CHARLES 1" ET LES P RE S B Y TÉ RIE \ S
la nouvelle armée et les remontrances de son représentant Cronnvell empêchèrent tout retour sérieux au système de persécution.
Charles I", malgré ses malheurs et la ruine de ses espérances, continuait à intriguer avec les deux partis, et promettait à Vane et aux indépendants la liberté de conscience, tout en négociant avec les presbytériens d'Ecosse pour trouver refuge au milieu d'eux. La marche de Fairfax sur Oxford hâta les négociations. Chassé de son dernier refuge, le Roi, après avoir erré quelque temps au hasard, parut tout à coup dans le camp écossais. Lord Leven se replia immédiatement sur Xewcastle avec sa royale capture (mai 1G46). Le parti de la liberté religieuse semblait bien compromis. En butte, comme l'étaient les indépendants, à la haine des Écossais, des lords et des bourgeois de Londres, l'apparente alliance de Charles avec leurs ennemis ruinait toutes leurs es|)crances, car la perspective d'une paix prochaine entre Charles et les presbytériens avait imn^édiatement grossi le nombre de leurs adversaires dans la Chambredes communes. Le Parlement présenta au Roi ses conditions de paix sans admettre un instant qu'un homme, réduit pour ainsi diie à merci, pût résister à ses demandes. Il réclamait la direction de l'armée et de la flotte pendant vingt ans, l'interdiction de tous les emplois civils et militaires aux malignants ou royalistes ayant pris part à la guerre, l'abolition de l'épiscopat, et l'établissement de l'Eglise presbytérienne. Pas un mot sur les questions de tolérance et de liberté de conscience.
Les Ecossais pressèrent le Roi, avec larmes, d'accepter ces conditions; ses amis et la Reine elle-même se joignirent à leurs prières. Mais Charles ne cherchait qu'à gagner du temps ; il espérait que les dissensions intestines de ses ennemis serviraient sa cause. « Je n'ai pas perdu l'espoir n , écrivait-il froidement, " de décider les presbytériens ou les indépendants à se mettre avec moi pour détruire leurs adversaires, et de redevenir vraiment roi. r, Son refus d'accepter les conditions proposées par les Chambres était un échec pour les presbytériens. '■ Que deviendrons-nous, maintenant que le Roi a rejeté nos offres? ^^ demanda l'un d'entre eux. — « Que serions-nous devenus s'il les avait acceptées? " répliqua un indépendant. Grâce à l'énergie de Holles et des chefs du parti conservateur, on tenta un suprême effort ; tant que l'armée écossaise resr tait campée à Newcastle, le Parlement ne pouvait songer à licencier la sienne; si, au contraire, elle évacuait l'Angleterre et livrait aux Chambres la personne du Roi, celles-ci pouvaient s'affranchir de toute pression extérieure en licenciant la nouvelle armée. Désespérant de se mettre d'accord avec le Roi, et comprenant qu'il était impossible d'emmener en Ecosse un souverain que l'Assemblée générale se refusait de reconnaître parce qu'il n'acceptait pas le Covenant, Tarmée écossaise livra Charles I" pour 400,000 livres, aux commissaires du Parlement; puis elle repassa la frontière.
116 L'ARMÉE ET LE PAllLEMEXT (1646-1649).
Une fuis maîtres du Hoi (janvier 1647), les presbytériens commencèrent leur attaque contre les dissidents. Ils votèrent la dissolution de l'armée existante et la levée d'une armée nouvelle pour écraser la révolte irlandaise, qui ne devait avoir, comme officiers, que de rigides presbytériens. Des soldats protestèrent, ne voulant pas, disaient-ils, être séparés « de chefs qu'ils aimaient » ; le conseil des officiers essaya de gagner du temps en menaçant le Parlement d'une mutinerie militaire, mais ce fut en vain. Holles et ses amis tinrent bon, et leur conduite vis-à-vis de leurs advei"saires religieux montra le but auquel ils tendaient. Comme il était impossible d'exiger cette unité de croyance tant que l'armée de Cromuell existait encore, le Parlement se bâta de poursuivre son œuvre pour que tout fut réorganisé au moment du licenciement de l'armée. Des votes successifs établirent dans tout le pays le système presbytérien; l'organisation presbytérienne à Londres, et la première réunion du synode à Saint-Paul, furent les premiers résultats visibles de ces nouvelles mesures. Les officiers de Fuirfax reçurent même l'ordre de signer le Covenant.
L'armée et le Parlement. — Tout dépendait du licenciement de l'armée, et l'armée ne paraissait nullement disposée à se dissoudre. On ne peut juger sa conduite avec équité qu'en se rappelant ce qu'étaient les vainqueurs de Naseby; soldats sortis de tous les rangs de la société et animés d'un esprit tout différent de celui des armées qu'on avait vues jusqu'alors, ils étaient presque tous de jeunes fermiers ou de petits commerçants, vivant sur leur pécule, leur paye se trouvant de douze mois en arrière. Tous ces hommes religieux et honnêtes, et choisis comme tels, avaient su, malgré leur ardeur fanatique, commander le respect, même à leurs ennemis, par leur piété et leur discipline. Aussi ne se considéraient-ils pas comme de vulgaires soudards, que l'on peut prendre et rejeter selon le caprice de celui qui les paye, mais comme des hommes qui avaient abandonné fermes et négoce pour obéir à la voix même de Dieu. Une grande œuvre leur avait été donnée à accomplir, et ils ne voulaient pas se séparer qu'elle n'eût été exécutée. Charles l" espérait que le respect des Anglais pour la royauté lui permettrait de rétablir la tyrannie. Un danger plus imminent encore menaçait cette liberté de conscience, qui était l'origine même de la lutte pour laquelle " leurs amis étaient morts et eux-mêmes avaient si souvent donné leur propre sang r, • aussi ne voulaient-ils se disperser qu'après avoir assuré à leurs coreligionnaires la jouissance de ces libertés ; s'il le fallait, ils sauraient combattre encore pour les conquérir. Cette résolution ne venait pas d'une confiance exagérée dans le pouvoir de la force brutale; au contraire, ils ne cessaient de représenter avec chaleur aux Communes u qu'en devenant soldats, ils n'avaient pas renoncé pour cela à leurs droits de citoyens » . Et, comme tout bon citoyen, ils ne désiraient qu'une chose, une fois leur mission remplie, rentrer paisiblement dans leurs foyers.
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L'entière liberté de penser et de discuter avait transformé l'armée en un vaste Parlement qui se considérait comme représentant « les hommes pieux au même titre (|ue le Parlement de Westminster, et qui devenait de plus en plus conscient de sa supériorité sur son rival dans les questions politiques ». Ireton, l'àme même de la nouvelle armée, n'avait dans les Chambres aucun rival qui pût lui être comparé comme homme d'P^tat, et les vues larges et profondes des chefs de l'armée contrastaient étrangement avec la politique étroite et aveugle des parlementaires. Quoi que nous puissions penser des moyens employés par l'armée pour atteindre son but, il est nécessaire de se rappeler que ce but était juste. Pendant les deux siècles précédents, tous les efforts de l'Angleterre avaient tendu à réaliser, lentement et timidement, les réformes politiques et religieuses que l'armée exigeait à la Gn de la guerre civile.
Elle ne se décida à agir qu'après le rejet des propositions des officiers; mais son action fut énergique et rapide. Ce ne fut pas le conseil des offlciers qui fut investi des fonctions politiques ; on élut pour cela un ^ Conseil A\tdjuteuvs ou assistants r, (chaque régiment ayant droit à deux représentants), qui convoqua une assemblée générale de l'armée à Triploe Heath, oîi l'on ne répondit aux propositions du Parlement qui voulait payer les soldats et les licencier que par les cris de : « Justice, justice! - Pendant cette réunion générale de l'armée, les adjuteurs avaient pris une résolution qui rendait désormais toute soumission impossible. Le bruit avait couru que le Roi allait être conduit à Londres, que Ton allait lever une nouvelle armée, et qu'une nouvelle guerre civile était imminente. Ces nouvelles excitèrent une indignation indescriptible parmi les soldats; cinq cents d'entre eux paraissent tout à coup devant Holmby House où résidait le Roi, sous la surveillance de commissaires du Parlement, et changent la garde (janvier 1647) : " Oîi est le mandat qui vous autorise à en agir ainsi? ;; demanda Charles au sous-lieutenant qui les commandait, — « Derrière moi i; , dit Joyce en indiquant ses soldats. — «Il est écrit en caractères excellents et très-clairs i^ , repartit le Roi en riant. Ces mesures avaient été en réalité arrangées à l'avance entre lui et les adjuteurs. « Je suis prêt à partir « , dit-il à Joyce, " si les soldats confirment tout ce que vous m'avez promis, et si vous n'exigez rien de moi qui blesse mon honneur et ma conscience. » — « iVous n'avons pas l'habitude de violenter la conscience de qui que ce soit « , repartit le sous-lieutenant, c^ et encore moins celle de notre roi. r.
Le premier moment de terreur passé, le Parlement se retourna avec colère contre Cromwell, qui avait abandonné son commandement et l'armée avant la fin de la guerre, et s'était depuis lors employé comme médiateur entre les deux partis. Il prouva par ses énergiques protestations qu'il n'était pour rien dans la mutinerie, mais il fut obligé de se réfugier dans l'armée, et trois jours après il marchait sur Londres. Une Humble
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Pétition, où étaient très-clairement exposées les réclamations des soldats, fut adressée aux Chambres : « Nous désirons r , disaient les signataires, u l'établissement de la paix dans le royaume et la garantie de nos libertés, conformément aux votes et déclarations du Parlement. Nous ne désirons aucun changement dans la direction des affaires civiles, ni ne voulons nous mêler en rien de l'organisation de l'Église presbytérienne, n Ils demandaient la tolérance. « mais non la licence, sous prétexte de ne pas effaroucher les consciences timorées; nous déclarons », ajoutait la Pétition, « qu'en ces choses-là, lorsque l'Ktat a décidé, nous n'avons rien à faire qu'à courber la tête et à nous soumettre « . Pour obtenir ces concessions, l'armée exigeait l'expulsion de onze membres de la Chambre des communes, Holles en tête, que les soldats accusaient de jeter la mésintelligence entre l'armée et le Pailcment, avec l'idée de recommencer la guerre civile. Après des négociations infructueuses, les habitants de Londres effrayés obligèrent les onze à se retirer, et les deux Chambres nommèrent des commissaires chargés d'examiner les propositions de l'armée.
L'armée et le Roi. — Bien que Fairfax et Cromwell eussent été forcés de renoncer à leurs rôles de médiateurs entre les deux partis et de se tourner franchement du côté de l'armée, la direction des affaires politiques était en ce moment entre les mains du gendre de Cromwell, Henry Ireton, qui attendait le triomphe de sa cause, non du Parlement, mais du Roi : " Il doit y avoir quelque différence- , disait-il brusquement, - entre vainqueurs et vaincus " ; mais les conditions qu'il offrait à Charles I"" étaient aussi douces que possible. On n'y retrouvait rien de l'esprit vindicatif dont le Parlement avait fait preuve envers les royalistes et l'Eglise. L'armée se contentait de solliciter le bannissement des sept principaux « délinquants " (tous les autres devaient être compris dans une amnistie générale), l'abrogation de tout privilège judiciaire pour le clergé, et, pour le Parlement, le contrôle pendant dix ans sur toutes les forces navales et militaires, ainsi que le droit de nommer les grands offlciers de l'Ktat. A ces demandes s'ajoutait l'admirable et vaste plan de réformes qui avait déjà été esquissé dans V Humble Pétition, présentée au Parlement lors de la marche de Cromwell sur Londres : complète liberté de croyances et de culte, abrogation des actes imposant le Prayer Book, assiduité aux offices, acceptation du Covenant. Les papistes mêmes, quelles que pussent être les contraintes auxquelles ils resteraient soumis, ne seraient plus astreints à aucune pratique religieuse; les Parlements devaient être triennaux; la répartition des sièges et le système des élections par la Chambre des communes seraient rendus plus équitables; les impôts seraient revisés, la procédure simplifiée; une foule de privilèges politiques, commerciaux et judiciaires supprimés.
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Ireton croyait c: qu'avec des ménagements » , nous dit madame Hutcbinson, « on pourrait fléchir l'indomptable volonté de Charles I" et le laire accéder aux réformes nécessaires pour le bien de ses sujets « . Mais Charles restait sourd à toute tentative de conciliation et ne pouvait comprendre la modération et la haute sagesse de ce grand Acte de Consiitulion. Il ne vit dans cette crise qu'une occasion de faire échec auxdeux partis, en les opposant l'un à l'autre, et se persuadait que l'armée avaitpliis besoin delui que lui de l'armée : u Vous ne pouvez rien faire sans moi; vous êtes perdus si je ne vous soutiens pas ^ , disait-il à Ireton qui le pressait d'accepter ses propositions, u Vous voulez être arbitre entre nous et le Parlement» .répliquait Ireton avec calme, " et nous, nous voulons jouer le même rôle entre le Parlement et Votre Majesté. ^ Un soulèvement delà populace de Londres, qui envahit la salle des séances à VVesniinster et obligea de rappeler les onze, vint bientôt expliquer l'arrogance du Roi. Tandis que quatorze pairs et cent membres de la Chambre des communes fuyaient pour rejoindre l'armée, les députés restés à leur poste se préparèrent à une lutte énergique et invitèrent Charles à rentrer à Londres. Mais l'armée marcha de nouveau sur la capitale. « Dans douze jours » , disait froidement Cromwell, " la ville sera dans nos mains. >' Les soldats entrèrent à Londres en triomphe, rétablirent les membres fugitifs, chassèrent de nouveau les onze membres proscrits, et leurs chefs rouvrirent des négociations avec le Roi. Les intrigues et les lenteurs de Charles I" indignaient les soldats et rendaient tout accommodement plus difficile d'heure en heure. Mais Cromwell, qui s'était ouvertement prononcé en faveur d'Ircton, s'attachait avec une singulière ténacité cà l'idée d'un accommodement; conservateur par tradition et surtout très-pratique par nature, il voyait d'avance les difflcultés que ferait surgir l'abolition de la royauté, et il persistait à négocier avec Charles, malgré sa mauvaise foi.
Cromwell était presque seul de son avis; le Parlement avait refusé de prendre les propositions d'ireton pour base de la paix ; Charles cherchait toujours des faux-fuyants, et dans l'armée l'agitation et la méfiance allaient grandissant. On réclamait une réforme plus radicale : l'abolition de la Chambre des pairs, par exemple, et la convocation d'une nouvelle Chambre des communes; les adjuteurs allèrent même jusqu'à agiter, en plein conseil des officiers, l'idée de la suppression delà royauté. Cromuell n'était jamais plus intrépide que lorsqu'il avait à braver une tempête; il interdit la discussion, ajourna le conseil et renvoya les officiers dans leurs régiments respectifs. Mais la situation était trop tendue pour durer longtemps encore, et Charles persistait cà jouer double jeu; au moment où Cromwell et Ireton risquaient leur vie pour lui, il dirigeait d'autres négociations aussi illusoires avec le Parlement, fomentant des désordres à Londres, préparant une nouvelle insurrection royaliste et une invasion des Écossais en sa faveur (mai 1647). i^ Les deux nations vont bientôt
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être aux prises » , écrivait-il joyeusement. Une seule chose manquait au succès de ses entreprises, il fallait qu'il fût libre. Au moment où Cromwell espérait arriver à ses fins, il s'aperçut avec stupeur qu'il avait été joué, et que le Roi avait pris la fuite.
La seconde guerre civile. — Cette fuite excita l'armée jusqu'à la fureur, et sans l'énergie de Cromuell il y aurait eu à Ware une insurrection n;ilitaire. Alais C'onniell ne pouvait plus désormais calmer les esprits; la perfidie du Roi avait causé un mal sans remède. « Le Roi » , disait-il, ^^ est un homme d'une haute intelligence et d'une rare habileté, mais sa fausseté et sa dissimulation sont telles qu'il est impossible de compter sur lui. n Par une étrange aberration, Charles I" se réfugia dans l'ile de IVight, oii il espérait probablement se concilier la sympathie du colonel Hammond, gouverneur de Carisbrook Castle, et où il se trouva, au contraire, de nouveau prisonnier. Déçu dans son projet de prendre en main la direction delà nouvelle guerre civile, il se mit à l'organiser, de sa prison ; et, tout en ouvrant de nouvelles et illusoires négociations avec le Parlement, il signait un traité secret avec les Ecossais pour les engager à envahir l'Angleterre. Les progrès de la secte des indépendants et la suspension du Covenant avaient produit une violente réaction au nord de la Tweed. Les nobles se rallièrent autour du duc de Hamilton et dirigèrent les élections contre Argyle et les partisans du Parlement; sur la promesse du Roi de rétablir le presbytérianisme en Angleterre, ils ordonnèrent de lever une armée pour soutenir sa cause. En Angleterre, le parti conservateur et plusieurs des chefs les plus marquants du Long Parlement se rapprochaient de Charles par horreur des bouleversements politiques et religieux qui semblaient menacer. Les nouvelles d'Ecosse donnèrent le signal de terribles insurrections dans plusieurs comtés. Londres ne put être contenu que par la force armée; d'anciens fonctionnaires du Parlement déployèrent l'étendard royal dans le sud du pays de Galles et surprirent Pembroke; la prise de Berivick et de Carlisle ouvrit le chemin à l'invasion écossaise. Les comtés de Kent, d'Essex et de Hertford se soulevèrent à leur tour; la flotte qui se trouvait aux Doans envoya ses officiers à terre, hissa l'étendard du Roi et bloqua la Tamise.
« L'heure est venue pour le Parlement '• , s'écria Cromuell, « de sauver le royaume et jle gouverner seul. « Mais le Parlement se montrait tout disposé à profiter de la crise pour témoigner de son attachement à la personne royale, à renouer les négociations rompues et à donner un coup fatal à la liberté religieuse. Les presbytériens revinrent en masse prendre part aux délibérations, et V Ordonnance pour la répression des blasphèmes et hérésies, que Vane et Cromuell avaient réussi pendant longtemps à écarter, passa à une très-forte majorité. " Tout homme ^ , dit la terrible loi, « qui nie la doctrine de la Trinité, la divinité du Christ ou l'inspiration
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des Ecrilures, la résurrection des corps et le jugement dernier, et qui refuse d'abjurer ses hérésies devant un tribunal, sera condamné à mort. Seront passibles de la prison tous ceux qui refusent de croire que l'homme est libre de donner son cœur à Dieu, qui admettent le purgatoire, le culte des images, et repoussent le baptême des enfants, qui négligent d'observer le jour du Seigneur et affirment que l'organisation presbytérienne est condamnable et antichrétienue. » Et nous ne citons là qu'une partie des hérésies visées par cette ordonnance. 11 était évident que le parti presbytérien comptait sur le succès du Roi pour reprendre sa politique étroite et tyrannique en matière religieuse, et que si Charles avait été libre ou l'armée de Cromuell dispersée, ces espérances se seraient probablement réalisées. Mais Charles, tout désireux qu'il fût de s'évader, était toujours sous bonne garde à Carisbrook, et l'armée tenait tète courageusement aux dangers qui la menaçaient de toutes parts. Ce renouvellement perfide des hostilités, au moment où tout annonçait un apaisement dans les esprits, effaça, chez Cromwell, Fairfax et la majorité des officiers de l'armée, tout désir de réconciliation avec le Roi. Chefs et soldats semblaient animés d'une même résolution. A la veille de se mettre en marche, ils s'assemblèrent en une solennelle réunion de prières et reconnurent comme leur devoir, dans le cas oià le Seigneur leur accorderait la victoire, de citer Charles Stuart, cet homme sanguinaire, devant un tribunal, pour rendre compte du sang versé par lui et du mal qu'il avait fait au peuple et à la cause de Dieu.
En peu de jours, Fairfax avait écrasé l'insurrection du comté de Kent, enfermé les rebelles des comtés de l'Est dans les murs de Colchester, tandis que Cromuell poursuivait les Gallois jusque dans ceux de Pembroke. Les deux villes résistèrent longtemps avec énergie; et, bien qu'un soulèvement royaliste, organisé par lord Hollandprès de Londres, eût été facilement réprimé par les troupes, il ne restait plus de forces suffisantes pour s'opposer aux Ecossais, qui, franchissant la frontière au nombre de vingt mille hommes, se répandaient comme un torrent dans le nord de l'Angleterre. Heureusement, la capitulation de Pembroke vint, à cet instant critique, rendre la liberté à Cronnvell. S'avançant rapidement vers le nord, il appela à lui les troupes de Lambert, occupé à harceler les flancs de l'armée écossaise; el, passant les collines du Yorkshire, il pénétra dans la vallée de la Ribble. Le duc de Hamilton, avec trois mille hommes de renfort, s'était avancé jusqu'à Preston ; Cromwell lança son armée, forte de dix mille hommes, sur les troupes disséminées de l'armée royale, attaqua les Ecossais comme ils se retiraient derrière la Ribble, passa la rivière avec eux, tailla en pièces leur arrièregarde à U'igan, força le défilé de Warrington, où l'ennemi avait tenté désespérément une dernière résistance, et obligea leur infanterie à se rendre, tandis que Lambert dispersait la cavalerie d'Hamilton (17 août 1648).
Enivrés de leur victoire, les soldats de Croniwell franchirent la frontière et pénétrèrent jusqu'en Ayrshire, où les paysans se soulevèrent en leur faveur. Marchant sur Edimbourg, ils dispersèrent les royalistes et rétablirent le duc d'Argyle'.
La mort du Roi. — - Argyle salua Cronnvell comme un libérateur; mais le général victorieux était à peine entré dans Edimbourg qu'il fut rappelé à Londres par des nouvelles inquiétantes. Le Parlement, comme nous l'avons vu, avait accueilli l'insurrection royaliste dans un tout autre esprit que l'armée ; il avait rappelé tous les députés exilés et voté le décret d'hérésie. Au moment de la victoire de Preston, les lords discutaient une accusation de haute trahison contre Cromuell, tandis qu'on expédiait des commissaires à l'ile de VVight, malgré l'opposition des indépendants, pour traiter avec le Roi ; royalistes et presbytériens s'entendaient pour supplier Charles d'accepter les conditions très-modérées qui lui étaient offertes. Mais le Roi, déçu dans ses espérances en Ecosse, s'imaginait maintenant recevoir bientôt des secours de l'Irlande, et quarante jours se passèrent en misérables chicanes. « Rien n , écrivait Charles I" à ses amis, « rien n'est changé dans mes plans. « La capitulation de Colchester et le traité d'alliance avec Argyle rendirent à l'armée sa liberté d'action, et l'on vit affluer au Parlement des suppliques des différents régiments, demandant avec instance la « mise en accusation du Roi r, . Le conseil des ofGciers réclamait à nouveau la dissolution du Parlement, la réforme électorale, la reconnaissance de la souveraineté des représentants du peuple, sans veto suspensif pour le chef de lEtat, la transformation de la royauté en un office électif dont le titulaire serait nommé par les Chambres ; il insista enfin u pour que le grand et principal auteur des troubles intérieurs, par l'ordre et dans l'intérêt de qui ont éclaté toutes les insurrections et guerres civiles, accompagnées de si horribles misères, fût cité à comparaître en justice pour être puni de sa trahison, du sang versé par son ordre et de tous ses méfaits '■ . Le Parlement répondit en acceptant les concessions du Roi, quelque insuffisantes qu'elles fussent, comme base de réconciliation.
Un pareil procédé était un défi à l'armée; aussi Charles fut-il enlevé par un corps de cavalerie et emmené à Hurst Castle, pendant qu'une lettre de Fairfax annonçait lamarche de son armée sur Londres. «IVousallons voir» , dit Vane en plaçant ses troupes autour du Parlement, « qui est pour le Roi et qui est pour le peuple. i Mais le dévouement à la personne du souverain l'emporta encore sur la terreur de l'armée, et la Chanibre vota le traité
' Ce soulèvement des paysans de l'Ecosse occidentale reçut ie nom de Whiggamore raid. C'est la première fois qu'on-voit apparaître le ferme Whig, peut-être synonyme de IVheij, qui aurait servi à qualifier les figures, couleur de lait tourné, des fanatiques de l'Ayrshire.