LE TRAITÉ DE X I M È G L E
para le coup en demandant de nouveaux subsides avant de déclarer la guerre, et, sur le refus des deux Chambres, toujours méfiantes, le Parlement fut prorogé. De nouveaux secours pécuniaires de la France, beaucoup plus considérables que les précédents, lui permirent de se passer des Chambres pendant sept mois. Mais le silence du Parlement ne réussit pas à calmer le pays; aussi Danby profita-t-il de l'indignation universelle pour presser le Roi d'agir avec énergie. Cavaliers et puritains étaient d'accord pour demander qu'on arrêtât les progrès des Français, et Danby cherchait à compenser son échec cà l'extérieur en rapprochant les deux partis hostiles par une vigoureuse politique extérieure.
Charles céda, comme d'habitude. Il ressentait lui-même une certaine inquiétude en voyant les Français sur la côte de Flandre, et il reconnut u qu'il ne pourrait jamais vivre en bonne intelligence avec ses sujets» s'il abandonnait la Flandre. Il permit alors à Danby d'insister auprès des deux partis sur la nécessité de concessions mutuelles, et d'affirmer la nouvelle attitude de l'Angleterre par une démarche dont les résultats devaient être bien plus importants que Charles et son ministre n'avaient pu le prévoir. Le prince d'Orange fut invité tout à coup à venir en Angleterre, où il épousa Marie, fille aînée de Jacques, duc d'York. Comme le Roi était sans enfants et que son frère n'avait pas de fils, Marie se trouvait être l'héritière présomptive de la couronne; ce mariage promettait une étroite alliance politique avec la Hollande à l'avenir et, par suite, une énergique opposition aux vues ambitieuses de la France. La nation tout entière accueillait avec joie ce mariage protestant, qui assurait un héritier protestant au ducd'V^ork. Louis XIV en fut profondément irrité; aussi repoussat-il les propositions de paix de l'Angleterre et remit-il son armée en campagne. Danby se montra tout prêt à accepter son défi ; il rappela de Paris l'ambassadeur anglais et convoqua le Parlement (1678). Les Chambres répondirent par une adresse belliqueuse au discours belli(jueux du trône; les fonds furent votés, et on leva une armée. Alais il n'y eut pas de déclaration de guerre. Pendant que Danby menaçait de faire la guerre, Charles était occupé à tourner les choses à son profit et à gagner du temps par des prorogations successives, par d'indignes négociations. A un moment donné, il réclama de Louis une nouvelle pension pendant trois ans pour prix de ses bons offices auprès des alliés. Danby s'abaissa jusqu'à en rédiger la demande, à laquelle Charles II ajouta : " Cette lettre a été écrite par mon ordre. C. R. » Une armée anglaise de trois mille hommes débarqua à Ostende; mais les alliés étaient divisés, incertains sur les véritables intentions du Roi, et Charles consentit bientôt à rappeler la brigade, moyennant une nouvelle pension. A peine ce marché était-il conclu, que Louis XIV retira les propositions de paix qu'il avait lui-même offertes et qui avaient été le prétexte de la retraite des Anglais. Danby offrit immédiatement de nouveaux secours aux alliés, mais toute confiance dans l'Angle-
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terre étail perdue. Les puissances européennes accédèrent les unes après les autres aux nouvelles conditions de la France, et le triomphe définitif de Louis XIV fut assuré par la paix de Ximègue (juillet 1678).
Le complot papiste (1678). — Le traité de Ximègue ne laissait pas seulement la France l'arbitre de l'Europe, mais Charles se trouvait à la tète d'une armée de vingt mille hommes levés pour la guerre qu'il avait refusé de déclarer, et avec près d'un million d'argent français dans son trésor. Sa conduite réveilla les anciens soupçons sur sa perfidie et sur un complot avec Louis XIV contre la liberté cl la religion du royaume. Xous savons que ce complot existait, et que les espérances des catholiques augmentaient autant que les craintes des protestants. Coleman, secrétaire de la duchesse d'York et intrigant de la pire espèce, était assez au courant des véritables projets du Roi et de son frère pour l'engager à demander à Louis XIV de l'argent pour faciliter ses intrigues dans le Parlement. Un passage d'une de ses lettres nous donne une idée des folles espérances qu'avaient conçues les plus ardents catholiques de ce temps-là : ^ Xous avons une grande œtivre à accomplir r-, ^ écrivait-il, - rien moins que la conversion de trois, royaumes, et par là nous pourrions vaincre peut-être complètement l'hérésie pestilentielle qui a si longtemps dominé dans une grande partie du Xord. Xotre succès porterait à la religion protestante le couple plus terrible qu'elle eût encore reçu depuis sa naissance. » La lettre était secrète, mais les espérances des catholiques étaient connues, et l'alarme se répandit bientôt dans le pays tout entier. Sur ces entrefaites, un de ces vils imposteurs comme il en surgit toujours dans les temps de crise politique, profita de cette terreur universelle pour inventer la Conspiration papiste. Titus Oates, pasteur baptistc « avant la Uestauration, plus tard vicaire, puis chapelain de la flotte, destitué pour cause d'immoralité et tombé dans une extrême misère » , avait cherché à se tirer d'affaire par une conversion au catholicisme et avait été admis dans les maisons jésuites de Valladolid et de Saint-Omer. Pendant son séjour dans cette dernière ville, il apprit que les Jésuites allaient tenir à Londres une assemblée secrète, qui n'était probablement que la réunion ordinaire de l'Ordre. Expulsé de la maison de Saint-Omer à cause de sa mauvaise conduite, ce simple fait prit dans sa fertile imagination les proportions d'un complot contre le protestantisme et la vie du Roi. On rapporta cette histoire à Charles II, qui la reçut avec indifférence et incrédulité; mais Oates fit sa déclaration par écrit et en affirma la vérité par serment devant un magistrat de Londres, sir Edmundsbury Godfrey ; il obtint enfin de paraître devant le conseil. Il déclara qu'on lui avait confié des lettres exposant tout au long le plan des Jésuites ; il s'agissait d'exciter une insurrection en Irlande, de s'introduire en Ecosse sous le costume de caméroniens et d'assassiner le Roi pour faire monter le duc d'York sur le trône. Mais