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CHAPITRE

CHARLES II '

Charles II (1667-1673). — Le bruit des canons hollandais, tonnant dans la Tamise et la Medaay, réveilla l'Angleterre et lui donna le sentiment amer de sa dégradation. Le rêve des loyalistes s'était évanoui. « Tout le monde aujourd'hui " , nous dit Pepys, « pense à Ollivier et se rappelle sa bravoure et la terreur qu'il inspirait aux princes ses voisins. » Le successeur de Cromwell assistait avec indifférence à l'humiliation de ses sujets irrités, es])érant en tirer un profit |)ersonnel. Pour (îharles II, l'abaissement de l'Angleterre n'était qu'un coup prévu dans la partie politique qu'il jouait, combinée avec tant d'adresse et de discrétion qu'il a réussi à tromper non-seulement ses contemporains les plus sagaccs, mais aussi les premiers historiens de notre temps. Le peuple ne voyait en lui qu'un gentilhomme au teint brun, de figure agréable, passant son temps à jouer avec ses épagneuls et à s'amuser à faire la caricature de ses ministres, ou bien encore à jeter des gâteaux aux oiseaux aquatiques de son parc. Charles était en apparence le plus grand désœuvré de son royaume. « Il se laissait aller » , disait un de ses courtisans, «au délicieux plaisir de la flânerie. » — -LeRoi - , nous dit de son côté le pratique Pepys, 'dépensait

' Sources : A Burnet, Kennelt, et autres autorités mentionnées précédemment^ nous ajouterons les Mémoires et les lettres de sir William Temple, ainsi que le fameux Essai de MacauUnj sur cet homme d'Eiat, les Voyages et Mémoires de Reresby et les OEurres d'André Marrell. Les Mémoires du comte de Grammont, par Antoine Hamillon,nous offrent un tableau spirituel et amusant de la vie du comte et de celle de Charles II lui-même. Lingard prend beaucoup d'importance pour cette époque et pour la suivante, grâce aux documents originaux qu'il a eus à sa disposition. 11 fait un exposé clair et impartial des événements, au point de vue catholique. Consulter aussi le récit de Jacques II lui-même, dans les Papiers d'Etat, de Macpherson; c'est Ualrympie, dans ses Mémoires de Grande-Bretagne et d'Irlande, qui a découvert le premier le secret des négociations avec la France; mais tous les travaux antérieurs ont été dépassés par les Négociations relatives ci la sUccession d'Espagne (Paris, 18^5), de Mignet, indispensables pour avoir une connaissance approfondie de cette seconde moitié du dix-septième siècle. Consulter, pour l'état des mœurs à la cour de Charles II, le livre de H. Forneron sur Louise de Kéroualle.

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qu'à s'amuser, et détestait la seule pensée d'un travail régulier.» Aussi le Roi se mit-il à rire, lorsque Tom Killigrevv lui déclara avec une rude franchise que la seule personne capable déporter remède aux dangers du temps présent était un certain Charles Stuart, qui ne pense qu'à jouer des lèvres dans sa cour et n'a pas d'autre occupation. Charles II était doué, comme on sait, de grandes qualités naturelles; à l'heure du péril, il avait montré un sang-froid et une présenced'esprit qui ne lui firent jamais défaut pendant tout son règne, même dans les plus violents jours de crise. D'un iiaturcl sociable et charmant, ses manières étaient celles d'un parfait gentilhomme ; il y avait dans toute sa personne une courtoisie et un aimable abandon qui lui gagnaient le cœur de tous ceux qui l'approchaient. Ses études classiques avaient été très-imparfaites; c'est à peine s'il pouvait déchiffrer un livre latin élémentaire; mais son goût pour la chin)ie et l'anatomie, l'intérêt qu'il témoigna pour les recherches de la Sociêlé royale, montrent qu'il avait l'esprit vif et ouvert. Comme plus tard Pierre le Grand, il aimait surtout l'architecture navale et se vantait d'être un très-habile con.structeur de vaisseaux. Il se piquait d'aimer l'art, la poésie et surtout la musique; mais c'était surtout conmie causeur qu'il déployait sa vivacité et son (esprit. Il se plaisait à conter des anecdotes, et savait y mettre de la grâce et de la bonne humeur. Cette gaieté ne l'abandonna jamais; même sur son lit de mort, il se tourna, dit-on, vers les courtisans qui l'entouraient en pleurant, et s'excusa d'une voix presque éteinte « d'être si long à mourir » . Il tenait tête à tous les beaux esprits de sa cour, et faisait assaut de reparties avec Sedley et Buckingham ; Rochester lui-même, dans la plus sanglante de ses épigrammes, est forcé de reconnaître que Charles n'avait « jamais dit une sottise » . Plein de saillies originales comme son grand-père, Charles, par son ironie cynique, savait leur donner un tour amusant. Lorsque son frère, très-impopulaire en Angleterre, l'avertit solennellement des complots tramés contre sa vie, Charles ne fit qu'en rire : « Sois tranquille, Jacques, ils ne me tueront jamais pour te faire roi. "

Tous ces dons brillants, ce courage, cet esprit et ces talents étaient rendus inutiles par son indolence. Il ne montrait aucune ambition, il n'était passionné que pour les plaisirs des sens, et sa dépravation scandalisait les plus dépravés de ses courtisans. Les maîtresses succédaient aux maîtresses, et l'on prodiguait les titres et les biens à une foule de femmes perdues pour glorifier leur déshonneur. Les bâtards royaux venaient prendre place dans les rangs de la noblesse anglaise ; la maison ducale de Grafton, par exemple, a pour ancêtre un fils adultérin du Roi et de Barbara Palmer, qu'il avait créée duchesse de Cleveland ; les ducs de Saint- Albans descendent de Xelly Gwynn, actrice et courtisane; Louise de Kéroualle, envoyée par la cour de France pour gagner le Roi à ses intérêts, devint duchesse de Portsmouth et aïeule de la maison de Richmond;

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