LES BARONS ET I/ÉGLISE
Mais aux Provençaux succédèrent bientôt les Poitevins, parents de la reine douairière Isabelle d’Angoulême; Aymar fut fait évêque de Winchester, et Guillaume de Valence comte de Pembroke ; enfin, le fou même du Roi était originaire du Poitou. Des centaines de vassaux avaient suivi ces grands seigneurs pour chercher fortune en Angleterre. Pierre de Savoie, par exemple, amenait avec lui une troupe de jeunes femmes en quête de maris; trois comtes anglais, encore mineurs, furent mariés ainsi par ordre royal à des étrangères. L’administration était livrée tout entière aux mains d’hommes ignorants des lois anglaises, et toujours prêts à violer la Charte, tandis que l’Angleterre, en proie à une complète anarchie, se trouvait rançonnée à chaque instant par les gens du Roi, qui volaient les marchands étrangers jusque dans l’enceinte même du palais. La corruption régnante gagna bientôt jusqu’à la magistrature, et l’un des justiciers royaux, Henri de Rath, fut même convaincu de vénalité et d’avoir confisqué à son profit des terres en litige. Pendant ce temps, le trésor royal se dissipait en vains efforts pour arracher le Poitou à la France (1242). Henri vit ses tentatives échouer misérablement. Les Anglais, écrasés à Taillebourg, s’enfuirent en désordre jusqu’à Saintes, et Bordeaux aurait été infailliblement pris si le roi Louis IX n’était pas tombé subitement malade et si l’armée française n’avait pas été dispersée par une épidémie.
Les barons et l’Église. — Si de pareils abus et des désordres aussi graves a\raient pu être tolérés pendant plus de vingt ans, au mépris de la Grande Charte, on le doit bien à la mollesse et à la désunion des barons anglais. Dès l’arrivée des étrangers en Angleterre, Richard, le troisième comte maréchal, avait exigé, au nom de la noblesse anglaise, que les nouveaux venus fussent exclus du conseil royal; abandonné de la majorité des barons, il défit toutes les troupes envoyées contre lui, obtint l’élargissement d’Hubert de Bourg, et obligea le Roi à traiter avec lui. Il succomba dans une escarmouche contre les Irlandais (1234) au moment le plus critique, et les barons se trouvèrent de nouveau sans chef.
Les embarras financiers du Roi l’entraînèrent à extorquer de l’argent par tous les moyens possibles, pendant la triste période qui suivit; on se servait des lois forestières pour pressurer le peuple; on pillait les revenus des abbayes et des sièges épiscopaux restés vacants ; de grosses sommes étaient prélevées sur la noblesse et le clergé ; la cour vivait enfin aux dépens du pays partout où elle se trouvait. Ces expédients ne suffisaient pas encore à couvrir les folles dépenses du Ilui. Un sixième des revenus de la couronne servait à faire des pensions aux favoris étrangers ; mais ses dettes étaient quatre fois plus considérables que le rendement des impôts. Henri se trouva alors obligé d’en appeler au Grand Conseil du royaume, qui lui accorda des subsides, à condition de jurer de nouveau fidélité à la Charte, ce qu’il s’empressa de faire ( T 242) , pour violer son serment aussitôt
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HENRI lit (1216-125“).
apres; les barons indignés protestèrent énergiquement et refusèrent d’accorder toute nouvelle demande d’argent.
Le Roi revint à la charge, mais la noblesse, désireuse d’établir enfin un bon gouvernement, voulut exiger, comme condition expresse du vote de nouveaux crédits, que le souverain reconnût le droit du conseil royal de nommer qui bon lui semblerait aux principales fonctions administratives (1243). Henri repoussa cette offre avec indignation, et préféra vendre sa vaisselle d’argent aux marchands de Londres. Le clergé ne s’opposait pas avec moins d’énergie que la noblesse aux empiétements de la couronne. Edmond Ri ch, V ancien professeur d’Oxford, le prédécesseur de Ronifaee au siège archiépiscopal de Canterbury, n’avait pas été inutile au comte Maréchal dans sa lutte contre Henri III, et avait même réussi a obliger le Roi d’entamer des négociations avec Richard, lorsque la mort violente de ce dernier vint ruiner toutes les espérances de réforme. Il suffisait pour museler le clergé de suivre la politique de Jean et d’implorer la protection du Pape; aussi Henri rappela-t-il le nonce auprès de lui, et le clergé se vit-il de nouveau pressuré par le Saint-Siège. Edmond Rich essaya de protester auprès du Roi et du Pape, et se retira désespéré à Pontigny dans un exil volontaire. Pendant ce temps les prêtres, impitoyablement rançonnés par les percepteurs d’impôts, vivaient sous la menace constante de suspension ou d’excommunication .
Ce pillage en grand du royaume excita de nouveau l’esprit de résistance. Oxford donna le signal, en chassant de ses murs le légat du Pape, Ollion, aux cris d’ a usurier, vil simoniaque , proférés par les étudiants. Foulques Fitz Warenne engagea, an nom des barons, Martin, un des collecteurs pontificaux , à fuir d’Angleterre au plus vite. « Si vous tardez trois jours de plus, vous serez mis en pièces, vous et vos gens. » Pendant quelque temps le Roi lui-même se trouva entraîné par ce mouvement général d’ indignation contre les étrangers, il consentit même a signer une protestation de la noblesse et du clergé contre les exactions du Pape, et à défendre d’envoyer de l’argent sur le continent. Mais une menace d’interdit rejeta Henri dans les bras de la papauté, et l’encouragea à persévérer dans sa politique spoliatrice et tracassière.
Mathieu Paris (1200-1259). — L’histoire de cette période d’anarchie nous a été conservée par un chroniqueur dans des pages brûlantes de patriotisme, frémissantes de l’indignation que lui cause l’oppression du clergé et du peuple. Je veux parler de Mathieu Paris, le dernier et le plus remarquable des historiens monastiques anglais ; il appartenait à l’école de Saint-Alban, qui exista encore longtemps après lui ; mais ses successeurs ne furent que de simples chroniqueurs des affaires de l’abbaye, aussi secs qu’incolores. Chez Mathieu Paris, au contraire, l’ampleur et l’exactitude de la narration, l’abondance des informations sur les différents pays de