affermi dans sa position par ces premiers succès et par les secours que la reine Henriette-Marie lui amenait du Nord, Charles avait déjà fait ses préparatifs pour aller de l'avant, lorsque le prince Rupert, s'étant hardiment aventuré du côté de Wycombe, rencontra à Chalgrove un corps de cavalerie parlementaire, commandé par Hampden. L'escarmouche se termina à l'avantage des royalistes, et l'on vit Hampden quitter à cheval le lieu du combat, ^ avant la fln, ce qu'il ne faisait jamais, la tête pendante sur sa poitrine et les mains sur le cou du cheval ^ . Il était mortellement blessé, et sa mort sembla un présage fatal pour la cause qu'il défendait avec passion. Les désastres succédaient aux désastres, et Essex, de plus en plus désireux de la paix, se replia sur L'xbridge, tandis que la honteuse reddition de Bristol livrait au prince Rupert la seconde ville du royaume, et rendait Charles I" maître absolu des comtés de l'Ouest. Ces nouvelles, tombant coup sur coup, semblèrent au Parlement « un arrêt de mort » . Les lords ne parlaient que de propositions de paix; Londres elle-même était divisée, et « un grand nombre de femmes des principaux bourgeois » se présentèrent à la porte de la Chambre des communes, demandant la paix à grands cris. La fuite, au camp d'Oxford, de six d'entre les pairs restés à Westminster, prouvait que l'on commençait à désespérer du triomphe du Parlement.

Le Covenant. — Grâce à la fermeté d'âme des chefs du parti national, les chances de la guerre commencèrent pourtant à se retourner en leur faveur. Waller fut reçu, à son retour de Roundvvay Hill, " comme s'il ramenait le Roi prisonnier n . Une nouvelle armée fut placée sous le commandement de lord Manchester pour arrêter les progrès du comte de Neucastle. A l'ouest, il est vrai, les choses allaient de mal en pis. Le prince Maurice, continuant les succès, de Rupert, assura à Chai les, par la prise de Barnstaple et d'Exeter, la possession du Devonshire. Glocester seul interrompait les communications entre Bristol et le Nord ; aussi Charles marcha-t-il sur cette ville dans l'espoir qu'elle se rendrait en peu de temps (août 1643) ; mais la courageuse résistance de la garnison permit à Essex de venir à son secours ; elle en était réduite à un baril de poudre, lorsque l'approche du comte obligea Charles à lever le siège. L'armée puritaine revintprécipitamment sur Londres, après un engagement indécis auprès de Xewhury, dans lequel lord Falkland tomba en criant : " La paix! la paix! » et oîi les milices municipales de Londres culbutèrent la cavalerie de Rupert qui s'était précipitée sur leurs ligues hérissées de piques. En un pareil moment, une grande victoire pouvait seule sauver le Roi, carie jour même du retour triomphal d'Essex à Londres,

les parlementaires s'associèrent au Covenant écossais (25 septembre 1643).

Pym s'était résigné à jeter l'cpée de l'armée presbytérienne dans la balance encore vacillante, et sir Harry Vane avait été envoyé en toute bâte à Edimbourg, à l'beure la plus critique pour le Parlement, afin de discuter les conditions de l'alliance écossaise. On exigea tout d'abord 1' « unité de religion « , en d'autres termes, l'adoption du système presbytérien par l'Eglise d'Angleterre. Les événements avaient marché si vite depuis les premières discussions à la Chambre des communes sur la réforme ecclésiastique, qu'il était urgent de se soumettre à cet arrangement. Tous les évêques sans exception et la masse du clergé, dont les tendances étaient favorables à l'épiscopat, avaient rejoint l'armée royale et se trouvaient •dépossédés de leurs cures et bénéfices comme délinquants. Un nouveau système ecclésiastique était devenu absolument nécessaire, et, bien que Pym et les principaux hommes d'Etat de ce temps fussent des anglicans modérés, ils furent contraints par les progrès même du presbytérianisme et par les nécessités de la guerre d'adopter la discipline de l'Eglise d'Ecosse. L'Ecosse, de son côté, comprit que sa propre sécurité dépendait du triomphe du Parlement. D'ailleurs, les intrigues de Charles I" hâtèrent la conclusion des négociations, que sir Harry Vane avait conduites avec autant de prudence que de rapidité.

Tandis que le Parlement attendait du Mord son secours, le Uoi n'avait cessé de négocier avec les rebelles irlandais. Le dernier massacre avait excité chez les Anglais une soif de vengeance inconnue jusque-là;" mais pour Charles, les Irlandais étaient un précieux atout dans son jeu. Vjne. trêve ayant été conclue avec eux, l'armée commandée par lord Ormond, qui les avait jusque-là tenus en échec, resta à la disposition du Roi pour l'aider dans sa guerre contre le Parlement ; Charles s'assura en même temps d'une troupe de catholiques irlandais qui devait débarquer dans l'Argyleshire pour soutenir un soulèvement des Highlanders, sous la conduite de Montrose, contre le gouvernement presbytérien d'Edimbourg. Aucun projet du Roi ne fut aussi fatal à sa cause. Dès que le plan eut été découvert, les officiers donnèrent leur démission les uns après les autres ; les lords qui s'étaient enfuis à Oxford retournèrent en toute hâte à Londres, et le mouvement royaliste qui s'était produit dans le Parlement se trouva arrêté. L'Ecosse, inquiète pour sa propre indépendance, se hâta de signer l'alliance, et la Chambre des communes réunie à Saint-Margaret's Church jura a les mains levées » de l'observer fidèlement; elle s'engageait u à amener les diverses Eglises de Dieu dans les trois royaumes à s'unir aussi étroitement que possible en adoptant la même confession de foi, le même système ecclésiastique, le même culte et le même catéchisme » . « Nous jurons » , disaient-ils, " en notre nom et au nom de nos enfants, de vivre en frères unis par l'amour et par la foi, afin que le Seigneur se plaise à être au milieu de nous, d'extirper le papisme, l'épiscopat,

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la superstition, le schisme et l'impiété, de défendre les droits et privilèges du Parlement et les libertés nationales,, de punir enfin les méchants et les ennemis' de la réforme de TÉglise et de l'Etat, et d'unir les deux royaumes par une étroite alliance qui se puisse perpétuer de génération en génération, n Le Covenant se terminait par une sorte de confession des péchés et la promesse d'une réforme prochaine. " Nous désirons sincèrement et ardemment » , disait-il, « et nous nous proposons en notre nom et au nom de ceux qui dépendent de nous, comme chefs de l'État et simples particuliers, et tout en remplissant nos devoirs envers Dieu et envers les hommes, de réformer notre vie et d'offrir à nos compatriotes l'exemple d'un changement complet. »

Marston Moor. — La conclusion du Covenant avait été la dernière œuvre de Pym, mais ce n'était qu'une partie du vaste plan conçu par ce grand patriote, et qui fut exécuté par le Comité des Deux Royaumes, chargé après sa mort (décembre 1643) de la conduite de la guerre et des affaires étrangères. Trois armées considérables, comprenant à peu près une cinquantaine de mille hommes, avaient été levées pour la campagne qui allait s'ouvrir. Essex, au centre du royaume, était chargé de surveiller le Roi enfermé dans Oxford, et de le suivre, si, comme on s'y attendait, il s'avançait vers le nord pour attaquer les Ecossais. Waller, à l'ouest, devait tenir en échec le prince Maurice, en Dorsetshire et en Devonshire ; enfin, les quatorze mille hommes fournis au Parlement par le zèle des comtés de l'Est, et parmi lesquels Cromwell s'était déjà fait un nom comme chef militaire, furent placés sous le commandement de lord Manchester et envoyés en Yorkshire pour soutenir sir Thomas Fairfax et les Ecossais. Charles se trouvait réduit à la défensive. Les troupes irlandaises, dont il s'était assuré le secours en signant une trêve avec les rebelles, essuyèrent deux sanglants échecs dès leur arrivée en Angleterre; ils furent écrasés au sud par Waller, et en Cheshire par sir Thomas Fairfax. Ce dernier s'était trouvé libre, grâce <à la marche en avant de Newcastle jusqu'il la frontière, que les Ecossais étaient sur le point de franchir «par un temps de neige et de gelée épouvantable =i . Après avoir dispersé, les troupes irlandaises, Fairfax remporta une victoire sur les troupes que le marquis avait laissées pour protéger York, et l'obligea à revenir en toute hâte sur ses pas.

Le plan de Pym se ré.alisait avec une rapidité prodigieuse ; Essex et Waller se réunirent pour bloquer Oxford, tandis que Manchester et Fairfax opéraient leur jonction avec les Ecossais sous les murs d'York (janvier 1644). Le cri de détresse de Newcastle fut entendu, et l'on envoya d'Oxford le prince Rupcrt pour réunir des troupes sur la frontière galloise. Ce brillant chef de partisans, après avoir fait lever les sièges de Newark et de Lathom-House, et franchi les collines du Lancashire, pénétra

dans le Yorkshiie, et échappant à l'armée parlementaire, il entra à Vork sans coup férir.

Le succès de ce hardi fait d'armes l'^n^jagca à tenter plus encore ; il résolut de livrer une bataille décisive ; les deux armées se rencontrèrent à Marston Moor. Une décharge de mousqueterie amena, à la tombée de la nuit, un engagement qui devint bientôt une véritable mêlée (2 juillet 1644). Une charge de la cavalerie royale rompit les rangs des Ecossais, tandis qu'à l'autre aile, la brigade de Cromuell, dite Côtes de fer, remportait un succès complet sur les soldats de Kupert. " Grâce au Dieu tout-puissant, ils se sont couchés comme du chaume, au vent de nos épées " , écrivait le général à la fin de la journée. Il rappela ses hommes, qui voulaient, dans l'enivrement de la victoire, poursuivre l'ennemi, afin de soutenir Manchester dans sa lutte conire l'infanterie royale et de mettre en déroute la cavalerie qui revenait toute haletante de la poursuite des Écossais. Ce fut le moment le plus chaud de la journée. Un jeune puritain, étendu blessé mortellement sur le champ de bataille, dit à Cromwell, qui se penchait sur lui, qu'il y avait une chose qui pesait sur sa conscience. u Comme je lui demandais ce que c'était n , écrivit plus tard Olivier, u il me répondit qu'il regrettait que Dieu ne lui eut pas permis d'être plus longtemps le bourreau de ses ennemis. y> La nuit mit fin au combat, et la cause royaliste se trouva ainsi, d'un seul coup, perdue dans le \ord. Neu'castle s'enfuit sur le continent; York se rendit, et Rupert rentra à Oxford presque sans soldats.

Cette catastrophe était d'autant plus terrible pour Charles, qu'elle survenait au moment où il remportait presque partout ailleurs des succès aussi brillants qu'inespérés. Après un mois de siège, le Roi s'était échappé d'Oxford, et après avoir attendu qu'Essex se fût engagé dans l'Ouest, il s'était tourné avec impétuosité contre U'aller à Cropredy-Bridge, et l'avait chassé jusqu'à Londres, trois jours avant la bataille de ALirston Moor. Charles profita de ces avantages en traquant Essex, qu'il espérait écraser entre ses propres troupes et celles du prince Maurice, que le comte avait l'intention d'attaquer.

Par une erreur qui devait lui être fatale, Essex s'aventura dans le Cornouailles, entièrement dévoué à la cause royale ; Charles l'enferma dans les défilés de ce pays montagneux, et le serra de si près que toute l'infanterie parlementaire fut obligée de se rendre à merci. La cava,lerie put se frayer un chemin au travers des ennemis, et Essex s'enfuit par mer jusqu'à Londres. Le jour même de la capitulation, les royalistes remportèrent encore en Ecosse un éclatant triomphe qui promettait de réparer le désastre de Marston Moor.

Le débarquement de soldats irlandais dans le comté d'Argyle avait fait revivre le projet, formé depuis longtemps, de reconquérir l'Ecosse. Montrose, se jetant dans les Hautes-Terres, appela aux arnies tous les

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