‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 85 sur 205 · LOUIS XIV · texte numérisé non relu

LOUIS XIV

foi et de confiance en lui-même; dépourvu de toute grandeur véritable, il savait la re'niplacer par une certaine majesté thécàtrale.

Il se contenta, comme homme politique, de récolter ce que les deux grands cardinaux avaient semé avant lui. Tous deux avaient su faire profiter la France de l'épuisement et des discordes que les guerres de religion avaient produits en Europe. Richelieu avait fait pencher la balance contre l'Autriche en s'alliant à la Suède, aux Provinces-Unies et aux princes protestants d'.^llemagne ; et les deux grands traités qui, gnàce à Mazarin, mirent fin à la guerre de Trente ans (la paix de Westphalie et celle des Pyrénées), laissaient l'Empire désorganisé et l'Espagne épuisée. Dès lors, l'Espagne tomba dans une véritable décrépitude; elle était privée, par la perte de la Hollande, de la principale source de ses revenus, et affaiblie dans la Péninsule elle-même par la révolution de Portugal; son infanterie avait été détruite à Rocroy par Coudé, ses flottes avaient été dispersées par la marine hollandaise; les Indes occidentales lui avaient pris le plus pur de son sang; la suppression de toute liberté civile ou religieuse avait brisé tous les ressorts moraux du peuple; l'Inquisition avait étouffé toute vie intellectuelle; l'expulsion des Maures, la tyrannie financière, la folie du système colonial paralysaient son industrie, et ce royaume qui, sous Philippe II, aspirait à l'empire du monde, n'avait plus ni influence ni ressources à l'avènement de Philippe IV. Dès 1661, l'année même où il devint véritablement maître de la France, Louis XIV se décida à continuer la politique de ses prédécesseurs et surtout à achever la ruine de l'Espagne. La conquête des provinces espagnoles des Pays-Bas aurait reculé jnsqu'cà l'Escaut les limites de son royaume ; une chance plus éloignée s'offrait à lui par l'extinction probable de la ligne autrichienne qui était assise sur le trône d'Espagne. En assurant cette succession cà un prince de sa maison, la France acquérait non-seulement la Castille et l' Aragon, avec toutes les dépendances espagnoles en Italie et dans les Pays-Bas, mais l'empire du nouveau monde.

L'Espagne ne pouvait être sauvée que par une coalition des Etats de l'Europe; Louis XIV s'elforça de la conjurer, pendant de longues années, par d'habiles négociations. L'intervention de l'Empire fut prévenue par une nouvelle alliance entre la France et les petits princes allemands ; une ligue avec les Turcs détourna l'attention de l'Autriche vers la frontière de l'est. On maintint soigneusement la vieille alliance avec la Suède, on cultiva l'amitié de la Hollande; la politique de Charles II liait les mains de r.^ngleterre. Les succès si complets et si éclatants de la France jetèrent la terreur en Europe, et les plans de la diplomatie de Charles II se trouvèrent déjoués. La Hollande comprit les dangers qu'elle courait en voyant paraître les armées françaises sur le Rhin; la conquête des villes maritimes de la Flandre réveilla l'.-ingleterre de sa léthargie, et la Suède se joignit aux deux puissances protestantes pour former la triple alliance. La

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crainte d'une ligue plus formidable obligea Louis à se contenter de la partie méridionale de la Flandre et à occuper un réseau de forteresses qui le faisait, en réalité, maître des Pays-Bas tout entiers (1G68).

. Guillaume d'Orange. — Louis XIV était furieux de cet échec ; nonseulement il détestait les Hollandais comme protestants et républicains, mais il voyait en eux un obstacle à la consommation de ses projets sur l'Espagne. Quatre ans se passèrent à préparer une vengeance décisive. L'armée française éleva son effectif à cent quatre-vingt mille hommes. Colbert créa une flotte qui pouvait rivaliser comme nombre- et comme équipement avec celle de la Hollande; la Suède fut de nouveau gagnée à Louis XIV et l'appui de l'Angleterre assuré par le traité de Douvres. La Hollande vivait pendant ce temps dans une fausse sécurité. L'alliance avec la France, qui durait depuis Henri IV, était surtout chère aux grands négociants qui avaient été appelés au pouvoir à la chute de la maison d'Orange." Jean de Witt, chef de ce parti, y était même resté aveuglément attaché, bien que l'invasion des bords du Khin par Louis XIV l'eût obligé de conclure la triple alliance. Sa confiance ne fut définitivement ébranlée que lorsque l'armée française franchit la frontière de son pays en 1G72 et qu'il aperçut les feux de bivouac du haut des murailles d'Amsterdam. La Hollande se trouvait à la merci de Louis XIV, mais l'arrogance du vainqueur réveilla chez la nation ce courage indomptable qui avait déjà arraché la victoire au duc d'Albe et écrasé l'orgueil de Philippe II. La chute de Jean de Witt, massacré par la populace, donna le pouvoir au prince Guillaume d'Orange.

Quoiiiue le jeune stathouder eût à peine atteint Fàge d'homme, il se faisait déjà remarquer par de hautes qualités. Ses premières impressions lui avaient appris à garder un étonnant empire sur lui-même. Orphelin et isolé dès son enfance, il avait été élevé par des gens qui regardaient son existence comme un danger pour l'Etat ; aussi ses paroles et ses regards étaient-ils épiés et fidèlement rapportés, ses amis éloignés avec un soin jaloux, [l'enfant grandit ainsi, silencieux, réservé, prudent, grave, froid de manières, bref et même brutal dans son langage. Faible et délicat dès son berceau, il devint asthmatique plus tard et fut même atteint de phthisie dans son âge mûr, ce qui lui donnait une toux incessante. Sa figure sombre et pâle était sillonnée de rides profondes, qui révélaient ses continuelles souffrances. Mais sous cette apparence maladive et glaciale, il cachait un caractère énergique et une àme de feu, un courage indomptable et une profonde habileté politique. Guillaume était né homme d'Etat. Son éducation avait été fort négligée; aussi ne savait-il rien en fait d'art et de littérature, mais il poss'édait à fond, grâce à Jean de Witt, tous les secrets de la politique. Le talent que montra dans son premier discours aux Etais Généraux le jeune stathouder, en passant en revue la situation

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