LE PARLEMENT DE 1(357. U
uell le titre de roi; ce n'était ni flatterie vulgaire, ni respect exagéré de la tradition; l'expérience de ces dernières années avait appris à la nation la valeur des formes traditionnelles qui avaient permis le libre développement de ses libertés ; le Roi était soumis à des précédents constitutionnels. La prérogative royale, faisait-on remarquer, est soumise aux cours de justice et à des limites déOnies, aussi bien que tout arpent de terre ou toute piopriété. Un Protecteur, au contraire, était tout nouveau dans l'histoire d'Angleterre, et il n'existait aucun moyen légal pour limiter sa puissance : voilà pourquoi le Parlement insistait tant pour que Cromwell acceptât le titre et la position de roi. « C'était, disait Glynne, le seul pouvoir légal par nature, connu par la nation, Oxe par lui-même, déterminé et réglé par la loi. » En réalité, sous ce nom de monarchie, il s'agissait desavoir qui l'emporterait du parti des officiers ou de celui des légistes de la Chambre des communes dans celte lutte pour le rétablissement de l'ordre légal et du gouvernement constitutionnel. La proposition fut votée à une immense majorité (1657); mais un mois se passa en consultations sans fin entre le Parlement et le Protecteur. Son bon sens, sa connaissance du sentiment national, son réel désir d'obtenir un arrangement qui garantirait la liberté politique et religieuse pour laquelle les puritains avaient tant combattu, se faisaient jour dans ces conférences, à travers les flots troubles de son éloquence. Cromwell se préoccupait surtout de l'armée. Pour lui, ses soldats n'étaient pas de vulgaires soudards, " c'étaient des hommes pieux, inaccessibles aux tentations de la chair et de l'esprit du monde, et se gardant purs de toute souillure » , des hommes enfin udont laioixlui semblait celle même de Dieu. Ils sont honnêtes et fidèles « , alléguait-il, et sincèrement attachés aux grands principes du gouvernement. Bien qu'ils ne méritent pas d'être loués pour refuser de se soumettre aux décrets du Parlement, je crois devoir vous demander de ne pas leur imposer des choses trop difficiles à accepter, et je doute que Dieu bénisse des entreprises qui pourraient à bon droit les affliger » . L'armée dévoila bientôt ses sentiments; ses chefs, Lambert, Fleetwood et Desborough en tête, remirent leurs commandements entre les mains de Cromwell. Une pétition des officiers au Parlement demandait qu'on retirât la proposition du rétablissement de la monarchie « au nom de la vieille cause pour laquelle ils avaient versé leur sang " . Le Protecteur prévint aussitôt toiite discussion sur ce sujet, qui eût amené une rupture entre l'armée et les Communes, en refusant la couronne. « Je ne peux pas », répondit-il, « prendre sur moi le fardeau du gouvernement avec ce titre de roi ; c'est tout ce que je puis dire sur cette grande et importante question, n
Déçu dans ses espérances, le Parlement se décida avec une remarquable sagesse à changer de tactique pour arriver à ses fins ; il avait joint à l'offre de la couronne la condition que le nouveau roi se soumettrait à la constitu-
tion, qui était une réédition un peu modifiée de V Instrument adopté par la Chambre de 1654, et que Cromuell avait accepté avec empressement. « Ce décret du gouvernement « , avouait-il, -^ protège les libertés du peuple de Dieu comme elles n'ont jamais été protégées auparavant. « Cette ordonnance prit force de loi, et l'on se contenta de substituer le titre de Protecteur à celui de roi. Cromwell fut solennellement investi par la Chambre de ses nouveaux pouvoirs; c'était de sa part un aveu implicite de son usurpation. Le président le revêtit, au nom de la Chambre des communes, du manteau d'Etat, plaça le sceptre dans ses mains et le ceignit de l'épée de justice. Par cette nouvelle constitution, Cromuell se trouvait autorisé à désigner lui-même son successeur-, mais cette fonction de Pjotecteur devait être plus tard purement élective. En dehors de ces points particuliers, l'ancienm^ constitution fut entièrement rétablie. Le Parlement se composa de nouveau de deux Chambres ; les soixante-dix membres de Vautre Chambre devaient être nommés par le Protecteur. Les Communes reprirent leur ancien droit déjuger seules de la capacité et des titres des nouveaux élus; le Parlement établit aussi quelques restrictions au choix des membres du conseil, des fonctionnaires et des officiers de l'armée. On assigna une liste civile au Protecteur, et il fut décidé qu'on ne lèverait aucun impôt sans l'aveu du Parlement. La liberté religieuse se trouva dès lors assurée à toutes les sectes, sauf aux papistes, épiscopaux, sociniens, et à ceux qui niaient l'inspiration des Ecritures ; mais tout le monde était admis à jouir de la liberté de conscience.
La mort de Cromwell (3 septembre 1658). — Les membres exclus furent admis de nouveau au Parlement lorsqu'il se réunit après avoir été ajourné pendant six mois. L'imprudence commise par Cromwell, en donnant aux membres de 1' « autre Chambre n le nom de lorJs, amena une violente querelle que Haselrig eut soin d'attiser par tous les moyens possibles. Tandis que les Chambres ne s'occupaient que de leurs disputes, la main de la mort s'abattit brusquement sur le Protecteur. Il était depuis longtemps fatigué de sa tâche : " Dieu m'est témoin r , s'écria-t-il un jour, en plein Parlement, « que j'aurais mieux aimé vivre paisiblement à l'ombre de mes bois et garder mes moutons que de me charger de gouverner ce pays, n Maintenant, l'extrême faiblesse et la fiévreuse impatience que lui causait la maladie s'ajoutaient à la fatigue du pouvoir. Bien qu'il eût toujours montré de la vigueur et de l'énergie, sa santé était loin de répondre à. sa volonté ; accablé souvent par des fièvres intermittentes pendant ses campagnes d'Ecosse et d'Irlande, il en avait souffert, l'année précédente, à plusieurs reprises : " J'ai quelques infirmités " , disait-il dans son discours d'ouverture du Parlement. Son irritabilité maladive ne faisait que croître en présence du danger public; le subside n'avait pas été voté, et la paye de l'armée était très-arriérée. Ajoutez à cela les préoccupations que lui