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LA POLITIQUE DU ROI. 19T

déjà interdit à rassemblée générale de se réunir, on supprima les conseils presbytéraux et les synodes ; les évêques reprirent leur suprématie spirituelle et rentrèrent au Parlement. Une condamnation inique envoya à l'échafaud le comte d'Argyle, le seul noble assez puissant pour braver la volonté royale. Le gouvernement fut confié à une poignée de politiciens dissolus dirigés par lord Lauderdale, l'un des ministres les plus babiles et les moins scrupuleux de Charles. Ce nouveau gouvernement avait deux buts politiques bien arrêtés, l'abaissement du presbytérianisme (seule force capable de ramener l'Kcosse à la liberté et de soutenir les libéraux anglais dans une lutte contre la couronne) et la levée d'une armée royale prête, en cas de danger, à franchir la frontière et à venir en aide au Roi. En Irlande, la rupture de l'union avait ramené les évêques dans leurs diocèses, mais tous les efforts de Charles pour rétablir la balance entre catholiques et protestants, et pour fortifier ainsi le gouvernement, échouèrent par suite de la résistance opiniâtre des colons protestants aux projets de restitution des confiscations de Cromwell. Après cinq ans d'une lutte acharnée entre les loyalistes dépossédés et les nouveaux venus, l'ascendant des protestants resta aussi puissant qu'autrefois, et, malgré la cession nominale d'un tiers des domaines confisqués à leurs anciens possesseurs, un sixième à peine du sol fut abandonné aux catholiques. Les réclamations du duc d'Ormond obligèrent (Charles 11 à lui confier l'autorité suprême dans l'île, mais Ormond était trop modéré et trop constitutionnel pour se prêter à des plans de tyrannie comme le fit, sous le règne suivant, lord Tyrconnell. La séparation entre les deux royaumes et l'Angleterre fortifia d'ailleurs l'autorité royale et permit à (îharles II de se consacrer entièrement à la création d'une armée anglaise. L'idée seule d'avoir une armée permanente était devenue tellement odieuse à la nation, surtout aux royalistes souvent foulés aux pieds par les soldats de Cronuvell, qu'on ne pouvait songer à la rétablir légalement ; Charles II et son frère, de leur côté, étaient convaincus que l'absence d'une armée disciplinée, prête à écraser la moindre velléité de résistance, avait été cause de la chute de leur père; aussi, tout en licenciant l'armée cromwellienne, Charles profitat-il du soulèvement insensé des « Hommes de la cinquième monarchie n {Fiflh monarchy men) à Londres, sous la conduite d'un vieux soldat nommé Venner, pour conserver cinq mille fantassins et cavaliers à sa solde, connus sous le nom àe garde royale. Un corps de gentilshommes et de vétérans, bien équipés, bien montés et commandés par d'excellents officiers, se trouvait ainsi à la disposition du Uoi, qui continua à en augmenter peu à peu l'effectif avec précaution, mais sans s'inquiéter du mécontentement général. Vingt qns plus tard, ce corps s'élevait en Angleterre à sept mille fantassins et mille sept cents cavaliers et dragons, et, sur le continent, Charles avait une réserve de six magnifiques régiments au service des Provinces-Unies.

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Charles II et la France. — Charles II était trop perspicace pour s'imaginer, comme son frère Jacques, qu'il pourrait, avec quelques milliers d'hommes et par un coup d'autorité, détruire l'ancienne liberté politique de l'Angleterre. Il lui aurait été plus difficile encore de venir à bout du protestantisme comme il le désirait. Qu'il eût abjuré ou non le protestantisme pendant son exil, il y avait longtemps qu'il n'était plus protestant de cœur. Toutes ses sympathies religieuses le tournaient vers le catholicisme ; il encourageait les conversions parmi ses courtisans, et le dernier acte de sa vie fut une adhésion formelle à l'Eglise romaine. Mais il agissait moins par sentiment religieux que par calcul politique ; il voyait que le despotisme dans l'Etat ne pouvait guère coexister avec la libre recherche et la liberté de conscience, et que le gouvernement, d'après ses propres paroles, a était bien plus facile et bien plus sûr dans les pays où l'autorité est considérée comme infaillible et où la confiance et la soumission du peuple sont aveugles r- . Charles comprenait d'autant moins l'impossibilité d'imposer à l'Angleterre un changement de religion, qu'il avait longtemps vécu à l'étranger, où l'on avait vu plus d'une fois des peuples changer de religion avec leur souverain. 11 comptait beaucoup sur les dissentiments entre les épiscopaux et les indépendants, et avait envoyé, deux ans après son avènement, un agent secret à Rome pour négocier la réconciliation avec la papauté; mais il vil que, pour réussir dans ses projets politiques et religieux, il devait chercher des secours en dehors de l'Angleterre.

La France était alors la puissance prépondérante en Europe ; son jeune roi, Louis XIV, se déclarait le champion du catholicisme et du pouvoir absolu contre la liberté civile et religieuse dans l'Europe entière ; ses finances étaient en pleine prospérité, et ses subsides pouvaient aider le roi Charles à se débarrasser de la tutelle du Parlement ; les armées françaises faisaient l'admiration du monde entier, et ellea auraient facilement pu venir à bout de la résistance des patriotes anglais. Il fallait donc à Chai'les II l'appui du roi de France pour réaliser ses secrets desseins, et nous savons que (ïharles était trop étranger à tout sentiment de honte et à tout scrupule moral pour ne pas payer ce secours à n'importe quel prix. On exigea de lui son concours tacite aux projets de Louis contre l'Espagne. Celle-ci, privée de sa principale source de richesses par la révolte des Pays-Bas et par la décadence de la Flandre, affaiblie par les persécutions et les horreurs de l'Inquisition, par l'absence de toute liberté civile et la plus déplorable des administrations financières, avait cessé de menacer l'Europe et tremblait elle-même devant la France. Louis XIV voulait lui enlever les Pays-Bas, mais la présence des Français en Flandre était aussi odieuse aux Anglais qu'aux Hollandais, et l'Espagne se croyait assu rée, en cas de lutte, du secours de ces deux puissances comme de celui de l'Empire.

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Pendant quelques années, Louis se contenta de compléter ses troupes et de prévenir, par d'habiles négociations, la formation d'une liyue aussi formidable. Son premier succès diplomatique en Angleterre fut le mariage du Roi. Le Portugal, en secouant le joug de l'Espagne, était devenu en réalité le vassal de la France; aussi, en acceptant la main de Catherine de Bragance, malgré les vives protestations de l'Espagne, Charles II annonçait-il son adhésion à l'alliance française. L'opinion publique en Angleterre vit le danger d'une telle politique et se montra, dès lors, favorable à l'Espagne. Déjà, en 16GI, la populace de Londres avait soutenu l'ambassadeur espagnol dans une querelle de préséance, en pleine rue, avec l'envoyé de France : ^ Mous aimons tout naturellement les Espagnols » , disait Pepys, " et nous haïsspns les Français. " La vente à la France de Dunkerque, dont la possession était le seul résultat des victoires de Cronuvell, excita au plus haut degré l'irritation du peuple anglais, et il sembla, un instant, que la guerre contre la Hollande allait se terminer par un conflit avec Louis XIV. Mais celui-ci voyait dans la guerre anglo-hollandaise un obstacle sérieux à la réalisation de ses projets. Venir au secours de l'un des deux partis, c'était jeter l'autre dans les bras de l'Autriche et de l'Espagne et former une ligue qui ferait échec aux projets de la France, et cependant il était obligé d'intervenir pour rétablir la paix qui seule pouvait lui permettre de s'emparer de la Flandre et empêcher l'union des autres États de l'Europe. Il fut obligé de venir en aide à la Hollande, et cette nouvelle éveilla en Angleterre l'espoir d'une guerre prochaine. Lorsque Charles II annonça l'intervention française aux Chambres, ce furent, nous dit Louvois, « des cris de joie à la perspective d'une lutte contre nous n . Grâce aux atermoiements du roi d'Angleterre et à l'habileté de Louis XIV, qui limita ses secours au strict nécessaire pour mettre un terme à la guerre, la soudaine conclusion de la paix lai-^sa le terrain libre pour les intrigues diplomatiques de Charles H.

La chute de Clarendon (1667). — En Angleterre, l'irritation était très-vive et presque universelle; mais elle prit un tour qui favorisa les plans du Roi. Lorsque le bill qui accordait à la couronne le droit de grâce échoua devant le Parlement, grâce à l'énergique et opiniâtre opposition de Clarendon, Charles résolut de se débarrasser le plus tôt possible du chancelier. Le parti presbytérien, représenté par Ashley, s'unit pour amener sa chute à Arlington et aux ministres qui penchaient vers le catholicisme (1663). Mais Clarendon se sentait encore puissant, soutenu qu'il était par la Chambre des communes, composée d'hommes aussi attachés que lui à l'Église établie. Déçus dans leur espoir de le supplanter, ses rivaux se servirent de la jalousie des marchands anglais contre la Hollande pour le pousser à la guerre contre ce pays (1665). Bien que le chancelier eût réussi, malgré les protestations d'Ashley, à faire passer VActe des cinq

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milles, les calculs de ses ennemis se trouvèrent bientôt vérifiés. Cette guerre désastreuse, qui fut une honte pour l'Angleterre, rompit l'union de Clarendon avec le Parlement. Le premier ministre était devenu trèsimpopulaire dans la masse de la nation par son orgueil et sa vénalité. 11 fut menace d'une mise en accusation qui permit à Charles H, en le destituant, de satisfaire sa vengeance trop longtemps différée. Le chancelier reçut l'ordre de quitter immédiatement le royaume (1667).

Après l'exil de Clarendon, la mort de Southampton et la retraite d'Ormond et de Nicholas, le parti cavalier cessa de jouer un rôle dans le conseil, et la coterie qui avait représenté à l'origine les presbytériens et qui, sous la conduite d'Ashley, avait vainement lutté pour la tolérance contre l'opposition de la Chambre et du clergé, parvint alors « aux affaires n . La politique religieuse de Charlesavait jusqu'alors entièrement échoué: l'Eglise établie avait trouvé un inébranlable appui dans Clarendon et la majorité des Chambres, les presbytériens avaient refusé d'acheter l'indulgence royale en accordant aux catholiques la liberté de culte et au Roi le droit de suspendre l'exécution des lois votées par le Parlement. On sentait, cependant, depuis les derniers votes de la Chambre des communes et la rupture avec le chancelier, que la politique de persécution avait été poussée trop loin. Charles espérait que la pression exercée sur les non-conformistes par le Convenlicle Ad et VAcfe des niuf milles les obligerait cà chercher la paix à tout prix; aussi proposa-l-il de nouveau une tolérance universelle. Il comptait sur Asbiey et ses amis pour soutenir celle proposition ; mais ceux-ci, qui avaient changé leurs vues, proposèrent de réunir toutes les communions, ce qui était en contradiction directe avec les projets de tolérance du Roi ; le nouveau ministre alla même jusqu'à déposer devant la Chambre des communes une proposition dans ce sens, signée par les théologiens modérés des deux grands partis religieux, par Tillotson et Stillingncet au nom de l'P'glise établie, et par Manton et Raxter pour les dissidents. Le rejet de cotte proposition ne put ramener Ashiey et ses partisans <à leur ancienne politique ; ils étaient bien favorables encore <à la tolérance, mais <à une tolérance dont les bienfaits ne s'étendraient pas jusqu'aux catholiques, t parce que les lois ont déclaré les principes de la religion romaine incompatibles avec la sûreté du gouvernement et de la personne de Sa Majesté " (1669).

La politique du conseil était déterminée par l'état des affaires publiques sur le continent. Louis XIV n'avait pas tardé à montrer la véritable cause de son empressement à faire conclure la paix de Breda (1667), entre l'Angleterre et l'Espagne. Il s'était assuré la neutralité de l'Empereur par un traité secret qui partageait avec lui les Etats espagnols dans le cas où le roi d'Espagne mourrait sans héritier; l'Angleterre était, croyait-il, tenue en laisse par Charles II, et la Hollande était trop épuisée par la dernière guerre pour songer à intervenir sans allié. Aussi, le jour même

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de la signature du traité, faisait-il valoir ses droits sur les Pays-Bas. Il fait avancer son armée, et la prise de six forteresses, tombées sans résistance, rend Turenne maître de la Flandre. La Hollande fit immédiatement entendre d'énergiques protestations et prit les armes; mais elle ne pouvait rien faire à elle seule, et son appel à l'Angleterre resta sans réponse. Louis XIV était prêt à acheter à n'importe quel prix la neutralité de Charles II. Il offrit, pour prix de l'assentiment de Charles à ses projets sur les Pays-Bas, d'admettre l'Angleterre au partage éventuel de la monarchie espagnole, de lui attribuer les colonies américaines du Roi Catholique. Charles II avait déjà engagé de secrètes négociations sur cette base, lorsqu'il se vit obligé d'j renoncer devant le ton menaçant du Parlement et l'attitude de ses propres ministres. L'accroissement de la puissance française semblait à Ashley et à ses partisans trop dangereuse pour le protestantisme anglais; Arlington lui-même, quoique catholique au fond du cœur, songea moins aux intérêts du catholicisme qu'aux intérêts politiques de l'Angleterre et à l'opposition invariable faite par tous les hommes d'Ktat anglais, depuis Elisabeth, à l'établissement des Français en Flandre. Louis XIV, averti du danger, voulut gagner l'opinion publique anglaise en proposant la paix à des conditions très-modérées, tandis qu'il écrivait à Turenne : " Je roule dans ma tète des projets qui sont loin d'être impraticables, et que je mettrai à exécution à quelque prix que ce soit. " Trois armées françaises étaient prêtes à attaquer l'Espagne, l'Allemagne et la Flandre (1668), lorsque Arlington envoya sir William Temple à la Haye, pour signer la triple alliance entre l'Angleterre, la Hollande et la Suède ; Louis XIV fut contraint de se renfermer dans les termes du traité qu'il avait offert et d'accepter la paix d'Aix-la-Chapelle (1668).

Le traité de Douvres (1670). — Peu de mesures excitèrent un aussi grand enthousiasme que la triple alliance : " C'est la seule bonne chose que le Roi ait faite depuis la Restauration » , disait Pepys. Le tory Dryden lui-même regardait comme un des plus grands crimes de Shaftesbury d'avoir rompu la triple union. Cette alliance obligeait simplement Louis à mettre à exécution les propositions de paix faites ])ar lui-même, propositions d'ailleurs tout à l'avantage de la France; mais, en même temps, elle ruinait ses desseins de conquête et cimentait cette union des puissances contre laquelle il sentait instinctivement que son ambition devrait se briser un jour. Arlington voulait faire de cette triple alliance le noyau d'une vaste confédération ; il s'efforça non-seulement de la resserrer, mais aussi d'y faire entrer les cantons suisses. l'Empire et la maison d'Autriche. Il échoua, mais cette triple union préparait la Grande Alliance, qui devait plus tard sauver l'Europe. L'Angleterre avait reconquis au dehors le prestige que sa politique étrangère lui avait fait perdre depuis la mort de Cromwell ; c'était, en effet, un retour à la politique du protec-

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teur, qui aurait voulu organiser une ligue des puissances protestantes du Nord contre les Etats catholiques du Sud. L'énergie et les succès des Hollandais portèrent un coup plus rude encore à l'orgueil de Louis XIV que l'intervention de l'Angleterre ; il fut profondément blessé de voir qu' u une nation de boutiquiers >i (c'est l'expression même dont se servit plus tard Napoléon en parlant des Anglais) eût pu déjouer ses desseins au moment 011 il allait les mettre à exécution ; il s'abstint de toute attaque immédiate, mais ce ne fut que pour en tirer plus tard une plus éclatante vengeance. Il s'occupa uniquement, pendant les trois ans qui suivirent la paix d'Aixla-Chapelle, à isoler les Provinces-Unies et à rompre la triple alliance en en détachant la Suède, en obtenant la neutralité de l'Empire, en s'assurant enfin des bonnes dispositions de Charles II, et il laissa sa victime sans autre secours que la bienveillance inutile de l'Espagne et du Brandebourg.

Ces intrigues diplomatiques réussirent à merveille, mais nulle part aussi bien qu'en Angleterre. Charles, un instant enivré du succès de la triple alliance, n'avait jamais sérieusement abandonne ses desseins et était résolu à en poursuivre la réalisation. Il comprit bientôt que son idée d'une union entre les non-conformistes et les catholiques « ne pouvait être qu'un rêve ^ ; il se jeta alors dans. les bras de la France. A peine la triple alliance était-elle conclue, qu'il offrait à Louis d'entrer dans une ligue offensive et défensive avec lui ; il reconnut qu'il était le seul homme de son royaume qui désirât une telle alliance, mais cela ne l'empêchait pas d'être résolu à accomplir ses desseins sans s'inquiéter de l'opinion de ses ministres. Il les convertirait à ses idées ou agirait sans eux. Arlington et sir Thomas Clifford étaient catholiques au fond du cœur comme le Roi ; ils furent convoqués à une conférence avec le duc d'York, qui avait secrètement embrassé lecalholicisme, et le Roi leur annonça, sous le sceau du secret le plus absolu, qu'il était catholique, et leur demanda conseil sur le meilleur moyen de rétablir la religion romaine. Ils résolurent de faire appel cà Louis XIV et de^i chercher sa protection » , comme disait l'ambassadeur de France, - dont le roi Charles avait toujours espéré ressentir les puissants effets, dans le cas où il voudrait changer et améliorer la condition actuelle de la religion en Angleterre et y établir son autorité de telle façon qu'il pourrait désormais retenir ses sujets dans l'obéissance qui lui est due » . Il offrait de se déclarer catholique et de s'unir à la France contre la Hollande, en retour d'un subside annuel d'un million de francs ("est sur ces bases que furent entamées les négociations de Douvres entre Charles II et sa sœur Henriette, duchesse d'Orléans (1670). Le Roi s'engageait à annoncer sa conversion à condition d'être soutenu, s'il le fallait, par l'argent et les troupes de Louis XIV. Les deux pays déclareraient la guerre à la Hollande, l'Angleterre fournirait une faible armée de terre et porterait presque tout le poids de la lutte sur mer, moyennant un subside

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annuel de trois millions. Dans le cas où le Roi d'Espagne mourrait sans héritier direct, Charles II promettait d'aider Louis à faire valoir ses droits sur la Flandre.

La Déclaration d'indulgence. — Rien ne prouve mieux l'immoralité politique de ce temps-là que le choix fait par Charles d'Arlington, l'auteur de la triple alliance, comme conGdont du traité de Douvres. Mais, à l'exception de Clifford et d'Arlington, personne ne fut informé de la conversion du Roi et de ses desseins; car il aurait été impossible d'obtenir le consentement de ceux qui représentaient dans le conseil l'ancien parti presbytérien ou celui d'Ashley, de Lauderdale et du duc de Ruckingham. On réussit cependant à les entraîner à une guerre avec la Hollande en leur promettant la tolérance pour les non-conformistes. L'annonce du changement de religion de Charles II fut encore différée, et l'on entama, par l'entremise de Ruckingham, des négociations dérisoires qui se terminèrent par un traité simulé dont Ashley et Lauderdale eurent connaiss-ance. Ce traite, qui ne disait rien du changement de religion ni des promesses de la France, ne stipulait qu'une alliance offensive avec la France contre la Hollande. 11 n'y avait pas là rupture formelle de la triple alliance, qui n'avait été organisée que pour protéger les Etats espagnols Ashley et ses collègues se leurrèrent de l'espoir d'obtenir un édit de tolérance. Charles II cédait, en somme, sur un point très-important, en promettant à son premier ministre qu'aucun catholique ne bénéficierait de sa déclaration (1671). L'affaire une fois conclue et ses ministres joués, il ne restait plus qu'à tromper aussi le Parlement; on demanda de larges subsides pour la flotte sous prétexte de soutenir la triple alliance. A peine étaient-ils votés, que les deux Chambres furent ajournées, et l'on obtint de nouvelles sommes par la fermeture de l'Echiquier et en suspendant, sur l'avis de Clifford, le payement du capital et des intérêts de la dette publique. Cette mesure entraîna la faillite de la moitié des orfèvres de Londres, mais elle fut suivie d'une nouvelle surprise, la Déclaration d'indulgence de 1672. En vertu de ses pouvoirs ecclésiastiques, le Roi ordonnait « que toute sentence ou loi pénale" en matière religieuse contre les non-conformisles de toutes les communions fût désormais suspendue r> , et accordait la liberté du culte public à tous les dissidents, à l'exception des catboliques, qui n'étaient autorisés à célébrer leurs cérémonies que « dans les maisons privées » . Lés résultats de cette Déclaration justifièrent Ashley et ses collègues (si quelque chose peut excuser leur conduite); les ministres dissidents revinrent, après des années d'exil, dans leurs foyers et au milieu de leurs troupeaux ; les chapelles se rouvrirent, les prisons se vidèrent; Runyan quitta Redford, et les quakers, qui avaient été jusqu'alors les principales victimes de la persécution, se trouvèrent désormais libres d'adorer Dieu selon leur conscience.

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La guerre avec la Hollande (1672-1673). — La Déclaration d'indulgence fut immédiatement suivie par une déclaration de guerre de la France et de l'Angleterre à la Hollande. Le succès des alliés fut d'abord complet. L'armée française passa le Rhin, envahit trois des Etats néerlandais sans rencontrer d'opposition, et poussa jusqu'en vue d'Amsterdam. Ce ne fut qu'à force d'habileté et de courage désespéré que Kuyter réussit à tenir en respect la flotte anglaise, commandée par le duc d'York, après un combat acharne sur les côtes de Suffolk. Le triomphe du cabinet anglais valut des litres et des honneurs aux chefs des deux partis ; Ashley fut créé lord chancelier et comte de Shaftesbury, et Clifford devint lord trésorier. Les Hollandais ne durent leur salut qu'à l'orgueil de Louis XIV, qui repoussa avec hauteur leurs offres de soumission, et à l'approche de l'hiver, qui suspendit les opérations.

Le plan des deux cours dépendait dès lors des chances d'une rapide surprise, et l'élévation du prince d'Orange au commandement de l'armée hollandaise déjoua cette espérance. Guillaume, malgré son extrême jeunesse, montra, dès ses débuts, le sang-froid et la ténacité de sa race : « Ne voyez-vous pas que votre pays est perdu? » lui demanda un jour Buckingham, qui avait été envoyé à la Haye pour négocier. — « J'ai un moyen infaillible » , lui fut-il répondu, « de ne pas le voir ; c'est de mourir dans la dernière tranchée. " Ces retards inattendus obligèrent Charles à convoquer de nouveau le Parlement ; les fonds, qu'il s'était alloués avec si peu de scrupule, avaient été engloutis dans des dépenses de toutes sortes, et la fermeture du Trésor avait ruiné son crédit et rendu tout emprunt impossible. 11 fallait donc en appeler aux Communes, mais les députés accueillirent sa demande avec une méGance irritée. Ils ne s'occupèrent pas de la guerre ; le sentiment qui dominait tous les autres, c'était la crainte vague, bientôt justifiée, que la liberté et la religion avaient été indignement trahies ; on commençait à soupçonner que toute la force armée se trouvait entre les mains des catholiques ; on savait le duc d'York papiste de cœur, et c'était lui qui commandait la flotte. Des catholiques avaient été reçus comme officiers dans l'armée levée à l'occasion de la guerre de Hollande. Lady Castlemaine, la maîtresse du Roi, se vantait de sa conversion, et des doutes très-sérieux s'élevaient de toutes parts sur la sincérité du protestantisme du Roi. On craignait qu'un complot ne fût ourdi pour établir en Angleterre le catholicisme et le pouvoir absolu, et que la guerre et la Déclaration ne fissent partie du plan qu'on tramait. Le changement des dispositions du Parlement se manifesta par l'apparition du parti dit Counlry party , qui avait à sa tète lord Russell, lord Cavendish et sir U illiam Coventry ; parti qui, tout en sympathisant avec les non-conformistes, cherchait avant tout, à prévenir les desseins de la cour. Toutes les fractions du Parlement étaient du même avis sur la Déclaration d'indulgence; les Communes déclarèrent « que les lois pénales en matière ecclé-

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