‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 40 sur 205 · LES INDE PEXDAX'TS · texte numérisé non relu

LES INDE PEXDAX'TS

l'unité religieuse et do la liberté de culte, antagonisme qui subsiste toujours.

Les querelles religieuses donnèrent naissance à la lutte politique. X'ous avons déjà signalé la naissance, sous Elisabeth, de différentes sectes qui ne visaient pas seulement, comme les presbytériens, à un changement dans le gouvernement de l'Eglise, mais qui rejetaient tout à fait le principe d'une Eglise nationale, et insistaient sur le droit de chaque congrégation à une complète indépendance en matière de culte et de foi. A la fin du règne, cependant, les hrownistes, appelés ainsi du nom de leur chef, le pasteur Broun, disparurent presque entièrement. Quelques-uns, comme nous l'avons vu à l'époque de l'émigration des Pères pèlerins, avaient trouvé un refuge en Hollande; mais la plupart s'étaient soumis de nouveau à l'Eglise établie : « Quant à ceux que nous appelons hrownistes " , dit Bacon, a qui n'étaient qu'un petit nombre d'hommes ignorants et vulgaires, dispersés çà et là dans des coins, ils sont maintenant supprimés et détruits (Dieu merci !), grâce aux mesures énergiques prises contre eux, de sorte que l'on sait à peine ce qu'ils sont devenus. »

Pourtant, dès que le primat Abbot, connu' pour sa douceur, eut été nonuué au siège archiépiscopal de Canterbury, les réfugiés dissidents commencèrent à essayer timidement de revenir en Angleterre. Pendant leur séjour en Hollande, la majorité d'entre eux, qui obéissaient à l'autorité de Robinson, s'étaient contentés de développer leur système de congrégations indépendantes, chacune formant une Eglise à part ; c'est à eux qu'on donna plus tard le nom à'indépendonis. In petit nombre cependant se séparaient encore plus profondément de l'Eglise établie, surtout en ce qui concerne le baptême: ils ne le donnaient qu'aux adultes. Cette doctrine fit donner le nom de baptistes aux membres de l'obscure congrégation de Leyde. Ces deux sectes établirent une église à Londres au milieu du règne de Jacques 1". Mais, sous Charles I", les persécutions de Laud les empêchèrent de répandre leurs doctrines. C'est seulement au moment de l'ouverture du Long Parlement qu'ils s'accrurent tout à coup par le retour d'un grand nombre d'cmigrants de la Xouvelle-Angleterre, sous la conduite de Hugh Peters.

Les coftgrégationalistes ou indépendants commencèrent alors à attirer l'attention. Lilburne et Burton se déclarèrent bientôt partisans de ce qu'on appelait la doctrine de la XourcJle-Anglelerre ; et, plus tard, on vit se former, rien qu'à Londres, quatre groupes de congrégations « de sectaires dirigés » , selon les expressions dédaigneuses de l'évêque Hall, « par des chefs, des hommes dignes d'eux, savetiers, tailleurs, chapeliers et autre racaille r. . Mais l'influence religieuse du mouvement congrégationaliste était encore presque insigniflanto. Baxter ne connaissait pas l'existence des indépendants ; Milton n'en fait aucune mention dans ses premières brochures. Parmi les cent cinq pasteurs présents à l'assemblée de

112 l'armée et I.E parlement (1G4G-1649).

Westminster, on ne comptait que cinq congrcgationalistes, qui se trouvaient tous être d'anciens réfugiés de Hollande, et sur les cent vingt prédicateurs de Londres, en 1643, trois seulement étaient suspects de sympathies pour les sectaires.

L'Angleterre presbytérienne. — La lutte contre Charles 1" ne fît que retarder le triomphe de la liberté religieuse. Pym et ses collègues avaient commencé la guerre civile dans des sentiments purement conservateurs aussi bien en politique qu'en- matières ecclésiastiques. Ils ne se proposaient que de rétablir l'Eglise d'Angleterre, telle qu'elle avait été sous Elisabeth, et de la débarrasser des « innovations et modifîcations sans nombre introduites par Laud et ses collègues » . La grande majorité du Parlement était opposée à tout changement à la constitution ou à la doctrine de l'Eglise même, et ce n'est que le refus des évêques d'accepter aucune diminution de leur puissance et de leurs revenus, le rapide développement d'un parti religieux hostile à l'épiscopat, la nécessité d'acheter l'aide des Écossais en promettant l'unité religieuse et politique, et surtout l'obligation absolue de former un nouveau système ecclésiastique à cause de l'attitude des évêques royalistes, qui obligèrent les deux Chambres à accepter le Covenant. Le changement parut tout d'abord de peu d'importance à la majorité de la nation anglaise ; la doctrine de Laud sur la nécessité de l'épiscopat n'était acceptée que d'un "très-petit nombre de gens; les modifîcations apportées par le Covenant, et qui rapprochaient l'Eglise d'Angleterre de l'Eglise d'Ecosse et des autres communions réformées du continent, avaient été généralement approuvées ; mais personne ne pensait que ces changements administratifs détruiraient l'Eglise anglicane. La théorie des Tudor sur les rapports de l'Eglise et de l'Etat, sur le droit de l'Eglise de considérer tous les Anglais comme lui appartenant, et de leur imposer des articles de foi et la forme de leur culte, restait hors de question pour les hommes les plus distingués du parti national.

La lutte avec le Roi n'avait fait que fortifier les sentiments sur lesquels reposait toute cette théorie : la puissance de la tradition, la crainte de la dissidence considérée comme un danger pour l'Etat, l'instinct de l'ordre si puissant chez les Anglais, leur antipathie pour les nouveautés et leur horreur de l'indifférence et de la tiédeur en matière de foi. Aussi le Parlement avait-il beaucoup poussé à l'adoption du nouveau système ecclésiastique au moment le plus critique de la guerre civile. Une réunion de théologiens, à Westminster, reçut l'ordre de reviser les Trente-neuf articles, de rédiger une nouvelle confession de foi et de modifier les cérémonies du culte (1643). Les deux Chambres acceptèrent le plan d'organisation ecclésiastique qu'ils rédigèrent, organisation qui ne différait de celle de l'Église d'Ecosse que par une addition assez significative, celle

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d'un tribunal laïque supérieur placé comme juridiction d'appel au-dessus de tous les tribunaux et assemblées ecclésiastiques.

La liberté de conscience. — Si ce changement avait eu lieu lorsque les membres des (Communes, « les mains levées au ciel" , juraient Gdélité au Covenant dans l'église de Sainte-Marguerite, il aurait été probablement accepté de la nation entière; mais, à la Gn de la guerre, les circonstances avaient complètement changé; malgré les votes répétés du Parlement exprimant le désir de le voir adopté dans tout le royaume, le système presbytérien ne s'implanta qu'.à Londres et dans le Lancashire. Tandis que les théologiens, réunis dans la chambre dite de Jérusalem, formulaient leur programme de foi et de culte uniforme, les sectes dissidentes étaient devenues une véritable puissance. A la fin de cette terrible et longue guerre civile, les spéculations théologiques devenaient de plus en plus hardies, et la conviction individuelle l'emportait de beaucoup maintenant sur la tradition religieuse. Quatre ans après le début do la guerre, un pamphlétaire constatait avec horreur l'existence de seize sectes religieuses, au mépris des dépenses formelles de la loi; quoique très-différenles les unes des autres, elles s'unissaient pour repousser tout contrôle de l'Eglise et du clergé en matière de culte et de foi. Milton, qui avait abandonné le presbytérianisme, ne voyait plus dans \e presby 1er on pasteur qu'un prêtre déguisé.

Cette question des progrès de l'esprit sectaire prit, pendant la guerre, une portée pratique; car la classe particulièrement infectée du nouvel esprit de liberté religieuse était justement la classe. sur le zèle et l'énergie de laquelle le Parlement était obligé de compter pour vaincre dans la lutte.

Nous avons déjà constaté que cet esprit avait prévalu parmi les fermiers dont Cromwell avait composé ses régiments des Côtes de fer, et l'engagement de ces sectaires fut la première violation flagrante de l'ancien système de conformité. Cromwell avait signé le Covenant, et il n'y avait aucune raison de croire qu'il eût aucun éloignement pour le presbytérianisme comme doctrine ou comme organisation ecclésiastique. Il n'agit tout d'abord que par des considérations purement pratiques, sous la pression des nécessités de la guerre ; son libéralisme en matière de recrutement était justifié, à ses propres yeux, par sa sympathie pour ceux qu'il qualifiait d' a honnêtes gens » , et par la vague conception qui se formait en lui d'une large communion entre les chrétiens en dehors de l'unité de culte et de doctrine. Mais les craintes et les reproches des presbytériens l'obligèrent à accentuer ses idées religieuses. « L'Ktat en choisissant ses serviteurs » , écrivait-il à la veille de Marston Moor, « ne fait aucune attention à leurs opinions et se montre satisfait s'ils remplissent leur devoir avec fidélité. » Après xMarston Moor, il se crut en mesure de conseiller au II. 8

lU L'ARMÉE ET LE PARLEME\T (1640-1649).

Parlement de tolérer au moins les dissidents et réussit à former un comité chargé de trouver les moyens de mettre ce projet à exécution. Mais cette initiative et le rapide développement des sectes réveillèrent l'esprit conservateur du clergé presbytérien. « X'ous détestons et abhorrons» , écrivait le clergé de Londres eu 1645, a cette tolérance que l'on veut dous imposer. ') La municipalité de Londres lit une pétition au Parlement demandant qu'il supprimât « les sectes sans exception :> . Le Parlement avait luimême des tendances très-conservatrices, mais les circonstances semblaient déjouer tous les projets des conservateurs. Essex et les presbytériens marchaient de défaite en défaite; il fallait à tout prix reformer les cadres de l'armée; aussi autorisa-t-on Fairfax, chargé de la levée des nouvelles troupes, à dispenser les soldats de se soumettre au Covenant.

La victoire de Naseby souleva une question bien plus importante: il ne s'agissait plus de tolérance seulement pour les Eglises dissidentes. « D'honnêtes gens vous ont fidèlement servi " , écrivait Cromwell du champ de bataille au président de la Chambre des communes ; « on peut compter sur eux; aussi je vous en supplie, au nom de Dieu, de ne pas les décourager, car je voudrais que celui qui sait risquer sa vie pour la liberté de sa patrie ait confiance que Dieu lui donnera la liberté de conscience. » La prise d'assaut de Kristol lui permit de proclamer ses principes avec plus de force que jamais. " Presbytériens et indépendants, tous ont le même esprit de foi et de prière, la même confiance en Dieu, et s'accordent à dire que là-dessus* ils ne diffèreut pas de croyance. Quel malheur qu'il n'en soit pas ainsi partout ailleurs! Tous ceux qui ont la même foi possèdent la seule véritable unité, la plus glorieuse, l'unité intérieure et spirituelle, du corps et de l'esprit. En ce qui regarde les formes extérieures du culte (ce qu'on appelle vulgairement uniformité) , tous les chrétiens feront leur possible, par amour de la paix, pour se rapprocher, autant que la conscience le permet à des frères en l'esprit; nous ne pouvons chercher à agir sur eux que par de la lumière et de la raison. »

Charles V' et les presbytériens. — La fermeté du langage de Cromuell croissait en raison de l'irritation de ses adversaires presbytériens. La division des deux partis devenait de plus en plus tranchée. Les ministres presbytériens se plaignaient amèrement de la multiplication des Eglises dissidentes et blâmaient la tolérance dont elles jouissaient. L'armée écossaise, toujours campée devant Xeuark, insistait sur la nécessité d'exécuter le Covenant, et d'imposer partout le système presbytérien. Sir Harry Vane, d'un autre côté, luttait pour décider le Parlement' à se montrer moins rigide, et à admettre dans son sein deux cent trente nouveaux membres, qui rempliraient les' sièges laissés vacants par les défections royalistes, et parmi lesquels on comptait des hommes comme Ireton et Algernon Sidney, qui inclinaient du côté des indépendants. L'attitude de

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