‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 84 sur 205 · GUILLAUME D'ORANGE · texte numérisé non relu

GUILLAUME D'ORANGE

Suprématie de la France. — Au milieu des désordres causés par le complot et le Bill d'exclusion, les plus sages parmi les hommes d'État anglais n'avaient cessé de mettre leurs espérances en Marie, Glle aînée et héritière de Jacques II. Le despotisme de son père la désignait aux espérances de toute la nation. Mais pour l'Europe, l'avénement même de Marie n'était qu'une question secondaire; elle voyait surtout l'autorité nouvelle qu'il allait conférer à son mari, Guillaume, prince d'Orange. Nous sommes arrivés à un moment où la lutte de l'Angleterre contre la politique agressive de son roi se confond avec la lutte plus formidable encore de l'Europe contre les envahissements de Louis XIV, et ce n'est qu'en jetant un rapide coup d'oeil sur l'état général du continent que nous pourrons comprendre le véritable esprit et le résultat de la révolution qui chassa Jacques du trône.

La France était alors, sans contredit, la première puissance de la chrétienté. Les guerres de religion provoquées par la Réforme avaient usé les forces des nations ses voisines. L'Espagne n'était plus en état de défendre le catholicisme; la paix de Vlestphalie, en accordant aux princes allemands une plus grande indépendance, avait éveillé la jalousie entre les puissances catholiques et les puissances protestantes, et, par suite, ruiné l'unité de l'Empire. La branche allemande de la maison des Habsbourg, déjà affaiblie par la longue guerre de Trente ans, parvenait avec peine à résister aux Turcs qui marchaient sur Vienne, par la Hongrie; les victoires de Gustave- Adolphe et des généraux formés à son école avaient épuisé la Suède; les Provinces-Unies comptaient encore à peine comme grande puissance, et étaient absorbées par leur lutte contre l'Angleterre, qui leur disputait

' Sources : Aux sources indiquées précédemment, ajouter : la Correspondance de Charles Talbot, duc de Shrewsburij , avec le roi Guillaume III, p. p. M. Coxe, et les Papiers d'Etat et Lettres recueillis par M. Carsfairs. Ces derniers se rapportent surtout aux affaires d'Ecosse de 1691 à 1718. Le volumineux ouvrage, publié en allemand par M. Onno KIopp, la Chute des Stuarts et l'avénement de la maison de Hanovre, contient aussi un grand nombre de précieux documents. Pour l'histoire de la Hollande au dix-septième siècle, voir la biographie de Jean de Wilt, par M. Lefèvre-Pontalis.

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l'empire des mers. La Fiance avait seule proGté de la ruine générale. Grâce à la sage politique de Henri IV et à l'édit de tolérance pour les protestants, les fâcheux vestiges des guerres civiles avaient été promptenient effacés; les huguenots, toujours nombreux au sud de la Loire, mais sans places fortes, s'étaient entièrement consacrés à l'industrie et au commerce ; Richelieu avait énergiquement réprimé les insurrections féodales, et, par sa politique de centralisation excessive, qui devait être si fatale à la France. il lui donna pendant quelque temps l'apparence d'un bon gouvernement et les moyens de faire valoir les ressources de son sol, supérieures à celles de toutes les autres puissances. Son territoire compacte et fertile, l'activité naturelle de la nation et son esprit d'entreprise, le rapide développement du commerce et de l'industrie étaient des sources naturelles de richesses que les plus lourds impôts ne pouvaient épuiser. Aussi, dans la seconde moitié du dix-septième siècle, la France était-elle considérée comme la première puissance de l'Europe. Le revenu annuel de la couronne de France était le double de celui de l'Angleterre, et Louis XIV comptait autant sur les ressources de son trésor que sur la gloire de ses armes : Il Après tout » , disait-il lorsque la fortune commença à lui être contraire, « c'est la dernière pièce d'or qui l'emportera. -^

C'est à cette supériorité de richesse qu'il dut de pouvoir mettre sur pied des armées comme on n'en avait jamais vu depuis la chute de l'Empire romain. A l'avènement de Louis XIV, l'armée française se composait à peine d'une centaine de mille hommes; lors de la guerre de Hollande, le Roi en leva près de deux cent mille; enfin, au moment de sa lutte contre la Grande Alliance, il disposait de près de cinq cent mille soldats. Mais la suprématie continentale ne suffisait pas à la France. Depuis la décadence de l'Espagne, les flottes anglaises et hollandaises se disputaient seules l'empire des mers; c'est à peine si la France, sous Richelieu et Mazarin, comptait comme puissance maritime; mais, dès les premières années de Louis XIV, on créa une marine de plus de cent vaisseaux de guerre, et les forces lyivales françaises purent tenir tête aux escadres réunies de Hollande et d'Angleterre.

Louis XIV. — Une puissance aussi formidable eût été dangereuse de tout temps, mais elle le devint d'autant plus que les hommes d'Etat français étaient sans rivaux en Europe; quel diplomate pouvait-on comparera Hugues de Lionne? Aucun ministre de la guerre, aucun ministre des finances n'approchait de Louvois et de Colbert. Leur jeune maître, Louis XIV, esprit étroit, bigot, sans élévation de vues et sans droiture, inaccessible à la reconnaissance et à la pitié, fou d'orgueil, insatiable d'éloges, égoïste jusqu'à la brutalité, possédait cependant plusieurs des qualités qui font les grands rois; il se montrait habile, patient, résolu, très-ferme dans ses desseins, capable de discerner le talent et de s'en servir ; il était plein de

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