I.E DÉBARQUEMEXT DE GL'ILLALME (t
réduits à rimpuissance par Tattilude de la nation. Quand les juges qui s'étaient montrés serviles envers la couronne firent leur tournée, la petite noblesse refusa de les recevoir. Jacques excita encore davantage la colère générale en voulant remplacer les troupes anglaises, dont la fidélité était douteuse, il est vrai, par des détachements de l'armée irlandaise que Tyrconnell venait de lever pour lui. Les pairs catholiques eux-mêmes protestèrent contre cette mesure à la table du conseil, et six officiers d'un seul régiment donnèrent leur démission plutôt que de mêler ces recrues irlandaises avec leurs honimcs. Dès lors le LillihuUero, ballade grossière contre les Irlandais, fut chanté d'un bout à l'autre de l'Angleterre.
Le débarquement de Guillaume (1688). — La révolution était inévitable. Guillaume réunissait des troupes et préparait des moyens de transport en grand secret et avec une rapidité vraiment merveilleuse, pendant que les seigneurs anglais arrivaient en foule à la Haye. Le comte Shreusbury offrit deux mille livres (50,000 francs) pour l'expédition, Edward Russell arriva comme représentant du comte uhig de Bedford, et fut suivi par les représentants des grandes familles tories, les héritiers présomptifs du marquis de Winchester, de lord Danby, de lord Peterborough, et par l'un des plus ardents défenseurs de la cause épiscopale, lord Macclesfield. En Angleterre, les comtes de Danby et de Devonshire préparaient en silence avec lord Lumby le soulèvement des comtés du Nord. Malgré la discrétion de tous les conspirateurs, leur projet fut deviné par le fin et pénétrant Sunderland, qui n'avait pas craint de garder sa place au prix d'une apostasie secrète ; mais bientôt, comprenant que son maître était perdu, il eut l'impudeur, sur la promesse du pardon de ses crimes, de livrer aux conjurés les plans de Jacques II.
Celui-ci restait aussi follement entêté que par le passé; il ne croyait aucune insurrection redoutable sans l'appui du prince d'Orange et s'imaginait que la menace d'un<3 marche des Français sur la Hollande empêcherait Guillaume de partir. Mais lorsque la guerre, si longtemps retardée, éclata en septembre, Louis XIV, par une erreur qui fut fatale à sa politique, au lieu de jeter ses troupes sur la Hollande, attaqua l'Allemagne. Les. Hollandais se sentaient dès lors en sécurité; les Etats Généraux donnèrent leur approbation au projet de Guillaume, et les troupes qu'il avait préparées se réunirent rapidement sur l'Escaut.
A peine cette nouvelle était-elle parvenue en Angleterre que Jacques II passa d'une aveugle sécurité à une folle terreur. Des détachements écossais et irlandais avaient élevé son armée à quarante mille hommes, mais elle ne lui inspirait aucune confiance. Il n'y avait rien à espérer de la France. Il songea alors à renouer alliance avec les tories et la Haute Eglise. Il demanda aux évêques leur appui. Il prononça la dissolution de la commission ecclésiastique, réintégra les magistrats expulsés dans leurs
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ofGces, réfablil les franchises municipales et permit au chancelier de rendre solennellement la Charte de Londres à la Cité. L'évêque de Winchester fut envoyé à Magdalen Collège rétablir les fellows expulsés. On ferma les chapelles catholiques et les écoles des Jésuites. Jacques destitua Sunderland,qui demandait la réunion d'un Parlement, et produisit devant les pairs, alors présents dans la capitale, les preuves de la légitimité de son flls que Guillaume refusait de reconnaître jusqu'à ce que le Parlement eût décidé la question de sa naissance.
Ces concessions et ces preuves venaient trop tai-d. Longtemps retenue par les vents contraires, battue par la tempête à sa première tentative de mettre à la voile, la flotte de Guillaume, composée de six cents navires de transport, escortés par cinquante vaisseaux de guerre, jeta l'ancre à Torbay, le 5 novembre 1688, et le prince d'Orange entra, à la tète d'une armée de 13,000 hommes, dans Kxeter, aux acclamations de tous les habitants. Comme personne ne s'attendait à sa venue daus l'Ouest, aucun grand propriétaire ne bougea pendant plus de huit jours. Bientôt on vit nobles et gentilshommes accourir en foule à son camp cl l'adhésion de Plymouth protéger son arrière-garde. L'insurrection éclata en Ecosse. Danby, se précipitant sur York à la tète d'une centaine de cavaliers, donna le signal du soulèvement . dans le \ord ; la milice accourut à son appel aux cris: " Un Parlement libre et la religion protestante ! " Les pairs et la petite noblesse se rallièrent autour de son drapeau, et une marche sur Nottingham unit ses forces cà celles du comte de Devonshire, qui avait réuni à Derby les grands seigneurs des comtés du Centre et de l'Est. Partout la révolte était triomphante. La garnison de Hull se déclara en faveur d'un Parlement libre ; le duc de Norfolk apparut à la tète de trois cents gentilshommes sur la place du marché à Noruich, et les bourgeois et les étudiants accueillirent lord Lovelace à Oxford avec des cris de joie. Bristol ouvrit ses portes au prince d'Orange, qui s'avança résolument sur Salisbury, où Jacques avait concentré ses forces. L'armée royale, minée par les soupçons et les dissensions intestines, se retira en désordre ; la trahison de Churchill et de plusieurs autres officiers jeta Jacques dans un profond désespoir. 11 s'enfuit à Londres, où il apprit que sa fille Anne avait quitté le palais Saint- James pour rejoindre Danby à Nottingham : ': Que Dieu me soit en aide » , s'écria le malheureux roi, a mes enfants mêmes m'abandonnent. » Son orgueil était brisé, et, bien qu'il promît de convoquer les Chambres et d'envoyer des commissaires à Ilungerford pour traiter avec Guillaume en promettant un Parlement libre, il était d'avance résolu à fuir. « Un Parlement " , disait-il aux quelques serviteurs qui lui étaient restés fidèles, « l'obligerait à des concessions qu'il ne pouvait admettre ^ ; aussi attenditil d'avoir reçu la nouvelle de l'arrivée de sa femme et de son enfant en France pour se rendre à l'île de Sheppey, où un navire l'attendait pour le transporter de l'autre côté du détroit; de rudes pécheurs le prirent pour
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un Jésuite et rempéchèrent de fuir ; un régiment de la cavalerie royale le ramena à Londres ; mais Guillaume et ses conseillers désiraient beaucoup favoriser une fuite qui les débarrasserait du principal obstacle à l'exécution de leur plan. H aurait été difficile de déposer Jacques s'il était resté et dangereux de le garder prisonnier; maisTenlrce des troupes boUandaises à Londres, le silence du prince d'Orange et l'ordre de quitter Saint-James remplirent le Roi d'une nouvelle terreur, et, profitant des moyens de fuir qu'on mettait ouvertement à sa disposition, il quitta Londres pour la seconde fois et s'embarqua, saus obstacle, pour la France (23 décembre).
La révolution. — Avant de partir, Jacques avait brûlé la plupart des lettres de convocation d(j nouveau Parlement, licencié l'armée et détruit autant que possible tout ce qui était nécessaire pour le fonctionnement d'un gouvernement régulier. En effet, Londres fut livré pendant quelques jours à la panique et à l'anarcbic, mais l'instinct et l'amour do l'ordre prirent bientôt le dessus. Les lords qui s'y trouvaient en ce moment pourvurent, de leur propre autorité, en qualité de conseillers privés, aux besoins les plus pressants de l'adminislration et remirent le pouvoir entre les mains de Guillaume à son arrivée. Il était difficile de convoquer un Parlement en l'absence de toute personne revêtue de l'autorité nécessaire ; on se décida à réunir la Cbambre des lords et à former une seconde Assemblée avec tous les anciens députés survivants du temps de Charles II et avec les échevins et conseillers municipaux de Londres.
Ces deux Cbambres prièrent Guillaume.de prendre en main la régence provisoire du royaume et de publier des lettres circulaires invitant les électeurs à envoyer des représentants à la Convention qui devait se réunir en janvier 1689. Les deux Chambres étaient également résolues à repousser toute idée de rappel du Roi déchu ou de négociation avec lui, et à confier le pouvoir provisoire au prince d'Orange. Mais ici l'accord cessait. Les whigs, qui form;iient la majorité des Communes, votèrent une résolution qui, tout illogique et inconséquente qu'elle parût, était faite pour rallier tous les adversaires de la politique de Jacques II : les partisans de la Hante Eglise, qui n'étaient qu'effrayés de son bigotisme; les tories, qui doutaient du droit de la nation de déposer son souverain, et les whigs enfin, qui soutenaient le système d'un contrat entre le Roi et le peuple ; ils votèrent la résolution suivante : ^- Le roi Jacques ayant essayé de renverser la constitution du royaume en rompant le pacte primitif conclu entre le Roi et le peuple, ayant, sur le conseil des Jésuites et autres personnes perverses, violé les lois fondamentales et s'étant retiré du royaume, se trouve avoir abdiqué le pouvoir, et le trône est dès lors vacant, r Mais les tories avaient gardé leur ascendant sur la Chaïubre des lords, et la question y fut vivement débattue. L'archevêque Sancroft et les principaux tories soutenaient qu'aucun crime n'entraînait la perte du trône, et que
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Jacques élait encore roi, mais que sa tyrannie avait donné le droit de lui retirer l'exercice du gouvernement et de le confier à un régent. Les tories modérés et Danby admettaient que Jacques avait cessé d'être roi, mais niaient que le trône pût être vacant, et soutenaient que, depuis son abdication, l'autorité souveraine avait passé à sa fille Marie. C'est en vain que l'éloquent Halifax se prorfonça énergiquement, avec les lords whigs, en faveur de la proposition des Communes. Le projet de la régence échoua à la minorité d'une voix, et celui de Danby fut adopté à une grande majorité. Mais les tories trouvèrent un obstacle imprévu dans le prince d'Orange, qui refusa la régence. « Il ne voulait pas » , disait-il, « être l'huissier de sa femme. " Marie, de son côté, déclina l'offre de la couronne si elle la porlait seule. Ces deux déclarations mirent fin à toutes ces incertitudes : Guillaume et Marie furent reconnus roi et reine d'Angleterre, mais on confia à Guillaume seul l'administration du royaume.
Une commission parlementaire, dont le membre le plus actif fut John Somers, jeune avocat qui s'était distingué au procès des évêques, et dont le rôle politique devait être plus tard très-important, rédigea une Déclaration des droits que les deux Chambres présentèrent à Guillaume et à Marie, le 13 février 1689, dans la salle des banquets de Whitehall. Cette déclaration rappelait la tyrannie de Jacques, son abdication et la résolution des lords et des Communes de revendiquer les anciens droits et privilèges du peuple anglais. Elle condamnait comme illégales la commission ecclésiastique et la levée d'une armée sans autorisation du Parlement; elle refusait au Roi le droit de suspendre les lois ou d'y soustraire qui que ce fût, d'imposer des taxes sans le consentement des deux Chambres ; elle promettait au peuple le droit de pétition, le libre choix de ses représentants, une juste et bienveillante administration de la justice. Elle affirmait la liberté de discussion pour les deux Chambres. Elle demandait des garanties pour le libre exercice de tous les cultes protestants et exigeait du nouveau souverain le maintien du protestantisme et des lois et libertés du royaume. Enfin, dans sa conviction que ces principes seraient acceptés et maintenus par Guillaume et Marie, elle finissait en déclarant le prince et la princesse d'Orange roi et reine d'Angleterre. Halifax Ies pria de consentir à prendre le pouvoir u au nom des Ordres du royaume « . Guillaume accepta la couronne en son nom et au nom de sa femme , et déclara en peu de mots sa volonté de respecter les lois et de gouverner avec les conseils du Parlement.