LA GUERRE AVEC LA HOLLANDE
nouvelle d'imagination les Anglais avaient puisée dans la lecture attentive de la Bible. L'anglais de Bunyan est le plus simple et le plus familier dont se soit jamais servi un grand écrivain ; mais c'est l'anglais de la Bible. Les images du Voyage du pèlervi rappellent celles des prophètes et des évangélistes ; on y retrouve jusqu'au tour poétique du Cantique des caniiques, et c'est à V Apocalypse qu'est empruntée la description dQ la Cité céleste. Mais Bunyan s'était si bien assimilé la Bible tout entière, que sa langue était devenue l'expression naturelle de ses pensées ; il avait vécu avec la Bible et au milieu des visions et des voix célestes jusqu'à perdre le sens de la réalité. Son récit est si naturel, ses allégories sont si vivantes, que le bouclier de l'Abattement et le château du Doute sont pour nous aussi réels que les lieux qui nous sont le plus familiers, et que nous connaissons M. Légalité et M. Sage-Mondain comme si nous les avions rencontrés dans la rue. Cette merveilleuse puissance de création est, sans contredit, la qualité maîtresse du talent de Bunyan, mais il en possède bien d'autres encore. Ne trouve-t-on pas chez lui l'élévation avec la clarté de la pensée, une grâce naturelle, une merveilleuse souplesse à passer sans effort du dialogue au récit dramatique, d'une touchante simplicité à une éloquence entraînante? N'y admire-t-on pas une imagination Gne et délicate qui colore les passages les plus naïfs, une humeur enjouée, une rare puissance dans la peinture des caractères, un art merveilleux à passer d'un tableau à un autre, par exemple de la vallée de l'Ombre de la mort au pays a où les Bienheureux se promènent d'ordinaire, parce qu'ils sont sur les confins du Ciel r, ; une souriante bonhomie exempte d'amertume, tout ce qui fait enfin du Voyage du pèlerin un des plus beaux poèmes anglais? Si c'est le puritanisme qui a découvert la poésie qu'éveille dans les âmes les plus simples le contact avec le monde spirituel, c'est Bunyan qui, le premier, a révélé cette poésie à l'univers. Le voyage du chrétien de la Cité de destruction jusqu'à la Cité céleste est simplement le récit de la vie d'un puritain comme Bunyan, vue à travers le voile d'un idéalisme spiritualiste qui en rehausse et en embellit les incidents les plus ordinaires. C'est lui-même, ce pèlerin qui fuit la Cité de destruction, gravit la colline de la Difficulté, contemple Appolyon face à face, aperçoit ses biçnaimés traverser le fleuve de Mort pour se rendre à la Cité céleste ; « la montagne sur laquelle la Cité était construite était au-dessus des nuages ; ils montaient donc par la région de l'air, causant agréablement tout le long de la route y> .
La guerre avec la Hallande. — La popularité dont jouit le Voyage du pèlerin prouve que les sympathies religieuses du peuple anglais étaient encore profondément puritaines. Dix éditions avaient déjà été enlevées avant la mort de Bunyan (1688), et bien que Couper osât à peine le citer, de peur d'exciter les railleries du monde élégant, sa popularité a été