‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 73 sur 205 · CHUTE DE DA\BY (J · texte numérisé non relu

CHUTE DE DA\BY (J

comme il n'apportait aucun document à l'appui de ces accusations monstrueuses, Oates allait être renvoyé avec mépris, lorsqu'on saisit la correspondance de Coleman. Ces lettres donnaient une couleur de vraisemblance au complot. Danby lui-même, pressentant que Charles cachait des desseins qu'il n'osait avouer, ébranlé dans sa résolution première de repousser purement et simplement les révélations d'Oates, inclinait maintenant à s'en servir comme d'une arme pour contrarier la politique catholique de son souverain. Mais un homme moins scrupuleux encore avait déjà mis à proût l'émotion publique. Shaftesbury, relâché après un long emprisonnement et désespérant d'atteindre son but par d'autres voies, accepta avec empressement la fable du coniplot catholique : " Que le trésorier crie aussi fort qu'il lui plaît contre le papisme « , disait-il en riant, « je crierai encore plus fort que lui. r, Mais l'exaltation populaire fut portée à son comble lorsqu'on apprit que sir Edmundsbury Godfrey, le magistrat devant qui Oates avait fait sa déposition, avait été trouvé près de Londres dans un champ, le cœur percé de sa propre épée. On supposa que cette mort était « un meurtre commis par les Jésuites pour étouffer l'affaire » . De solennelles funérailles ajoutèrent encore à l'émotion universelle, et les deux Chambres nommèrent des commissions chargées de faire une enquête sur les accusations de Titus Oates.

Chute de Danby (1679). — Shaftesbury eu prit la direction, et quelle que fût son ambition personnelle, il faut reconnaître qu'il montra dans cette occasion autant de sagesse que de clairvoyance. Son but était de forcer Charles à dissoudre le Parlement et ta faire appel à la nation, de lui imposer un ministère qui l'affranchirait de sa dépendance à l'égard de la France et donnerait à sa politique un caractère constitutionnel. Sentant de plus qu'on ne possédait pas de garanties suffisantes contre le danger permanent d'un souverain catholique, il résolut d'exclure le duc d'York du trône. Le complot devint le levier de sa politique. Il augmenta encore la terreur populaire en acceptant sans examen de nouvelles dépositions de Titus Oates, qui accusaient cinq pairs catholiques de connivence avec les Jésuites. Les lords furent envoyés à la Tour, et deux mille personnes suspectes remplirent les prisons. Une proclamation ordonna k tous les catholiques de c[uitter Londres; les milices furent appelées aux armes, et des patrouilles parcoururent les rues pour réprimer l'insurrection papiste dont Oates annonçait la prochaine explosion.

Pendant ce temps, Shaftesbury profltait de cette panique pour faire passer au Parlement, malgré l'énergique résistance du parti de la cour, un bill qui excluait les catholiques des deux Chambres ; cette mesure devait rester en vigueur pendant un siècle et demi ; mais elle manqua en partie son but, qui était surtout d'éloigner le duc d'York.: une clause spéciale, introduite malgré l'opposition de Shaftesbury, faisait une exception

'216 DAXBY (1673-1678).

pour le futur Jacques II. Il enlreJint ainsi pendant quatre mois, sur le seul témoignage de Titus Oates, les craintes des protestants ; au bout de ce temps, le complot commençait à trouver moins de créance, lorsqu'un misérable nommé Bedioe, allécbé par la promesse d'une récompense, raconta des histoires auprès desquelles celles de Titus Oates étaient bien pâles. Les deux dénonciateurs, excités par une sorte de rivalité honteuse, furent poussés à faire des révélations de plus en plus fantastiques. Bedioe affirma sous serment qu'il existait un projet de débarquement d'une armée papiste et d'un massacre général des protestants. Oates renchérit encore sur Bedioe en accusant la Heine elle-même, devant la Chambre des lords, d'avoir eu connaissance de la conspiration contre la vie de son mari. Si absurdes que fussent ces accusations, elles surexcitèrent encore la frénésie du peuple et des deux Chambres. Les pairs arrêtés furent accusés de haute trahison. Une nouvelle proclamation ordonna l'arrestation dotons les catholiques du royaume, et une série de meurtres juridiques, dont le seul souvenir est une honte, commença par le procès et l'exécution de Coleman.

Cette panique n'aurait pas duré longtemps, si elle n'avait été provoquée que par défausses accusations; mais la découverte d'un véritable complot donna de la vraisemblance à la conspiration imaginaire. L'ambassadeur anglais à Paris, l'Mmônd Montiigu, ayant été rappelé à cause de sa mésintelligence avec Danby, obtint un siège à la Chambre des communes, et, malgré la saisie de ses papiers, déposa sur la table de la Chambre la dépêche envoyée par Charles à Louis XIV, pour lui demander le payement des services rendus à la France pendant les dernières négociations. Ce fut un coup de tonnerre; car jusqu'alors, malgré les soupçons qu'on avait conçus, les preuves mêmes de la dépendance de l'Angleterre vis-à-vis de l'étranger étaient restées inconnues. Danby, dont le nom se trouvait au bas de la lettre, fut accusé de haute trahison ; mais Shaftesbury était plus désireux d'obtenir de nouvelles élections parlementaires que de punir un rival, et Charles était résolu à empêcher à tout prix un procès qui ne pourrait que jeter un jour fiicheux sur sa politique étrangère. 11 se trouvait à la merci de Shaftesbury, et il accepta le marché que celui-ci lui proposait. Le comte promit de laisser tomber la mise en accusation, et le Roi, de son côté, s'engagea à convoquer bientôt un nouveau Parlement et à former un nouveau ministère.

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