‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 99 sur 255 · MORT DE LANGTON (12-28). — CHUTE D’HUBERT · texte numérisé non relu

MORT DE LANGTON (12-28). — CHUTE D’HUBERT

Mort deLangton (1228). Chute d’Hubert (1232). — Peu après, l’archevêque mourut, dans le courant de l’année 1228, après avoir arraché au Pape l’ordre de rappel de son légat, et laissant Hubert de Bourg maître absolu du royaume. Mais, chaque année, le grand justicier setrouvaiten un désaccord de plus en plus profond avec la cour de Home et avec le jeune roi.

On sait que l’Eglise, selon la théorie politique de la papauté au moyen âge, formait un immense gouvernement féodal, avec le Pape pour chef et les évêques pour grands barons ; le clergé ordinaire représentait les arrièrevassaux dont le Pape pouvait au besoin réclamer aide et secours, tout comme le Roi de ses hommes liges. La papauté, ruinée par sa longue lutte contre Frédéric II, plus avide et plus exigeante que jamais dans ses demandes d’argent, alla jusqu’à réclamer, à la mort de Langton, la dîme des revenus de l’Angleterre, et, malgré le refus des barons, elle fit taire les murmures du clergé par des menaces d’excommunication. Chaque jour, c’était quelque nouvelle exaction ; on violait ouvertement les droits des patrons laïques ; les droits de présentation aux bénéfices étaient vendus en pleine cour de Rome (sous le nom de réserves), tandis que les prêtres italiens s’emparaient des meilleures cures.

Le mécontentement devint si général qu’une vaste conspiration s’organisa dans tout le royaume ; on fit distribuer par des hommes armés des lettres anonymes, au nom « de ceux qui aiment mieux mourir que d’être ruinés par les étrangers » . Les dîmes recueillies pour le Pape et le clergé italien furent saisies et distribuées aux pauvres, les collecteurs roués de coups, et la populace furieuse foula aux pieds les bulles du Pape. Les remontrances du Saint-Siège dénonçaient ce mouvement comme étant spontané et populaire ; mais, en l’examinant de plusprès, on y reconnut la main du premier ministre. Les shérifs étaient restés inactifs en présence des violences commises ; des lettres royales furent trouvées aux mains des rebelles ; aussi le Pape n’hésita-t-il pas à accuser ouvertement Hubert de connivence avec les meneurs.

Cette découverte devait être fatale au ministre qui s’était aliéné l’esprit du Roi par sa politique pacifique. C’est sur lui que Henri III faisait retomber l’insuccès de toutes ses tentatives pour reconquérir les domaines de sa famille : en effet, Hubert avait déjà refusé aux barons normands de faire une descente en France, et l'on avait dû abandonner les préparatifs faits à Portsmouth en vue d’une campagne en Poitou, faute d’approvisionnements et de moyens de transport. Le jeune roi, fou de colère, se jeta sur le justicier l’épée à la main, le traitant de « traître vendu à la France » ; mais Hubert eut assez d’ascendant sur Henri pour lui faire encore une fois différer ses pi-ojets, ce qui n’empêcha pas le Roi, irrité de l’insuccès de son expédition de 1230 en Bretagne et en Poitou, d’en accuser son ministre qui avait fait tout son possible pour prévenir le conflit. Les intrigues de Rome ne firent qu’achever de le perdre. On l’arracha de la chapelle de Brentwood

où il avait cherché refuge, et l’on ordonna à un forgeron de le charger de fers. « Je souffrirai mille morts » , répondit cet homme, « plutôt que de toucher a un seul cheveu de celui qui a défendu Douvres contre les Français, et sauvé l’Angleterre. » A la prière de l’évêque de Londres, on laissa Hubert rentrer dans le sanctuaire, d’où la faim l’obligea bientôt de sortir. Il fut jeté dans la Tour, et l’Angleterre resta aux mains des favoris du faible et capricieux Henri III.

Henri III et les étrangers. — 11 y avait chez le Roi une certaine distinction native qui lui valut de chauds partisans, même aux plus mauvais jours de son règne; l’abbaye de Westminster * bâtie sur l’emplacement du pauvre moutier d’Edouard le Confesseur, est restée comme un monument de son goût artistique ; il protégea aussi les lettres et les arts, et se fit un nom dans la « gaie science » des troubadours. Bon, pieux, irréprochable dans sa vie privée, il était loin de posséder l’habileté politique de son père, talent héréditaire jusqu’alors dans la maison d’Anjou, et 11e voyait dans la royauté qu’un moyen de satisfaire ses besoins de luxe et de magnificence ; frivole et changeant, toujours prêt à suivre ses impulsions, bonnes ou mauvaises, il était faux par petitesse d'esprit et ridiculement superstitieux.

Une seule pensée domina tout son règne : gouverner par lui-même avec l’aide de ses favoris étrangers, sans violer ouvertement la Charte, et recouvrer ses possessions perdues sur le continent. Aussi, dès qu’il eut été délivré de la tutelle de Langton et de Hubert de Bourg, montra-t-il ses préférences pour les étrangers en appelant dans son royaume des hordes de Bretons et de Poitevins affamés auxquels il distribua ses châteaux royaux et les principaux emplois administratifs et judiciaires. Son mariage avec Eléonore de Provence (1236) amena en Angleterre les oncles de la Reine, qui se firent donner, l’un, le comté de Richmond; l’autre, Pierre de Savoie, une place importante au conseil royal ; c’est lui qui fit construire ce magnifique palais de Savoie qui subsiste encore dans le Strand ; le troisième enfin, Boniface, obtint la plus haute dignité du royaume après la royauté, l’archevêché de Canterbury.

Le jeune primat apportait du continent, ainsi que son frère, des usages qui froissaient tous les préjugés des Anglais ; ses vassaux allaient constamment piller les marchés, les armes à la main. Comme le prieur de Saintlîartholomew, près de Smithfield, voulait un jour empêcher Boniface de pénétrer dans le monastère, l’archevêque le renversa à terre d’un vigoureux coup de poing; à cette nouvelle, Londres tout entier se souleva pour venger cet outrage, et sur le refus du Roi de punir le coupable, une multitude furieuse entoura le palais de Larnbeth en poussant des cris de vengeance. Le « bel archevêque » , comme l’appelaient ses partisans, se vit réduit à fuir sur le continent.

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