MARLBOROUGH
de la plus jeune, et l'Empereur enfin, dont la mère était la tantedeCharlesII. A vrai dire, au sens strict de la loi (s'il y avait application possible de la loi, à cette occasion), les droits de ce dernier étaient les plus solides; Marie- Thérèse, au moment de son mariage avec Louis XIV, avait consenti à signer une renonciation au trône d'Espagne, qui fut ratifiée par le traité des Pyrénées (1659), et annulé ainsi à l'avance les prétentions du Dauphin; une renonciation semblable anéantit aussi les droits du candidat bavarois; quant à l'Empereur, parent plus éloigne de Charles II, il ne se trouvait exclu du trône par aucun acte officiel. Guillaume III cependant était résolu, dans l'intérêt de l'Europe, à repousser les prétentions de l'Empereur, aussi hien que celles de Louis XIV; il voulut conclure la paix, persuadé qu'il était du prochain avènement du prince autrichien au trône espagnol, si la guerre se prolongeait et si l'Espagne restait dans la Grande Alliance et, par conséquent, unie à l'Empereur contre la France; de là cette brusque signature du traité de Ryswick.
Si la nation, en Angleterre et en Hollande, avait été dans les mêmes dispositions que Guillaume, il aurait appuyé les droits du prince électeur à la succession de l'empire espagnol tout entier; mais ses sujets étaient fatigués de la guerre. En Angleterre, la conclusion de la paix avait eu pour résultat immédiat, à la demande des Communes, de réduire l'armée à quatorze mille hommes, et l'on commençait même à réclamer un licenciement général. Il s'agissait d'amener les deux plus puissants prétendants à faire des concessions mutuelles. Par le premier traité de partage conclu entre la France, l'Angleterre et la Hollande, le prince de Bavière était reconnu roi d'Espagne, à condition de partager ses possessions italiennes entre ses deux adversaires ; le Milanais devait revenir à l'Empereur, et les Deux-Siciles, ainsi que la province frontière, le Guipuscoa, à la France.
La mort du prince bavarois réduisit ce traité à néant. L'Autriche et la France restaient en présence, et une lutte terrible, où le triomphe de l'une ou l'autre puissance devait fatalement compromettre l'indépendance de l'Europe, paraissait inévitable. Le danger était d'autant plus menaçant que l'Angleterre semblait peu disposée à fournir à Guillaume les moyens de soutenir sa politique par la force des armes. Les souffrances causées par la dernière guerre à la classe commerçante, et l'accroissement de la dette et des impôts qu'elle avait entraîné, ravivaient, pour ainsi dire chaque jour, l'irritation du peuple, qui se vengeait de ses souffrances en attaquant Guillaume et les partisans de sa politique. La partialité du Roi envers ses favoris hollandais, la faveur qu'il accordait à Sunderland, son abord froid et maussade, ses efforts pour conserver une armée permanente lui enlevèrent le peu de popularité qu'il possédait. Aux élections de la fin de 1698, la majorité de la Chambre des communes était composée de tories décidés à maintenir la paix. La Junte whig perdit toute