‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 86 sur 205 · GUILLAUME D*ORA\GE E T G H A RLE S II · texte numérisé non relu

GUILLAUME D*ORA\GE E T G H A RLE S II

de tous les pays de l'Europe, le sang-froid avec lequel il calcula les chances de la lutte lui acquirent d'emblée la confiance de ses compatriotes. Cette confiance fut bientôt justifiée. La Hollande fut sauvée, et il reconquit les provinces les unes après les autres par son indomptable persévérance. Comme son grand ancêtre, Guillaume le Taciturne, il fut un général malheureux; aucun capitaine n'essuya de plus fréquentes défaites. Mais il sut mieux profiter de ses échecs que d'autres de leurs victoires. Sa bravoure était celle des grandes âmes qui se déploie surtout à l'heure de la ruine et du désespoir. L'intrépidité et le sang-froid avec lesquels ce général, presque enfant, rallia autour de lui ses escadrons rompus à la déroute de Senef et arracha à Condé les fruits de sa victoire, excitèrent l'admiration généreuse du vieux capitaine, son adversaire. C'est à de tels moments que le vrai caractère de l'homme perçait à travers le voile de sa réserve habituelle. Dès qu'il était au fort de la bataille, ses yeux lançaient des éclairs, et, au milieu de la terreur et de la confusion de la défaite, ses manières prenaient une aisance et une gaieté qui charmaient ses soldats.

Guillaume d'Orange et Charles IL — L'habileté avec laquelle il attira l'Espagne et l'Empire dans la coalition contre la France et jeta ainsi les bases de la Grande Alliance, prouve son talent politique. L'armée française était cependant toujours invincible; l'égoïsmc des alliés et, pardessus tout, la perfidie de Charles II, rendaient ses victoires encore plus rapides; Guillaume fut obligé de consentir, en 1678, au traité de Nimègue, qui laissait la France plus puissante que jamais. La Hollande, il est vrai, échappait à la vengeance de Louis XIV; mais le grand Roi arracha de nouvelles dépouilles à l'Espagne et garda la Franche-Comté, qu'il avait rendue à la fin de la précédente guerre. La France avait jeté l'épouvante en Europe par l'audace et le bonheur dont elle fit preuve en tenant tête toute seule à la coalition; et dès lors, l'arrogance de Louis XIV ne connut plus de bornes. La Lorraine devint un Etat vassal de la Finance; Gênes fut bombardée et le doge obligé de venir dans les antichambres de Versailles demander le pardon de Louis XIV; on infligea au Pape une humiliation, le menaçant de faire marcher des troupes sur Rome pour venger un léger affront fait à l'ambassadeur de France. La scandaleuse saisie de fiefs impériaux en Alsace et sur d'autres points de la frontière allemande était un outrage fait à l'Empire; enfin, le monde protestant tout entier ressentit comme une injure personnelle les horribles cruautés qui avaient précédé et suivi la révocation de l'édit de Xantes. Pour Louis XIV, la paix fut l'occasion d'une série d'insultes à toutes les puissances voisines, et chaque insulte facilitait la tâche de son froid et taciturne adversaire, qui cherchait à faire de la Haye le centre d'une grande alliance européenne destinée à contrecarrer les projets ambitieux de la France.

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L'expérience de la dernière guerre avait appris à Guillaume que l'acquiescement de l'Angleterre à cette ligue était nécessaire. Depuis la paix de Nimègue, il n'avaitrien épargné pour s'assurer l'alliance deCharleslI. Un rapprochement entre le Roi et le Parlement était essentiel pour affranchir Charles de l'alliance de la France, et c'est à quoi Guillaume consacra ses efforts; mais il fut longtemps arrêté par l'obstination avec laquelle Charles II restait attaché à la puissance qui seule pouvait l'aider à réaliser ses projets. Toutefois, le changement de politique qui suivit la chute de la Cabale et l'arrivée de Danby au pouvoir réveilla les espérances de Guillaume, et son mariage avec Marie fut pour Louis un coup fatal. Jacques n'avait pas de fils, et le mariage du prince d'Orange avec Marie assurait à la Hollande, à la mort du duc d'York, les secours de l'Angleterre pour sa grande entreprise. Mais il était impossible d'attendre jusque-là ; aussi Guillaume se servit-il de sa nouvelle position pour persuader cà Charles de suivre une politique plus anglaise; ses efforts restèrent inutiles. L'éclat imprévu de la conspiration papiste compliqua la situation. Au moment où l'on présenta le bill d'exclusion, lorsque le Parlemeut semblait résolu à écarter Jacques du trône pouj' y placer Marie après la mort de son oncle, Guillaume se tint d'abord à l'écart, inquiet de l'issue, mais préparé à accepter cette bonne fortune L'erreur fatale que commit Shaftesbury, en faisant valoir les droits de Monmouth, força le stathouder à sortir de sa réserve. Pour conserver à sa femme la possibilité de monter sur le trône, il ne lui restait qu'à adopter la cause du duc d'Vork. Dans cette crise, Guillaume usa de toute son influence en faveur de Jacques ; grâce à l'éloquence d'Halifax, le bill d'exclusion fut rejeté, et Halifax n'était que l'organe du prince d'Orange.

Guillaume et Jacques IL — Tandis que l'Angleterre était encore comme affolée parle complot papiste et la réaction royaliste, une conflagration européenne devenait de plus en plus menaçante. La patience de l'Allemagne se lassait de tant d'outrages, et ses princes s'unirent, en 1686, à Augsbourg, contre la France. On comprit dès lors qu'une nouvelle guerre était inévitable, et Guillaume épiait la conduite de son beau-père avec un redoublement d'anxiété. Ses efforts pour obtenir l'appui de l'Angleterre avaient complètement échoué. Jacques II avait renouvelé l'alliance de son frère avec la France, et la lutte qu'il poursuivait contre son peuple était, à elle seule, suflisante pour l'empêcher de se mêler aux luttes continentales. Le prince d'Orange attendait en silence, espérant encore que Jacques reviendrait à une politique plus nationale, et refusa tout encouragement aux mécontents qui l'invitaient déjà à se rendre en Angleterre les armes à la main. D'un autre côté, il refusa de soutenir le Roi dans ses projets d'abolition du Test. Il espérait encore secrètement amener, entre Jacques H et ses sujets, une réconciliation qui lui permettrait d'enrôler l'An-

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gleterre dans la Grande Alliance ; mais ce rêve s'évanouit à l'apparition de la Grande Indulgence de mai 1G87.

C'est à ce moment que Jacques le sollicita de se déclarer en faveur de l'abolition du Test et des lois pénales contre les non-conformistes. Mais, en même temps, les chefs de la noblesse anglaise lui adressaient des appels pressants et des promesses d'assistance. Quelques-uns, comme Hyde, l'assuraient simplement de leur amitié. L'évêque de Londres lui promettait son concours. D'autres, comme les comtes de Devonshire, deNottingham et de Shrevvsbury, l'invitaient en secret ou ouvertement à ne pas céder aux demandes du Koi. Lord Churchill annonçait qu'Anne, la sœur de Marie, était décidée à soutenir la cause protestante. Danby, le chef du grand parti tory, envoyait des avertissements de plus en plus pressants. Ces lettres dictaient à (juillaume sa réponse. Personne, déclarait-il, n'était plus hostile que lui aux persécutions religieuses; mais en lui demandant de consentir à supprimer l'incapacité politique pour cause de religion, Jac- ^^ ques lui demandait, en réalité, de s'associer à une attaque contre sa foi.

Guillaume hésitait toutefois encore à intervenir les armes à la main. Malgré le mécontentement général, la situation de Jacques paraissait entore inébranlable. 11 comptait sur la France et possédait une armée de vingt mille hommes; l'Ecosse, écrasée à la suite delà révolte du duc d'Argyle, ne pouvait être d'aucun secours, et l'Irlande était prête à jeter une armée catholique sur la côte d'Angleterre. Il était même douteux qu'en Angleterre la désaffection fut assez profonde pour provoquer une insurrection. Les assises sanglantes avaient terrorisé les whigs, et le clergé, les tories et la Haute Eglise, quoique secrètement irrités, étaient toujours gênés par leur doctrine de l'obéissance passive. Le but de Guillaume était de repousser tous les conseils violents, en se bornant à organiser une opposition générale qui forcerait Jacques par des moyens légaux à se réconcilier avec son peuple, à changer de politique intérieure et étrangère et à se joindre à la ligue formée contre la France.

L'invitation. — A ce moment, la politique de Guillaume fut déjouée par un événement imprévu. Sa propre patience et celle de la nation reposaient sur la certitude de voir Marie monter sur le trône. Tout à coup, au moment de la lutte entre le Koi et le clergé, le bruit se répand que la Reine est de nouveau enceinte ( 1 688) . La nouvelle ne trouva guère que des incrédules, car cinq ans s'étaient écoulés depuis la dernière grossesse de Marie de Modène. Guillaume se vit obligé de hâter le dénoiînient de la crise. La crainte de voir naître un petit prince de Galles, comme les catholiques le prédisaient avec joie, qui serait élevé dans la religion de sa mère,! força les tories à choisir entre la tyrannie ou la liberté. L'Angleterre n'hé-l sitaitplus. Danby, fidèle à l'Eglise anglicane et adversaire déclaré de la politique française, répondait des tories, Compton des gens de la Haute

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