DANBY
lolérance par un décret du Roi lui-même. Aussi se servit-il de tous les moyens possibles, railleries, encouragements à la débauche, promptitude dans l'expédition des affaires, pour entretenir Charles dans ses idées de modération et s'assurer son appui dans la lutte qu'il allait entreprendre contre la politique intolérante de Clarendon. Charles, comme nous l'avons vu, poursuivait un but personnel, et avait des raisons secrètes pour protéger Ashley dans sa lutte violente, mais inutile, contre le Test, contre les Actes (le corporation cid'uniformilé, et en faveur des dissidents. La fortune sourit enfin à l'habileté peu scrupuleuse d'Ashley Cooper; il jeta Clarendon dans les embarras de la guerre de Hollande en 1GG4, et profita de l'hostilité du Parlement contre le ministre pour rendre sa chute inévitable. \ous connaissons le marché encore moins scrupuleux qu'il conclut peu après, et par lequel il crut acheter la Déclaration d'indulgence, l'élargissement des dissidents et la liberté de culte pour tous les non-conformistes, au prix d'une seconde guerre avec la Hollande.
Le pays le considérait comme responsable de tous les actes du gouvernement, de ceux qu'il avait conseillés et de ceux auxquels il n'avait eu aucune part. Pendant qu'il faisait face à l'orage déjà menaçant, Ashley a|)prit, dans un nromcnt d'abandon, le secret de la conversion du Hoi. 11 avoua à un ami son trouble « au sujet des sombres nuages qui s'amoncelaient sur l'Angleterre n ; mais, malgré ses inquiétudes, il se croyait encore assez fort «pour obliger le Hoi à se plier à ses propres desseins " . En acceptant la place de chancelier et le comté de Shaftesbury et surtout en défendant avec véhémence la guerre à l'ouverture du Parlement, il s'était identifié plus encore avec la politique royale. C'est à ce monient, si nous en croyons un récit d'une authenticité douteuse, mais qui explique le brusque revirement de sa conduite, qu'il apprit par Arlington le mystère du traité de Douvres. Qu'il ait en effet été instruit par ce dernier, ou que ses soupçons comme ceux du peuple même se soient peu à peu changés en certitude, Shaftesbury vit qu'il avait été dupé. A l'amertume d'une telle découverte s'ajoutait l'irritation d'avoir trempé dans des projets qui lui faisaient horreur. Son changement de politupie fut prompt et complet. Il insista tout à coup pour le retrait de la Déclaration d'indulgence, et, seul |)armi tous ses collègues, défendit et appuya ÏActe du Test avec une extrême véhémence. 11 obligea ainsi Jacques, duc d'York, et Clifford à se démettre de leurs fonctions, et il éleva une barrière contre toutes les tentatives futures des catholiques; il espérait même se venger de la duplicité du Roi en lui imposant sa politique. Charles II était pour le moment réduit à l'impuissance et se trouvait, comme il l'avait déjà dit à Louis XiV, tout à fait isolé dans son royaume; l'acte du Test passa à l'unanimité dans les deux Chambres; les non-conformistes eux-mêmes abandonnèrent le Roi, préférant la persécution' à l'obligation de soutenir son système de gouvernement. La démission des officiers catholiques rendait impossible, en