LES SEPT EVEQUES
mission déclara cette élection nulle et non avenue, et Jacques, honteux de son premier candidat, présenta Parker, évêque d'Oxford, catholique de cœur et le plus vil de tous les courtisans. Les felloivs restèrent obstinément attachés h. leur chef régulièrement élu. En vain le Koi vint à Oxford, les fit venir en sa présence, et, au moment où ils s'agenouillaient devant lui, les tança comme des écoliers. « Je suis roi " , dit-il, ;< je veux être obéi ! Allez immédiatement à votre chapelle et nommez l'évèque! Que ceux qui s'y refusent y réfléchissent cà deux fois, car ils sentiront tout le poids de ma main! » On comprit que mettre Magdalen et Christ-Cliurch dans les mains des catholiques, c'eût été faire d'Oxford un véritable séminaire : aussi résistat-on aux menaces du lioi. Jacques sut pourtant se faire obéir. Une commission spéciale vint visiter l'Université, déclara Hough un intrus, et, sans avoir égard à son appel à la loi, fit enfoncer les portes de la maison du directeur pour y installer Parker à sa place; sur le refus des fellows de se soumettre, on les dépouilla de leurs places. L'expulsion des fellows fut suivie de celle des demies. Parker, qui mourut peu après son installation, eut pour successeur un évêque catholique in partibus, Bonaventure Giffard, et douze de ses coreligionnaires furent admis comme felloivs, en un seul jour.
Les sept évêques. — Jacques espérait toujours arriver à trouver un Parlement complaisant pour abroger l'acte du Test. En présence de l'opposition enragée du pays tout entier, les élections avaient été ajournées. 11 promulgua une nouvelle Déclaration d'indulgence pour faire appel à la nation tout entière. Elle se terminait par la promesse d'une convocation du Parlement pour le mois de novembre, et il demandait aux électeurs de choisir des membres qui pussent assurer le succès de sa politique. Son but, disait-il, était a d'établir pour l'avenir la plus large liberté de conscience » . Cet appel royal devait être lu par chaque pasteur pendant le service divin six dimanches consécutifs. On ne donnait guère au clergé de temps pour réfléchir, mais il eu eut assez pour se décider. Il refusa à la presque unanimité de consentir à sa propre humiliation. Cette déclaration ne fut lue que dans quatre des églises de Londres, et, dès les premiers mots, les fidèles sortirent en foule. Les prêtres des campagnes refusèrent presque tous d'obéir, et les évêques se rallièrent à la majorité du clergé.
Peu de jours avant le dimanche fisc par la Déclaration, l'archevêque Sancroft assembla ses coadjuteurs, et les six d'entre eux qui purent se rendre cà Lambeth signèrent une protestation très-modérée où ils refusaient d'annoncer officiellement un décret illégal : " Mais c'est une déclaration de guerre! » s'écria Jacques, quand le primat lui présenta l'adresse. Dès lors, il résolut de se venger des prélats qui avaient signé la protestation. Il ordonna à la commission ecclésiastique de les priver de leurs sièges; les commissaires hésitèrent à lui obéir. Le chancelier, lord Jeffreys, conseilla alors, comme un moyen de châtiment plus facile, de les poursuivre pour
242 LA SECONDE TYRANMIE (l682-1688).
diffamation ; et les évêques , ayant refusé de fournir caution , furent envoyés à la Tour. Ils se rendirent à leur prison au milieu des cris d'une multitude immense ; les sentinelles s'agenouillèrent pour recevoir leur bénédiction comme ils franchissaient les portes, et tous les soldats burent à leur santé. L'attitude de la nation devint tellement menaçante, que les ministres pressèrent Jacques de céder. Mais son obstination croissait avec le danger : " L'indulgence de mon père a causé sa perte », répondit-il. Le 29 juin 1688, les évêques comparurent en criminels devant la Cour du Banc du Roi. Le jury avait été choisi avec soin, les juges n'étaient qu.e les instruments de la couronne, et pourtant ils se sentirent intimidés par l'indignation populaire. A peine le président avait-il prononcé ces mots : " non coupables " , qu'un tonnerre d'applaudissements éclata dans la foule et que des cavaliers se mirent à courir ventre à terre de tous les côtés pour annoncer cette bonne nouvelle.