‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 101 sur 255 · MATHIEU P A 1U S · texte numérisé non relu

MATHIEU P A 1U S

l’Europe, ainsi que l’impartialité des jugements, sont mis encore en relief par un style rapide, comme enflammé d’enthousiasme et de patriotisme. II avait remplacé lîoger de Wendover, en qualité de chroniqueur en titre de Saint-Alb.au; mais les œuvres que nous possédons de lui, telles que sa grande Histoire et Y Abrégé dit de Mathieu de Westminster, Y Histoire des Anglais et les Vies des premiers abbés , ne représentent qu’une faible partie de son activité intellectuelle. L’artiste est, chez lui, à la hauteur de l’historien, et l’on a conservé de nombreux manuscrits illustrés de sa main . 11 comptait parmi ses correspondants des évêques, comme Grosseteste, des ministres, comme Hubert de Bourg, des magistrats, comme Alexandre de Swereford, qui le mettaient au courant des affaires politiques et ecclésiastiques jusque dans les détails les plus minutieux : des pèlerins venaient même du fond de l’Orient, ainsi que les agents du Pape, jusqu’à son scriptorium de Saint-AIbàn, pour lui apporter les nouvelles du continent. Il avait aussi accès dans tous les dépôts des archives d’Etat, chartriers, rôles de l’Echiquier, qu’il cite à chaque instant. Les fréquentes visites du Roi à l’abbaye lui apportaient encore un supplément d’informations sur les affaires politiques de l’Europe, et Henri III lui-même contribua pour sa part à la rédaction de cette chronique qui a si fidèlement conservé le triste tableau de sa faiblesse et de son incapacité. Un jour de fête solennelle, le Roi reconnut Mathieu Paris, le pria de s’asseoir sur une des marchés qui conduisaient à son trône, et lui ordonna d’écrire le récit des événements du jour. Pendant une autre de ses visites à Saint-Alban, il l’invita à sa table, et lui donna les noms de deux cent cinquante baronnies d’Angleterre. Mais Mathieu Paris ne se laissa pas influencer par la bienveillance royale. « La tache d’un historien » , dit-il, « est bien délicate ; s’il est véridique, il blesse les hommes; s’il ment, il offense Dieu.

A l’abondance d’informations des historiens de cour tels que Fitz Neal ouHowden, il joint une indépendance de jugement et un sentiment patriotique que les deux premiers n’ont pas connus. Energiquement opposé aux empiétements du Pape et du pouvoir royal, il ne connaît pas les préjugés du clergé et des courtisans ; il juge les événements au point de vue anglais, et l’on peut dire que sa chronique est comme l’écho anticipé de cet énergique sentiment national qui devait plus tard unir dans une même pensée toulcs les classes de la nation.

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